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Par Gabrielle Verret
C’est avec une certaine surprise que j’ai appris que la Ville de Québec se classait 29e au monde et 2e en Amérique du Nord, après Montréal, parmi les villes les plus accueillantes pour les cyclistes, devant Vancouver (30e) ou Portland (35e) *.
En repensant aux nombreuses fois où j’ai failli être grièvement blessée en me déplaçant à vélo, je me suis dit : « Si Québec arrive au 29e, on a encore du chemin à faire collectivement. » Après plus de six ans à parcourir la ville à vélo, été comme hiver, je suis restée un peu incrédule face à ce résultat, notamment à cause de toutes les fois où j’ai été exposée à des comportements dangereux de la part d’automobilistes. Ces mêmes comportements peuvent être réduits notamment grâce à des aménagements structurants sécuritaires, à des campagnes de sensibilisation et à la fin de la culture tout à l’auto. Souvent, ceux-ci ne respectent ni le principe de prudence inscrit à l’article 3.1 du Code de la sécurité routière ni le principe de vulnérabilité, décrit notamment par Vélo fantôme Montréal : « En somme, le plus gros, le plus rapide et le plus dangereux protègent le plus fragile. »**.
Pour apporter des nuances à ce que je vis au quotidien, j’ai voulu comprendre d’où vient ce fameux classement et recueillir quelques réactions de cyclistes utilitaires de Québec. Ce texte se concentrera donc sur le développement des infrastructures cyclistes à Québec et non sur l’éventail de ces nombreux avantages.
D’où vient ce classement ?
Le Copenhagenize Index évalue la cyclabilité des villes à l’aide de données probantes sur leurs forces et leurs faiblesses en matière d’aménagement, de sécurité, de politiques publiques et d’usage. Créé en 2011, il est devenu une référence internationale pour analyser les politiques de mobilité active. Le classement repose sur trois grandes catégories : la qualité des infrastructures, l’usage du vélo, et les politiques publiques qui soutiennent son développement et treize indicateurs qui en découlent.
1. Infrastructures sûres et connectées
Cette catégorie s’intéresse aux pistes cyclables protégées, à la disponibilité des stationnements à vélo, à la modération de la circulation automobile, notamment la présence de rues limitées à 30 km/h, ainsi qu’à la sécurité mesurée par le nombre de décès de cyclistes pour 100 000 habitant·e·s. Québec obtient un score de 45,1. La Ville vise la création de 150 km de parcours cyclables d’ici 2034 et s’est distinguée grâce au projet des Corridors VivaCité (CVC). Huit projets sont déjà réalisés, dont ceux de la rue Dupont, de la rue Marie-de-l’Incarnation et de la côte de la Pente-Douce, tandis que quatre autres sont en cours, notamment sur le boulevard Sainte-Anne et sur la 4e Avenue Est. Le corridor du chemin Sainte-Foy attire particulièrement l’attention du Copenhagenize
Index : le trafic piétonnier et cycliste y a augmenté de 87 % en un an, soit de 2023 à 2024. Finalement, depuis 2022, ce sont 16 km de voies cyclables séparées qui ont été ajoutés au réseau.
2. Usage et portée
Cette catégorie évalue la part modale du vélo, c’est-à-dire la proportion de trajets effectués à vélo versus les autres modes de transport sur un laps de temps donné, son évolution au cours des cinq dernières années, la proportion de femmes qui se déplacent à vélo, la performance du système de vélopartage ainsi que le soutien et l’usage du vélo cargo. Québec obtient ici 43,2 points.
Le rapport met en valeur la croissance fulgurante du système àVélo. Depuis son lancement en 2021, il est passé de 10 stations et 100 vélos à 165 stations et 1800 vélos en 2025, pour un total de 1,98 million de déplacements enregistrés entre le 1er mai et le 15 novembre***. Cette progression est notable, mais les inégalités de genre demeurent présentes.
Selon l’organisme Accès transports viables, la part modale du vélo est de 1,9 % chez les hommes, contre seulement 0,9 % chez les femmes. Dans la région de la Capitale-Nationale, les femmes ne représentent que 29 % des cyclistes utilitaires (Statistique Canada, 2022) ****.
