par Jean-Pierre Lacroix

Le phénomène d'embourgeoisement urbain et la croissance des banlieues ont des effets dévastateurs sur les populations des centres-villes.

L'expansion des banlieues a pour effet de vider les quartiers centraux de leurs habitants à revenu moyen ou élevé. Les usines ferment, le commerce diminue, les services se raréfient, le quartier s'appauvrit. Les propriétaires cessent d'entretenir leurs bâtiments. Ces quartiers sont majoritairement habités par des personnes à faible revenu. Saint-Sauveur et Saint-Roch à Québec, le Centre-Sud et Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, en sont des exemples.

À l'inverse, l'embourgeoisement crée un phénomène de revitalisation : rénovation des immeubles, apparition d'appartements de luxe, transformation de logements en copropriété, démolition de vieilles maisons et construction d'immeubles, implantation de boutiques spécialisées et de restaurants chics...

On constate que l'embourgeoisement fait disparaître un quartier où logent, à titre de locataires, des personnes à faible revenu et des pauvres, pour le remplacer par un quartier destiné à des personnes aisées qui achèteront leur appartement. Une transformation radicale de l'identité du quartier sur les plans physique, social, économique, culturel et démographique s'ensuit. Le mode de vie des nouveaux arrivants étant différent, le quartier est complètement transfiguré.

L'engouement pour les modes de vie « retour-à-la-ville », « pas-de-pont-à-traverser », « pas-d'auto-mon-condo-près-du-boulot » y est pour beaucoup. La spéculation joue aussi un rôle important. On l'oublie souvent, mais l'espace que nous occupons est un bien, une commodité essentielle. Dans un centre-ville et sa périphérie immédiate, posséder une parcelle de cet espace, de plus en plus rare, devient un investissement. On le voit, immeubles et terrains changent de propriétaires à un rythme effarant. Le centre-ville est une véritable mine d'or pour les promoteurs immobiliers.

Cette revitalisation se fait sur le dos des démunis. Chassés de leur logement qu'ils n'ont plus les moyens de payer, à cause de la hausse vertigineuse des prix causée par le déséquilibre entre l'offre et la demande, ils sont forcés de déménager. Mais émigrer où? Et à quel prix? Trop souvent dans un autre quartier et à un coût plus élevé, ce qui rend leur situation encore plus précaire. Cette relocalisation entraîne toujours des pertes et nécessite une réadaptation. Certains n'ont même plus les moyens de se rendre au travail tellement le loyer gruge leur budget.

Cette revitalisation n'élimine pas la pauvreté : elle déplace le problème en le changeant d'endroit et, de plus, l'aggrave. Vu sous cet angle, le phénomène d'embourgeoisement est en réalité destructeur et nuisible pour ceux qui en sont victimes. On est loin de l'image optimiste du progrès. Ce sont encore les riches qui trouvent à améliorer leur qualité. La crise du logement ne concerne que la rareté d'appartements locatifs à prix abordables.

Le logement n'est pas un bien banal comme d'autres biens : c'est un droit. Ce droit à un logement convenable est inscrit à l'article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée le 10 décembre 1948 par l'Assemblée générale des Nations Unies.

Plus que le droit au logement, c'est l'accès au logement convenable et à prix abordable qui n'est pas encore une réalité pour toute une couche de la population. Ces conditions de logement l’empêchent d'exercer sa citoyenneté dans la dignité.

Lorsque plus du quart du budget familial est alloué au logement, il devient difficile de pourvoir correctement aux autres besoins que sont l'alimentation, le vêtement, les soins de santé, le transport, etc. Dans la vraie vie, 25 % de la population se retrouve sous le seuil de la pauvreté, et au total, près de 40 % de la population éprouve des difficultés financières.

Il existe, bien sûr, du logement social pour remédier au problème. Une solution nettement insuffisante, sans compter la période d'attente de trois à cinq ans! Ainsi Montréal compte un parc de 10 000 habitations à loyer modique ; la liste d'attente est de 5 000 ménages et il ne s'en libère que 2 000 par année!
Les sommes consenties tant à la lutte contre la pauvreté qu'au logement sont ridicules. La majorité des groupes d'aide aux défavorisés dénoncent cette situation. Les milliers de logements sociaux promis par nos gouvernements n'arriveront pas à temps pour éviter que de nombreuses familles qui n'auront « pas
trouvé » se retrouvent dans le marasme.

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Extrait du numéro de novembre 2002 du journal l'Infobourg.

Le logement : un droit parmi d'autres?