Par Andrée O’Neill

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire récente du quartier Saint-Jean-Baptiste que des organismes se regroupent autour du Compop pour réclamer l’occupation à des fins entièrement publiques ou communautaires de l’îlot Saint-Vincent-de-Paul.

En 1987, le patro Saint-Vincent-de-Paul, organisme fondé à la fin du 19e siècle par les religieux du même nom pour offrir aux jeunes éducation et loisirs, est en déclin. La piscine semi-olympique et le gymnase, lieux de ses principales activités, ont été rasés pour faire place à l’autoroute Dufferin-Montmorency ; la destruction de nombreuses maisons du voisinage, également pour permettre le passage de l’autoroute Dufferin, a entraîné le départ de près de la moitié des résidents et résidentes du quartier. La fermeture et la vente du patro sont devenues inévitables aux yeux des pères de Saint-Vincent-de-Paul.

C’est à ce moment que le mouvement SOS Patro voit le jour afin de revendiquer la préservation des édifices restants de l’îlot et leur conversion en centre communautaire, culturel et résidentiel.

En 1989, le parti du Rassemblement populaire prend le pouvoir à l’hôtel de ville, avec Jean-Paul L’Allier à sa tête. Pendant la campagne électorale, le Rassemblement populaire avait appuyé les demandes de SOS Patro. Mais un an plus tard, l’administration L’Allier retourne sa veste et donne le feu vert à l’exploitation commerciale du site, prétendument pour accueillir un hôtel de la chaîne Sheraton. La conseillère Winnie Frohn, restée fidèle à ses engagements de la première heure et maintenant son appui à SOS Patro, se retrouve isolée au conseil municipal.

On connait la suite : le projet d’hôtel qui se révèle un projet bidon, l’acquisition du site par Jacques Robitaille en 1998, sa démolition en toute illégalité en 2006 (sauf la façade de l’église, qui suivra en 2010), l’exploitation d’un stationnement tout aussi illégal, jusqu’à l’expropriation en janvier dernier (que Jacques Robitaille conteste devant les tribunaux)... et la continuité de SOS Patro sous une autre forme et un autre nom, avec des demandes modelées sur les réalités du quartier en 2019, des demandes portées actuellement par le Compop.

Où mènera la colère citoyenne cette fois-ci, advenant une victoire de Jacques Robitaille en cour, ou encore la revente par la Ville à un autre promoteur privé ? Rêvons un peu...

ÎLOT SAINT-VINCENT-DE-PAUL : UN PEU D’HISTOIRE RÉCENTE