Par Julie Martineau

Près d’une année s’est écoulée depuis le déménagement du Vestiaire du Faubourg dans les locaux du 780, Sainte-Claire. L’Infobourg a rencontré les membres du comité vestiaire pour connaître leurs impressions.

Rappelez-nous le contexte du déménagement et la mission que vous vous êtes donnée en arrivant ici ?

Le Vestiaire du Faubourg occupait des locaux au sous-sol de l’église Saint-Jean-Baptiste depuis 10 ans. À cause de sa proximité avec la St-Vincent-de-Paul, il était considéré comme un organisme de charité, ce qu’il n’est pas. Les locaux n’étaient pas particulièrement agréables à fréquenter. Ils n’étaient pas visibles et les travailleuses craignaient pour leur sécurité parce qu’elles s’y trouvaient isolées, sans contact visuel ou téléphonique avec l’extérieur.

Au printemps dernier, nous avons eu l’opportunité de nous rapprocher des locaux du Comité populaire. Des personnes se sont jointes au comité et nous avons décidé de donner une vocation plus politique au Vestiaire. Aujourd’hui, c’est un lieu de revente de vêtements et d’objets usagés qui dénonce la surconsommation et fait de l’éducation populaire en matière d’échange solidaire et de circulation des richesses.

Comment procédez-vous pour éduquer la population en ce sens ?

Les premières personnes que nous avons conscientisées, c’est nous-mêmes. Peu d’entre nous avions travaillé dans l’ancien Vestiaire. Nous n’avions donc pas idée de la quantité de sacs qu’il fallait trier pour trouver quelques vêtements revendables. Nous recevions des sacs et des sacs de vêtements chiffonnés, sales, déchirés, défraîchis, tachés… Nous étions décontenancées.

On a décidé de supprimer le conteneur et de dire aux gens de venir porter leurs sacs pendant les heures d’ouverture. Le problème des « ordures » que nous recevions a été en partie résolu parce qu’il est plus gênant de donner des vidanges à quelqu’un en mains propres.

Le contact direct avec les citoyenNEs facilite donc la conscientisation ?

Oui. Nous avons même trié les sacs avec les personnes qui nous les avaient apportés. Cette pratique a eu un succès mitigé parce que nous étions un peu gênées de dire aux gens de repartir avec certains articles. Des personnes étaient également insultées par cette manière de fonctionner.

En effet, ça doit être insultant de se voir refuser un don ?

Peut-être, mais c’est insultant pour nous de recevoir ces choses dont on ne peut rien faire. C’est insultant aussi pour les personnes qui s’habillent chez nous d’être considéréEs comme des glaneurEs de « cochonneries ». On ne doit pas donner n’importe quoi aux gens, sous prétexte qu’ils et elles ne peuvent pas refuser parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent. Cette attitude est méprisante et condescendante, ce n’est pas de la générosité.

Dans quel état d’esprit devrait-on choisir les vêtements qu’on donne ?

On devrait donner des choses qui ne nous sont plus utiles mais qui sont en bon état. Tout le monde conserve des vêtements jamais portés, parce qu’ils sont jolis ou au cas où. Après un an ou deux, on constate qu’on n’a jamais reporté tel pantalon ou tel chandail. C’est à ce moment-là qu’il faut donner. La vraie valeur des vêtements et des objets, c’est une valeur d’usage. Les vêtements n’ont aucune valeur lorsqu’ils sont suspendus dans une armoire.

Votre cueillette est-elle fructueuse ?

Actuellement, nous avons vraiment des choses intéressantes sur nos présentoirs. Mais les derniers mois ont été un peu difficiles côté cueillette à cause de différents facteurs. Par exemple, il est désormais facile de se procurer des vêtements neufs à très bon marché. Ces articles sont produits dans des pays où les coûts de production sont extrêmement bas et sont vendus dans des magasins à grandes surfaces qui misent plus sur la quantité que sur la qualité. Après deux ou trois lavages, ces vêtements s’effilochent, se déforment et perdent de leur éclat. Ils ne sont pas conçus pour avoir une seconde vie. Après une saison d’utilisation, on les jette et on retourne en acheter d’autres. Ça fait vivre les grandes chaînes, ça remplit les dépotoirs et ça nuit aux personnes qui tentent de remettre des vêtements de bonne qualité en circulation.

Croyez-vous pouvoir survivre à ce phénomène ?

Nous croyons qu’il reste encore des trésors dans les placards des résidentEs du quartier. Dans les prochains mois, nous espérons les en faire sortir. Néanmoins, il est essentiel de porter attention à ce qu’on achète. Il faut acheter des choses produites le plus près possible de nous, acheter en vue d’une utilisation sur plusieurs années et prendre soin de ce que l’on achète.

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Extrait du numéro d'avril 2005 du journal l'Infobourg.

Chronique du Vestiaire