Par Nicolas Lefebvre Legault

Depuis l'élection des libéraux, les budgets des ministères jouent au yo-yo et à peu près tous les secteurs de la société civile sont sur les dents. Y compris celui de l’habitation, qui avait pourtant de bonnes raisons de se croire épargné.

Dès le lendemain des élections, les rumeurs allaient bon train quant aux coupures dans les budgets des ministères. Elles ont été vite confirmées et depuis, les appréhensions sont grandes dans la société civile. En matière de logement, on a presque cru un instant pouvoir s’en tirer à bon compte, les budgets de la Société d'habitation du Québec (SHQ) semblant à peu près incompressibles, à moins que le gouvernement décide de revenir sur des promesses électorales toutes fraîches. Le Budget Séguin, en juin, annonçait même 10,7 millions « d’investissement additionnel » dans l’habitation. Soupir de soulagement dans les groupes communautaires, les « mesures d’urgence » pour le 1er juillet étaient sauvées. Sauf que force est de constater, à la lecture des crédits budgétaires, que ce que le gouvernement donnait d’une main, il le reprend de l’autre.

Coupures dans les HLM

Le Québec compte plus de 65 000 unités d’habitation à loyer modique (HLM). Cet imposant parc de logements s’est construit au fil des ans, entre les années 70 et le début de la décennie 1990. C’est donc dire que nombre de ces logements commencent à se faire vieux et ont besoin de rénovations et de réparations. Un budget de 45 millions de dollars était d’ailleurs affecté à cette fin par la SHQ. Si les libéraux n’ont coupé ni dans le développement de nouveaux logements sociaux, ni dans les mesures d’urgences liées au 1er juillet, ils ont par contre retiré sept millions de ce budget d'entretien des HLM.
Mais ce n'est pas tout. Comme il s’agit d’un programme conjoint dont les coûts sont partagés moitié-moitié, le gouvernement fédéral a immédiatement retiré lui aussi sept millions de dollars de ce budget. Résultat, le financement du programme, déjà jugé insuffisant par la Fédération des associations de locataires de HLM du Québec (FLHLMQ), passe de 49 à 35 millions de dollars du jour au lendemain. À Québec, cela se traduit par une coupe sèche de 1.5 million dans le budget de rénovation et de réparation des quelque 6 000 logements HLM de la ville. L’Office municipal d’habitation (OMH) annonce déjà que durant l’année, des logements pourraient être condamnés, faute de sous pour les réparer.

Contradictions

Les OMH ont raison de dire que le gouvernement est en contradiction dans ce dossier. D’un côté, Jean Charest promet, dans le dernier Discours du trône, de livrer 13 000 nouveaux logements sociaux et abordables durant son premier mandat (ce qui est déjà douteux, estime le FRAPRU, étant donné les budgets sur la table), voire d’en accélérer la construction; de l’autre, le gouvernement coupe dans l’entretien des logements sociaux déjà existants. Autrement dit l’État, d’un côté se targue fièrement d’augmenter le nombre de nouveaux logements, mais de l’autre force les OMH à fermer des places en HLM faute de fric pour les garder salubres. À ce rythme-là, ce n’est qu’une question de temps pour que ressorte l’idée d’augmenter le loyer des HLM afin de pallier une crise financière créée de toutes pièces par le gouvernement.

La FLHLMQ annonce d’ores et déjà qu’elle lancera cet automne une campagne de pression pour renverser la vapeur. Le FRAPRU entend bien quant à lui intensifier la lutte pour la création d’un nouveau programme de construction de HLM (aucun HLM n’a été construit depuis 1994) tout en participant aux pressions destinées à modifier la position du gouvernement sur les coupures. Le Comité populaire sera de la partie. Un dossier à suivre, donc.

==
Extrait du numéro d'octobre 2003 du journal l'Infobourg.

Logement social : Ce que le gouvernement donne d’une main, il le reprend de l’autre