Comme le souligne Sylvie Milette, directrice générale de Vélocentrix, il est essentiel de développer des aménagements sécuritaires pour encourager davantage de femmes à se déplacer à vélo et pour permettre aux enfants de gagner en autonomie dans des environnements sûrs. « Je suis très heureuse de constater les progrès réalisés et de voir de plus en plus de cyclistes dans notre belle ville ! Nous devons poursuivre dans cette voie et développer le vélo utilitaire à l’année, car plus on choisit le vélo pour se déplacer, plus notre collectivité est en santé et nos milieux de vie deviennent moins pollués. »
3. Politiques et soutien
Cette catégorie analyse les investissements municipaux par habitant·e, l’engagement politique en faveur du vélo, la place du vélo dans l’espace médiatique et scolaire ainsi que la planification des infrastructures cyclables. Québec se démarque avec un score de 68,1.
Le rapport souligne notamment que la moitié du réseau routier de la ville est limitée à 30 km/h et que 136 km de pistes cyclables sont entretenues à l’année longue. Selon la Vision de la mobilité active 2023-2027, la Ville prévoit d’investir 95 millions de dollars d’ici 2027 dans la mobilité active, incluant la création de 100 km de nouvelles infrastructures cyclables et piétonnes*****. Pour l’année 2024, 24 millions sont consacrés à ces projets. D’ici 2034, la Ville souhaite développer un réseau cyclable quatre saisons de 150 km.
Julien Roy, président de la Table de concertation vélo des conseils de quartier, considère qu’il s’agit d’une belle réussite pour les équipes de la Ville et les élu·e·s qui ont fait grimper le score de la catégorie « politiques publiques et appui ». Il insiste toutefois sur l’importance de demeurer vigilant·e·s et de continuer à appuyer les projets afin qu’ils soient réalisés rapidement parce que ce score est en partie basé sur le futur, bien que le futur s’annonce beau pour le vélo à Québec.
Rêver un peu
La première place du classement revient à Utrecht, aux Pays-Bas, une ville où plus de 30 % des déplacements se font à vélo. Le budget cyclable y atteint 63 euros par habitant·e, soit environ 102 dollars canadiens. À titre de comparaison, la cible de Québec dans sa Vision de la mobilité active est de 36 dollars par habitant·e. Utrecht applique un principe simple : construire la ville autour du vélo.
L’Index cite de nombreux exemples où des voies de circulation ou des stationnements automobiles ont été retirés pour faire place à des pistes cyclables. La ville est également citée pour ses initiatives d’accessibilité financière, notamment le programme Fietsdeal, qui permet aux résident·e·s à faible revenu d’obtenir un vélo remis à neuf pour 30 euros. Elle développe aussi un nouveau quartier de 12 000 habitant·e·s entièrement conçu sans voiture.
Ce modèle offre un vent de fraîcheur lorsqu’on le compare à la culture encore très axée sur l’automobile à Québec, que l’on peut décrire comme un système social et urbain où la voiture solo demeure le mode de transport dominant à plusieurs niveaux : politiques, économiques et sociaux. Cette culture se traduit, par exemple, par des aménagements centrés sur de vastes stationnements, une planification qui soutient peu l’intermodalité et des subventions implicites à l’industrie automobile. En somme, nous vivons encore trop souvent dans des milieux où la dépendance à la voiture est presque incontournable.
Claire Morissette, militante pour le vélo utilitaire, féministe et écologiste, soulignait dans son essai Deux Roues, un avenir (1994) que le vélo, par ses nombreux avantages sociétaux et individuels, est un outil d’émancipation, de justice sociale et de transformation sociétale. Il mérite, à mon avis, des investissements publics conséquents.
Pour en apprendre davantage sur Vélocentrix : « Vélocentrix est un organisme à but non lucratif ayant pour mission de soutenir la culture du vélo urbain et utilitaire et de faciliter l’accès au vélo pour tou·te·s dans la ville de Québec. » Plusieurs services sont offerts à l’organisme situé au 507 rue des Sables comme des ateliers libres et assistés pour réparer son vélo été comme hiver, et des formations pour apprendre, notamment comme entretenir et réparer son vélo. Il est possible de devenir bénévole et s’impliquer de diverses façons. Lien vers le site web : https://www.velocentrix.org/
*https://copenhagenizeindex.eu/index.php/project/quebec/
**https://www.velofantome.org/wp-content/uploads/2021/11/MemoireSAAQ.pdf
***https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2210058velo-rtc-service-station-donnee
****https://transportsviables.org/medias/documents/RapportADS_re%CC%81seau-structurant_VF-compressed.pdf
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