Par Vincent Baillargeon

Le 1er octobre prochain, la population québécoise sera invitée aux urnes pour choisir le prochain gouvernement de la province. Avant le jour J, serrage de mains, tournée des marchés aux puces, débats enflammés et, bien évidemment, promesses électorales seront à l’ordre du jour. Pour la circonscription de Taschereau et plus particulièrement pour les résidents et résidentes du quartier Saint-Jean-Baptiste, cette campagne soulèvera plusieurs enjeux qui nécessiteront des réponses claires.

Au niveau local et national, de nombreux enjeux devront être pris en main pour protéger le filet social de la population et ainsi améliorer la qualité de vie des personnes. Sans avoir la prétention de faire une liste complète, voici quelques enjeux qui ont touché le quartier dans les dernières années. Espérons qu’ils feront partie des débats en septembre prochain.

Services publics et austérité

Au cours des dernières années, les gouvernements en place nous ont imposé le modèle néolibéral, modèle qui se traduit par une diminution du rôle social de l’État, qui favorise la marchandisation et la privatisation des services publics ainsi que la réduction du filet social. Une opposition des groupes sociaux face à ces coupures drastiques a bien été réalisée. Cependant, force est d’avouer que nous n’avons pas gagné toutes les batailles.

C’est d’ailleurs le cas avec la réforme en santé du ministre Barrette qui a eu des répercussions dans notre quartier. En effet, l’unité de médecine familiale (UMF) de la Haute-Ville a mis fin aux consultations sans rendez-vous pour les personnes n’ayant pas de médecin de famille. Cette décision a réduit directement l’accessibilité des soins de santé, et ce notamment pour les personnes les plus vulnérables de notre société et de notre quartier : les femmes, les familles, les personnes ainées, les personnes à mobilité réduite ainsi que celles souffrant de maladie chronique.

Action communautaire autonome

Une grande campagne nationale de mobilisation qui unit tous les secteurs de l’action communautaire autonome partout au Québec est en cours depuis 2016. Les groupes souhaitent retrouver leur capacité d’agir pour assumer pleinement leur mission. Pour cela, ils auraient besoin de 475 millions de dollars de plus par année et de l’indexation de leurs subventions. De plus, l’autonomie des organismes est primordiale pour leur mission d’éducation populaire et les pratiques alternatives visant l’amélioration de la qualité de vie de la population.

Aide sociale

Une petite révolution a lieu en ce moment à l’aide sociale. Le « revenu de base », principale mesure du 3e plan de lutte à la pauvreté, pourrait permettre à 84 000 personnes assistées sociales avec des contraintes sévères à l’emploi de voir leur revenu disponible annuel augmenter à 18 000 $. Par contre, ce plan d’action laisse tomber environ 800 000 personnes en situation de pauvreté au Québec. De plus, à la suite du programme Objectif Emploi, plusieurs mesures et incitatifs punitifs ont été instaurés pour les prestataires d’aide sociale. Rien dans les programmes actuels ne nous dit comment s’assurer de vaincre les préjugés qui collent aux prestataires d’aide sociale. Comment s’assurer que ces politiques ne créent pas une main-d’œuvre bon marché, avec des conséquences négatives sur la vie des gens ? Comment intervenir pour ne laisser personne derrière avec des critères aussi arbitraires ? Toutes ces questions demeurent sans réponse.

Réalités des ménages locataires

D’après le recensement de 2016, un ménage sur trois, au Québec, doit consacrer plus de 30 % de son revenu pour se loger, un pourcentage considéré comme démesuré par les gouvernements. Ce sont donc 457 350 ménages locataires qui doivent couper dans la nourriture, les vêtements et les loisirs pour réussir à boucler leur fin de mois. Malgré les besoins, Québec ne finance que 3 000 nouveaux logements sociaux par année, dont moins du tiers ont été livrés officiellement l’an dernier.

Depuis 2016, le phénomène de l’hôtellerie illégale a de plus en plus d’impact dans le quartier. En effet, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, 110 logements étaient offerts sur Airbnb en avril 2016, il y en avait 180 en mai 2017, pour atteindre 264 à l’automne 2017. Il faut aussi savoir que la location de ces logements ne se fait pas de manière sporadique ou irrégulière. Avec la montée de l’hôtellerie illégale, des impacts inflationnistes sur les loyers et une détérioration du tissu social se font ressentir pour les résidents et résidentes du quartier. Pour un quartier comme le nôtre, où les chantiers de condos se multiplient, où très peu de logements sociaux sont livrés et où les loyers augmentent, on est en droit de s’inquiéter de la capacité des ménages locataires à faible et modeste revenus d’y demeurer.

Une vision globale pour le quartier

Plusieurs autres sujets affectent le quartier depuis des années : pensons au financement des transports en commun et au grand flux de voitures circulant dans le quartier, notamment avec le débat du 3e lien, ainsi que le réseau structurant de transport en commun. Ajoutons à cela le manque d’espaces verts et la pollution atmosphérique, avec des projets tels que Beauport 2020 ou le cas de l’incinérateur de Québec. La montée de la xénophobie et du racisme, spécialement avec l’arrivée des personnes réfugiées haïtiennes, ou encore le manque de courage politique avec l’annulation de la consultation sur le racisme systémique et la montée du racisme ont aussi attiré notre attention dans les derniers mois.
Autant de sujets qui méritent d’être débattus et discutés dans l’espace public. Espérons que les partis politiques sauront se montrer à la hauteur de leur tâche…

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