Par Frédéric Gosselin

À la suite de la crise du logement de juillet dernier, cinq groupes communautaires oeuvrant dans les domaines de l'habitation locative et de l'aide aux itinérantEs ont décidé d'unir leurs forces afin d'agir plus efficacement face aux instances municipale, provinciale et fédérale. Cette initiative regroupe le Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur, le Bureau d'animation et d'information logement (BAIL), le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, le Comité logement d'aide aux locataires ainsi que le Regroupement d'aide aux itinérants et itinérantes de Québec.

La Ville de Québec veut mettre de côté les acteurs de première ligne en matière de défense des locataires et de l'habitation. Pour preuve, il n'est pas encore clair que les autorités municipales voudront rencontrer, dans un avenir rapproché (espérons avant juillet 2003), les groupes de première ligne. Voilà une raison de plus pour se réunir et créer un réel rapport de forces dans le contexte de la crise actuelle. Il est impératif que des organismes communautaires soient des intervenants majeurs pour défendre les droits et améliorer les conditions de vie des locataires.
La région de Québec détient le plus bas taux d'inoccupation!

Le 26 novembre dernier, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) a publié des statistiques qui nous font craindre le pire pour juillet 2003. Selon l'étude, la région métropolitaine de Québec ne disposerait que de 257 logements vacants sur un total de 75 742 logements. Quel beau record! 0,3 % : c'est la première fois au pays qu'un taux d'inoccupation descend aussi bas. Nous devons rendre grâce à ces multiples programmes de construction, d’achat-rénovation, d'accessibilité à la propriété ainsi qu’aux mesures d'urgence, tout aussi inefficaces les uns que les autres pour la région de Québec. En 1994, lorsque le gouvernement fédéral était sous le régime de Mulroney et du Parti conservateur, les groupes de défense des droits de locataires criaient haut et prédisaient une crise nationale du logement. Eh! bien, nous sommes dans la m... jusqu'au cou et ce sont les groupes de première ligne comme les comités de citoyens qui doivent maintenir le cap sur une revendication déjà connue, mais à laquelle les autorités font toujours la sourde oreille : 8 000 logements sociaux par année, dont la moitié en HLM, cé tu clair!

Ces nouveaux chiffres apportés par la SCHL alimentent les discussions dans le milieu de l'habitation. D'un côté, les groupes de défenses des locataires, avec en tête le FRAPRU et le Regroupement des comités de logements et d'associations de locataires du Québec (RCLALQ), sont outragés de voir comment les trois paliers gouvernementaux, et en particulier le fédéral, interviennent inefficacement pour mettre fin à cette crise. Ils réclament la construction immédiate de logements sociaux, et une vaste de campagne d'information sur le maintien dans les lieux et sur la contestation des hausses de loyers.

De l’autre, les propriétaires, appuyés par leur association (CORPIQ), affirment qu'ils bénéficient d’un retour du balancier. La fameuse loi économique de l'offre et de la demande profite à ces derniers; et même si les loyers ont augmenté depuis les trois dernières années dans la région de Québec, les propriétaires clament haut et fort que c'est au Québec que les loyers sont les plus bas, comparativement à d'autres provinces du pays.

Des gens de bien, comme les constructeurs en habitation et l'Institut économique de Montréal, interprètent la dégradation de la situation et la baisse du taux d'inoccupation par le fait que la construction de logements qui se loueront en moyenne 500 $ par mois n’est pas rentable. Selon eux, les investissements dans la construction de copropriétés ou d’appartements de luxe sont plus lucratifs. Ils mettent aussi la faute sur la réglementation trop poussée au Québec. Les constructeurs réclament des mesures fiscales qui leur seront favorables à eux.

La SCHL, à l’occasion de sa sortie publique du 26 novembre, a posé l'observation suivante : l'exode rural (la migration vers les centres urbains) amène un flux continuel de nouveaux ménages locataires. À Québec, 2 000 nouveaux ménages se forment chaque année; cela signifie une demande de logements accrue. On remarque aussi que la pénurie est plus criante en ce qui concerne les logements de deux chambres et plus Actuellement, au Comité, nous recevons des appels de familles qui se cherchent un logement. Imaginez-vous la tâche ardue ... Que devons-nous prévoir pour juillet 2003 à Québec? Pendant qu'on s'évertue à trouver des responsables à la crise, une réalité demeure : celle de plusieurs dizaines de ménages se cherchant encore un logement convenable.

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Extrait du numéro de janvier 2003 du journal l'Infobourg.

Une coalition régionale pour le droit au logement