Par Mathieu Nicolet

Au terme d’une campagne spectaculairement soporifique, les électeurs et électrices de la grande région de Toronto et de Montréal ont décidé de reconduire le gouvernement libéral sortant, lui octroyant un nouveau mandat d’une durée qui reste à définir. Comme prévu, les libéraux ont perdu des plumes, mais la renaissance du Bloc Québécois, l’effondrement du NPD et la désastreuse campagne des conservateurs n’auront pas suffi à les éjecter du pouvoir. Petit tour d’horizon des résultats dans le comté de Québec et ses environs.

Dans la circonscription de Québec, la lutte s’annonçait serrée puisqu’une figure connue dans la région de Québec avait décidé de sauter à nouveau dans l’arène politique sous la bannière du Bloc Québécois: Christiane Gagnon, ancienne députée de Québec de 1993 à 2011. Entre cette nouvelle donne politique et la question climatique en filigrane, l’indécision a prévalu jusqu’au bout de la nuit, où s’est confirmé la victoire du député sortant, Jean-Yves Duclos, qui s’est fait renifler les talons durant toute la soirée électorale par l’aspirante bloquiste.

Mais il fallait bien faire durer un peu le suspense: il y aurait eu des irrégularités au niveau du processus électoral, selon les dires de la candidate défaite. Le Bloc Québécois a donc actionné une procédure de recomptage judiciaire, comme il était en droit de le faire (l’écart des voix entre M. Duclos et Mme Gagnon étant inférieur à un pour mille des voix). Cette dernière fut finalement arrêtée après deux jours de procédures, à la demande même du parti indépendantiste. Jean-Yves Duclos a donc officiellement été réélu le 7 novembre par 325 voix d’avance. S’il est difficile d’analyser ces résultats de façon précise, les atermoiements du Bloc et de sa candidate à Québec au sujet de certains enjeux (troisième lien, projet gazier au Saguenay) ont probablement joué un rôle.

Vague « bleu ciel », bis

Malgré cette défaite crève-cœur, le Bloc Québécois s’est rattrapé en créant une demi-surprise dans Beauport-Limoilou, chassant le député conservateur sortant Alupa Clarke. Pour le reste de la couronne nord de Québec ainsi que sur la rive sud, aucune surprise n’était à signaler; les conservateurs ont été reconduits par leurs fidèles banlieusards et banlieusardes par d’écrasantes majorités de Val-Bélair à Lévis en passant par Charlesbourg.

Ailleurs dans la province, la vague du Bloc a inondé l’intégralité du territoire québécois à l’exception de l’île de Montréal, de Gatineau et de la grande région de Québec, en passant par la Beauce de Maxime Bernier. Surfant sur le bulldozer caquiste au travers d’un parfait copié-collé du programme de François Legault en matière d’autodétermination et de laïcité tout en y ajoutant la composante verte, cette CAQ 2.0 est parvenu à couler les néodémocrates tout en rognant sur l’électorat vert, libéral et conservateur. Un superbe exploit qui propulse 32 députés bloquistes à Ottawa.

Le vert à moitié vide

Du côté du Parti vert, ce fut la soupe à la grimace avec trois députés seulement élus à Ottawa. En dépit du grand mouvement mondial porté par les grèves du climat et les immenses manifestations au travers de la province, du pays et du monde, cette grande prise de conscience ne s’est pas franchement traduite dans les urnes. Pire encore, les verts n’ont récolté que 4,4% des voix au Québec, bien en-dessous de la moyenne nationale (6,5%). Même le comté de Québec n’a pas dérogé à la règle, étant crédité de 5,1% seulement, soit trois fois moins que les conservateurs. Un résultat peu reluisant pour une population qui se targuait d’être à la pointe du pays en matière environnementale. Les arguments nationalistes et identitaires l’auront aisément emporté sur les considérations environnementales à l’échelle globale.

ÉLECTIONS 2019 : ON NE CHANGE RIEN (OU PRESQUE)