Par Vincent Baillargeon
Crédit photo : Réal Michaud

Depuis le début de l’année, on a le sentiment d’être en campagne électorale avant le temps. Le budget de cette année, annoncé par des clowns à cravate, entourés de feux d’artifice, de ballons et de flûtes, nous annonce des prochains mois à saveur de téléroman écrit par Réjean Tremblay. En rappel: le 27 mars dernier, le ministre des Finances dévoilait son dernier budget avant les élections d’octobre 2018.

Le ministre Carlos Leitão a décidé de piger dans les surplus accumulés sur le dos de la population pour donner quelques gâteries à une population qu’il pense dupe. Comble de la mesquinerie, il annonce déjà qu’un futur gouvernement devra se serrer la ceinture.
Il serait bon de rappeler à Carlos et à ses amis qu’il y a d’autres moyens d’augmenter ses revenus sans défavoriser la population. Bien que le ministre fait une avancée vers la justice fiscale en taxant l’économie du numérique, il a clairement manqué de courage politique pour le reste des propositions.

En effet, le Parti libéral du Québec (PLQ) continue de se fier aux douanes canadiennes qui sont inefficaces pour recouvrer l’argent perdu en TVQ sur les biens matériels qui proviennent de l’étranger. Le ministre a également eu un trou de mémoire quand il a été temps de remettre en place la taxe sur le capital pour les banques ou encore d’augmenter le nombre de paliers d’imposition afin que les plus riches contribuent plus équitablement au trésor public.

Action communautaire : les mots ne suffisent plus, Monsieur Couillard

Les investissements pour l’action communautaire ne totalisent que 22,5 millions $ pour 2018-2019. Une bonne partie de ces sommes avaient déjà été annoncées l’automne dernier dans le plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale pour soutenir, notamment, les organismes en défense collective des droits (2,2 M $). Ces sommes représentent moins de 5 % des besoins réels des 4 000 organismes d’action communautaire autonome qui, rappelons-le, ont mené campagne pour exiger 475 millions supplémentaires dans les dernières années. Les groupes mobilisés dans la campagne «Engagez-vous pour le communautaire » ont fait savoir qu’ils ont l’intention de rester en action et d’interpeller l’ensemble des partis politiques.

Le but : que les partis politiques honorent les engagements collectifs envers les organismes communautaires autonomes et la population qui les fréquente. Cela implique un rehaussement significatif du financement à la mission globale et l’indexation des subventions, le respect de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire et du rôle de ce mouvement comme moteur de progrès social, ainsi que la fin des compressions dans les services publics et les programmes sociaux.

Logement et pauvreté: un pansement sur une fracture ouverte

En ce qui a trait aux nouvelles unités de logement social dans le cadre du programme AccèsLogis, le gouvernement confirme la réalisation de 3 000 unités et ajoute 30,8 M $ pour livrer les unités déjà programmées, mais non livrées faute de financement des années passées. Ces pinottes sont insuffisantes pour subvenir aux besoins des 457 275 ménages locataires du Qué- bec qui consacrent plus que la norme de 30 % de leur revenu pour se loger.

Le maintien des investissements accordés aux programmes RénoRégion et Rénovation Québec, alors que ceux dans le Programme d’adaptation sont légèrement diminués, nous laisse croire que le ministre tire à pile ou face entre les programmes qu’il souhaite aider ou laisser mourir.

Le dernier budget, avec les surplus budgétaires causés par l’austérité, était un bateau à ne pas manquer pour le gouvernement. Malheureusement, le capitaine et ses matelots ont sauté à l’eau. Les magiciens du gouvernement essaient de nous passer un lapin en se disant préoccupés par la lutte à la pauvreté. Cependant, quand on sait que 760 000 personnes au Québec ne couvrent toujours pas leurs besoins de base, on se dit bien que Carlos est loin d’être Houdini et qu’il ne dupera personne.

Santé et services sociaux

Le sous-financement des établissements du réseau de la santé est estimé entre 5 et 7 milliards de dollars, et ce, seulement pour les quatre dernières années. Malgré un investissement de 4,6 % en santé et services sociaux en 2018-2019, le gouvernement n’a pas eu le courage politique de réparer sa propre destruction. De plus, le retour prévu à l’austérité programmée pour 2019-2020 n’annonce rien d’encourageant pour le personnel épuisé et les personnes qui avaient l’intention d’êtres malades dans les prochaines années.

Dans les services de garde, Québec bonifie le crédit d’impôt pour les frais de garderie au privé. Pour plusieurs familles, les garderies privées reviendront moins coûteuses que les centres de la petite enfance (CPE) du système public. Derrière un voile de libre arbitre, le gouvernement favorise le développement des garderies privées et opère un morcèlement d’un réseau public. Il fait le choix de la marchandisation des services de garde au détriment de la qualité des services à nos enfants.

Les effets désastreux des coupes de 4,24 milliards des dernières années dans les programmes sociaux et les services publics sont loin d’être réparés avec ce budget. Les baisses d’impôts, ainsi que le manque de courage politique à aller chercher d’autres revenus dans les coffres des plus riches, nous laissent présager qu’un prochain gouvernement nous lancera dans un nouveau cycle de coupes et de compressions au détriment d’une population laissée à elle-même.

Budget 2018 : une mascarade bien huilée