Par Vincent Baillargeon

Depuis les dernières années, le rythme de livraison des logements sociaux était en diminution, en raison, entre autres, de subventions ne reflétant plus les coûts de réalisation. En effet, dans les grandes villes, le prix des terrains a augmenté de 60% en quelques années. Dans les villes éloignées des grands centres, le prix des matériaux serait en cause. En d’autres mots, les subventions n’augmentaient pas alors que le coût de réalisation, lui, augmentait.

En mars dernier, lors du budget du ministre des Finances Éric Girard, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) annonçait la réalisation de 10 000 des 15 000 logements sociaux déjà prévus dans les budgets précédents et non livrés. Alors que l’argent était annoncé dans le budget de mars dernier, ces sommes se sont concrétisées avec l’actualisation du programme AccèsLogis Québec, en juillet dernier.

Avec cette actualisation, nous apprécions particulièrement qu’entre 50 % et 80 % des unités résidentielles de chaque projet devront dorénavant être admissibles au programme Supplément au loyer (auparavant, cette proportion était de 20 % à 50 %).

Notons aussi que le gouvernement annonce maintenant la réalisation des 15000 unités programmées et non livrées, sans pour autant augmenter l’investissement de 260 millions. Dans son communiqué de presse, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) estime que les investissements de 260millions$ annoncés dans le budget du 21 mars ne suffiront pas pour permettre le déblocage de tous les logements programmés.

L’annonce du gouvernement a permis sur papier de réaliser des projets en attente et nous devons nous en réjouir et féliciter les gens mobilisés qui ont forcé la CAQ à agir. Cependant, le tout est loin d’être gagné. En effet, le coût des loyers plafonds des logements sociaux a grandement augmenté. La plupart des nouveaux logements sociaux sont plafonnés à 95% du loyer médian du marché du neuf. Ce prix étant très haut, notamment dans la ville de Québec qui détient le prix du loyer médian le plus élevé dans la province, ces logements deviennent hors de portée des ménages à revenu modeste.

Plusieurs solutions sont proposées et possibles, selon le FRAPRU, pour régler les problèmes au programme :

• Dans les projets du volet 1 (pour les familles, les couples et les personnes seules), Québec pourrait subventionner le loyer de tous les locataires en augmentant le nombre de suppléments au loyer à 100 % des logements.
• Québec devrait aussi augmenter sa contribution à la réalisation de nouveaux projets au-delà de 50 % du coût et réduire ainsi le fardeau de l’hypothèque que les locataires doivent rembourser.

Aucune nouvelle programmation

Il est important de dénoncer avec force le choix du gouvernement Legault de ne pas financer de nouvelles unités de logement social pour la première fois depuis la création du programme AccèsLogis.

Vu l’ampleur des besoins et l’aggravation de la situation due à la pénurie de logements qui s’installe au Québec, il faut s’assurer que la facture ne retombe pas sur les locataires déjà surchargés, mais également lancer, sans plus attendre, de nouvelles programmations de logements coopératifs et sans but lucratif, partout où il y a des ménages éprouvant des besoins impérieux de logement.

Par exemple, pour le quartier Saint-Jean-Baptiste, 16,4 % des ménages locataires consacrent plus de 50% de leur revenu pour se loger. Le pourcentage des ménages qui consacrent 30% de leur revenu au logement est de 36,6%. Avec un taux d’inoccupation, en octobre 2018, des appartements d’initiative privée de 2,5%, dans le quartier comme ailleurs, la situation ne s’améliore pas pour les locataires. Les groupes de défense de droit des locataires promettent de continuer à mettre de la pression au gouvernement pour s’assurer de nouveaux investissements.

Accès Logis, une victoire en demi-teinte