Par Daniel Poulin-Gallant, criminologue et coordonnateur à AlterJustice, groupe d’aide et d’information aux personnes judiciarisées
Photo: Alter Justice

Du 17 au 19 octobre s’est tenu à la Maison Mère-Mallet l’évènement ArtisJudiciali, vernissage et exposition d’œuvres de personnes touchées par la judiciarisation. Nous avons eu la chance de recevoir cinq artistes judiciarisés ou dont l’art a comme sujet les personnes ex-détenues.

Le but de cet évènement était bien simple : démontrer à la population de Québec qu’avoir un casier judiciaire, avoir eu des démêlés avec la justice n’est pas la fin d’une histoire d’une personne. Qu’il ne s’agit pas d’évènements qui résument les individus, mais bien des histoires qui constituent une parcelle de leur identité. De faire voir que derrière le masque de « monstre » et de « criminel » se cache un être humain, aussi imparfait et aussi plein de qualités que les autres citoyens et citoyennes de sa communauté.

AlterJustice et l’Aumônerie communautaire de Québec ont uni leurs forces afin de sensibiliser les citoyennes et citoyens de la ville de Québec à la (ré)intégration sociocommunautaire des personnes judiciarisées. La sensibilisation de la population à l’endroit de ce processus est incontournable, puisque leur précieuse participation consolide la sécurité des communautés et contribue à éviter qu’il n’y ait d’autres victimes d’actes criminels subséquents.

En effet, le soutien à la (ré)intégration sociocommunautaire des personnes judiciarisées permet, notamment, d’avoir un emploi rémunéré, de prendre part à la vie sociale active, de développer un sentiment d’appartenance à leur communauté et de subvenir adéquatement à leurs besoins. Dans cet esprit, AlterJustice et l’Aumônerie communautaire de Québec ont participé à la Semaine de la réhabilitation sociale du 15 au 19 octobre 2019.

Afin de mieux se conjuguer avec les aléas de la vie, l’art peut s’avérer un médium salvateur pour survivre à un épisode sombre. Les personnes judiciarisées ne font pas exception à la règle. L’expression artistique permet de s’adapter à l’enfermement en trouvant un refuge face à la solitude, le désespoir, les idées noires ou encore d’explorer son plein potentiel intérieur. Ces personnes peuvent ainsi se libérer d’un cri refoulé, extérioriser des sentiments complexes, symboliser leur souffrance ou exprimer leurs espoirs. Elles peuvent découvrir un talent caché, ou encore reprendre contact avec un intérêt sous-exploité.

Ainsi, AlterJustice et l’Aumônerie communautaire de Québec estiment que les œuvres des personnes judiciarisées ayant entrepris un processus de (ré)insertion sociale pourraient être mises de l’avant afin de sensibiliser la population de Québec aux divers enjeux avec lesquels elles doivent composer au quotidien.

Le 17 octobre au soir se tenait donc le vernissage d’ArtisJudiciali. Bouchées salées et sucrées en main, les personnes invitées ont pu admirer les œuvres de Desperado, Bird2, Jean-Guy L., Danny et Pierre Benezeth. Mer- ci à Mademoiselle Pénélope pour ses délicieux canapés. Nous avons accueilli un peu plus de 80 personnes le soir même. Durant les deux jours de vernissage, ce sont plus de 300 personnes qui ont pu voir les œuvres accrochées dans la salle.

Nous sommes donc fiers de notre travail et de la réception que Québec a donnée à notre évènement. Nous pouvons affirmer avec assurance que ce n’est que partie remise.

À l’an prochain pour Artis Judiciali 2020, édition améliorée!

Artis Judiciali: quand l'art et la réinsertion sociale se rencontrent