Par Marie-Ève Duchesne

Depuis longtemps, l’Administration portuaire de Québec (APQ) cherche à agrandir le territoire du port de Québec afin d’accroître ses capacités de transbordement et d’entreposage. Dans les dernières années, ce projet a pris la forme de Beauport 2020, un projet qui prévoit le prolongement de la ligne de quai actuelle de 610 mètres et l’aménagement d’un terrain d’arrière-quai d’une superficie de 17,9 hectares, gagné à même le Saint-Laurent et les battures de la Baie de Beauport. Dans sa forme initiale –celle que l’APQ a soumise à l’Agence d’évaluation environnementale (ACEE) –, le projet Beauport 2020 prévoyait que le terrain d’arrière-quai servirait à l’entreposage de vrac liquide et solide. En effet, la construction de sept réservoirs de vrac liquide et de quatre dômes de vrac solide sous couvert devait être réalisée en phase du projet. Aux dires de l’APQ, la première phase du projet (l’aménagement du quai) nécessiterait des investissements d’environ 190 M $ (dont 30 % du gouvernement fédéral) ; la seconde, des investissements privés allant de 250 M $ à 400 M $.

Se basant sur une étude de KPMG, l’APQ affirmait également que son projet, durant la phase de construction estimée à cinq ans, créerait 1 200 emplois par année. Par la suite, l’ensemble de ces infrastructures devait permettre de créer 1 100 emplois permanents supplémentaires et un ajout de 100 M $ en retombées économiques, le tout à l’échelle canadienne. Ces retombées apparaissent cependant comme très hypothétiques, puisque l’APQ n’a toujours pas dévoilé de clients potentiels pour son projet.

En décembre 2017, l’APQ annonce qu’elle renonce au projet de terminaux de vrac liquide et solide au profit d’un terminal de conteneurs pour la seconde phase de son projet. Selon les estimations de l’APQ, 500 000 conteneurs pourraient transiter par Québec dans une première phase alors qu’il serait possible d’en entreposer environ 10 000 à la fois, empilés cinq de haut. Les arguments désormais évoqués par l’APQ pour justifier ce changement mettent de l’avant la profondeur des eaux à Québec à marée basse (15 mètres) qui lui confèrerait un avantage comparatif par rapport au Port de Montréal pour le transbordement de gros porte-conteneurs (4 500 conteneurs et plus). Le Port de Québec deviendrait donc la « planche de salut » du transport commercial sur le Saint-Laurent face à la compétition des grands ports américains. Le Port prétend également que ce projet est socialement plus acceptable que le vrac liquide et solide pour la population. Depuis cette annonce, plusieurs ont remis en question l’argument économique justifiant un nouveau terminal de conteneurs à Québec, dont l’Association des employeurs maritimes (AEM), qui s’y oppose, et divers experts.

Une Coalition se forme pour s’y opposer

C’est dans ce contexte que le 13 mars dernier, des organisations environnementales et citoyennes ont lancé le mouvement « SOS Port de Québec ». Les organisations demandent au gouvernement fédéral de rejeter le projet d’agrandissement Beauport 2020 et d’intervenir en faveur d’un grand nettoyage et d’une modernisation des infrastructures du Port, le plus vieux au Canada.

Les organisations en ont profité pour lancer une campagne d’appui à leurs demandes, sous la forme d’une pétition en ligne. Nature Québec, Équiterre, Eau Secours, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), Accès Saint-Laurent Beauport, l’Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec et Transition Capitale-Nationale sont à l’origine de « SOS Port de Québec ».

Dans la pétition adressée à la ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, et au ministre des Transports, Marc Garneau, les organismes s’inquiètent des impacts du projet, notamment sur la destruction de milieux naturels à même le fleuve, sur le paysage, sur la Baie de Beauport et sur le trafic routier et ferroviaire dans les quartiers centraux. Ils déplorent également qu’en plein processus à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE), le port ait modifié radicalement la vocation du futur quai, passé de terminal de vrac à terminal de conteneurs, sans nouvelle étude d’impact publique.

La pétition de « SOS Port de Québec » peut toujours être signée sur ce site : www.SOS-Port-Quebec.com .

La coalition «SOS Port de Québec» en mode action