Répression politique quand tu nous tiens

Par Marie-Ève Duchesne

Paru le 10 novembre 2016 aux éditions Lux, Étouffer la dissidence se veut un reflet des analyses de la Commission populaire sur la répression politique (CPRP). Créée autour des évènements de 2012, cette Commission a eu comme projet une consultation populaire servant à recueillir près d’une centaine de témoignages à travers différentes villes du Québec : Montréal, Gatineau, Sherbrooke et Québec. En plus de pouvoir faire un portrait historique de la répression politique des 25 dernières années, cette démarche de consultation se voulait aussi un moment pour aller à la rencontre des militants et des militantes et apprendre de leurs expériences.

La répression politique sous différents angles

Tentatives de l’État ou du privé de contrôler, réprimer ou anéantir la contestation politique, la répression se vit de différentes manières par les militantes et militants. Ainsi, ce livre nous permet de faire un rapide tour d’horizon des différents angles sous lesquels elle peut s’exprimer, la répression policière et judiciaire et le profilage politique étant probablement les deux formes les plus connues des milieux militants. L’année 2012 comme le Sommet des Amériques en 2001 nous auront permis de voir l’ampleur du phénomène et la brutalité avec laquelle cette violence s’exerce. Arrestations de masse, infiltration des mouvements, brutalité policière, accusations au criminel, les exemples ne manquent plus pour illustrer le phénomène.

Néanmoins, le livre se démarque par d’autres angles peu souvent explorés, entre autres celui de la répression par le discours public. Il est intéressant d’y lire le rôle des personnes élues et des médias dans la construction d’un discours haineux ou méprisant envers les luttes sociales, faisant ainsi admettre à une bonne partie de la population la nécessité de cette répression.

Autre aspect souvent négligé dans les discours sur la répression politique en dehors des milieux étudiants : celui de la répression privée sur les campus. Pour les militantes et militants en dehors de ces réseaux, il n’est pas évident de saisir l’enjeu de ces firmes privées qui se mettent à vouloir « jouer dans la cour des grands » (ou comment devenir une police sans vraiment l’être).

Un portrait très intéressant mais plutôt montréalais

Pour quiconque milite au Québec, cet ouvrage fait résonnance et on se reconnait à travers différents témoignages. D’autres témoignages nous permettent de mieux comprendre un point de vue d’une réalité qui n’est pas la nôtre. Cependant, même si on sent une réelle volonté de diversité à travers les exemples, il n’en demeure pas moins que la plupart de ceux rapportés, allant plus loin dans la mise en contexte, se déroulent à Montréal. Comme la plupart des participantes et participants à la consultation populaire sont de Montréal, il y a probablement là une explication centrale. Ceci dit, peut-être qu’une analyse par ville visitée nous aurait aussi permis de comprendre les ressemblances dans les tactiques utilisées, mais aussi les différences pour ainsi éviter les erreurs possibles étant donné la complexité du sujet.


Mise au point du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste

Après la lecture de Étouffer la dissidence, le Comité populaire souhaite rectifier le tir sur l’exemple le citant. En effet, lors du Sommet des Amériques, un policier avait infiltré le Compop. Dans le chapitre sur la répression policière, il en est une fois mention parlant d’un informateur qui aurait infiltré alors qu’il s’agissait bel et bien d’un policier. De plus, on retrouve une 2e fois l’histoire de ce même individu qui ne comprenait pas l’utilisation de l’acronyme Compop et a utilisé en procès le terme « Corn pop ». Il s’agit bel et bien de la même histoire et n’est aucunement liée au Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur.

==
Extrait du journal l'Infobourg de décembre 2016

Lire : Étouffer la dissidence