Par Stéphane Robitaille

C’est Luc Lévesque, porte-parole du promoteur immobilier Casot ltée, qui serait content de lire le présent article. En effet, cité par Alain Bouchard dans Le Soleil du 8 octobre 2002, M. Lévesque avançait que le projet de condos de luxe que son groupe fera construire sous peu à l’Îlot Berthelot avait profité de la « publicité » apportée par le défunt squat du 920, rue de la Chevrotière.

Ne soyons pas chiche : encore un peu de pub?

M. Lévesque a beau prétendre que la colère des squatteurs et squatteuses a fait que « les gens téléphonent » et que Casot disposerait dès lors d’ « une liste d’acheteurs potentiels sous la main », ce n’était apparemment pas assez pour écouler les 38 condos annoncés. Aussi peut-on lire, sur un énorme panneau maintenant installé sur le terrain pour vanter le projet : « Une île au large de la Haute-Ville. » La pub s’arrête là.

Si le concept d’île a le mérite de souligner l’isolement psychologique et social des parvenuEs financièrement capables de s’offrir la laideur clinquante qui poussera bientôt près de ce panneau, il faut avouer que ce slogan publicitaire n’arrive pas à la cheville du bien senti : « Pas de condos dans mon quartier, pas de quartier pour Casot ! » Décidément, M. Lévesque a de
nouveau bien besoin de l’aide providentielle de ceux et celles qui militent pour le droit au logement.

La logique du profit multiplie les sans-abri!

Avec mon plus beau sourire Colgate, je rappelle donc pourquoi les personnes qui occupaient le squat dénonçaient haut et fort les maudits condos grassement subventionnés par la Ville de Québec. Ces condos favorisent deux fléaux qui s’attaquent durement au quartier Saint-Jean-Baptiste : la gentrification (c’est-à-dire l’exclusion des ménages à faible revenu d’un quartier qui répond de plus en plus aux besoins des arrivants fortunés) et la crise du logement (par une pression à la hausse sur les loyers).

Ainsi, les condos sont responsables de l’exode d’une grande partie de la population du quartier. Pis encore, ils contribuent à faire déborder les refuges dédiés aux sans-abri, pour la première fois de leur histoire.

Locataires en colère, locataires solidaires!

Dans l’espoir qu’une fraction des acheteurs et acheteuses de « condos haut de gamme à partir de 347 900 $ » aient non seulement de l’argent, mais aussi une conscience sociale, je propose au groupe Casot ltée d’ajouter sur son fameux panneau : S.V.P., NE CONTRIBUEZ PAS À DÉTRUIRE LE CARACTÈRE POPULAIRE DE NOTRE QUARTIER, N’ACHETEZ PAS LES CONDOS DE CASOT.

MERCI DE VOTRE SOLIDARITÉ!

Il va de soi qu’en temps normal, je laisserais tomber mes vaines suggestions pour aller écrire moi-même sur ce panneau quelque chose de beaucoup moins poli. Mais la psychose sécuritaire anti-graffiti étant ce qu’elle est dans les quartiers qui s’embourgeoisent…

Pour finir, M. Lévesque, si jamais vous lisez les petits journaux des quartiers que vous scrapez, ne me remerciez pas et sachez que je demeure disponible si vous avez besoin de moi pour parfaire d’autres campagnes de marketing. Qui sait, ça pourrait m’aider à payer le loyer.

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Extrait du numéro de décembre 2003 du journal l'Infobourg.

Publicité gratuite pour les condos de luxe : Pas de quartier pour Casot!