Du linge assez pour s’enterrer, de la vaisselle toute belle, des CD… Noël, c’est à tous les jours que ça se passe dans notre société contemporaine nord-américaine. Peu importe que de si jolis objets soient conçus par des enfants mal nourris en Inde ou par leurs mères stérilisées dans des maquiladoras mexicaines. Peu importe. Rien de tout ça ne nous empêche de célébrer notre perpétuel boxing day. Pourquoi se priver, tant qu’il pleut des bas prix et des gogosses à une piasse dans tous nos quartiers américanisés. La mode, il faut l’appliquer comme une loi sans pitié. Le temps des vaches maigres est terminé, pour nous anyway. Consommez! Que votre vie soit régie par le prêt-à-porter! Que l’on compte en vies humaines ou animales nos extravagances vestimentaires, rien ne peut nous arrêter de consommer et de gaspiller. Pourquoi se priver?

Bien sûr, pour dépenser dans la vie, il faut d’abord la gagner. Exécuter de menus travaux forcés rémunérés, surtaxés. Les 5 à 7 nous aident à oublier la réalité du 9 à 5, n’est-ce pas? Notre quotidien au service d’un employeur et ce, quelle que soit sa visée. Qu’il tue, qu’il mente, qu’il triche, il paie notre confort. Comment ne pas l’aimer? Enwoye mon pit, pour te gâter t’as pas fini de suer pis d’en baver. À l’arthrite – la retraite – enfin on pourra en profiter. Profiter de notre argent et de notre temps, qui est compté. Avouez que le winnebago, ce n’est pas juste pour flasher, mais bien pour se sauver de l’ennui à cause des amis qu’on ne s’est jamais faits parce qu’on a trop travaillé. Consommons mes amis! Dépensons, car c’est bien ça qui finira par nous tuer. Jamais notre esprit de grandeur ne sera rassasié parce que, même mort, il faut looker. Enterré sous un parking de centre d’achat stérilisé, nouveau lieu sacré, église modernisée où on prend notre cash, notre âme et nos cartes de crédits à taux d’intérêt élevés. Comme on dit: la vie est courte, il faut bien se gâter, aux dépends de qui? De qui il faudra! Tant qu’à mourir sous les bombes qui nous pendent au bout du nez, autant le faire dans de beaux souliers. Une chance qu’il reste les pauvres et leurs organismes de charité, qui recueillent nos saletés tachées, souillées et défraîchies. Qui d’autre est mieux placé pour nous donner bonne conscience? Oui, tous ces pauvres qui n’ont pas accès à notre démesure de forcené-es et à notre soif de prêt-à-porter. Sont-ils des héros modernes qui répondent et résistent à notre consommation ivre et mal placée? Ce n’est pas tout de dépenser, l’important c’est de savoir ce qu’on peut y gagner. Alors essuyons bien nos mains ensanglantées sur de jolies serviettes brodées par des enfants affamés et contemplons notre belle planète ensevelie sous tous ces objets abandonnés.

Mon sac est vidé, me vla ben défoulée. Et pour toutes les personnes qui ne sont pas concernées, ben, scuzez-la.

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Extrait du numéro d'octobre du journal l'Infobourg

CHRONIQUE DU VESTIAIRE - SE VIDER LE SAC