Par Nicolas Villamarin-Bonilla
Crédit image: Repac-03-12

Il est de ces racismes que les gens ne veulent ni voir ni reconnaître, ni mentionner et encore moins combattre. Un peu par méfiance, ou peut-être par résignation, on laisse le racisme à l’abandon et à l’oubli, comme si on lui refusait une existence ou, au mieux, comme si on attendait son effondrement par enchantement. C’est du moins l’impression que laissent les principaux partis politiques de l’Assemblée nationale du Québec depuis les dernières années, notamment en ce qui a trait aux dossiers de la charte des valeurs québécoises et le débat entourant la laïcité, l’immigration, l’islamophobie, le racisme systémique et l’extrême droite. La liste est longue, malheureusement.

Le problème avec cette posture d’inertie, c’est que le racisme a ce petit côté insidieux qui fait qu’en le laissant dans l’invisible, il reprend des forces jusqu’à ne plus pouvoir se contenir et exploser au grand jour, et contre tout – un peu comme ce Voldemort* dont on ne veut pas et qu’on se refuse de nommer. Dans un sens, cette inaction trouve sa racine dans l’incompréhension du phénomène et, par conséquent, de ce que la lutte contre le racisme veut réellement dire. Car depuis que la Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique s’est donné pour objectif de revendiquer une commission d’enquête sur le racisme systémique au Québec, le débat social s’est construit davantage autour du concept de manière périphérique que sur le concept de racisme systémique lui-même. Essayons de comprendre l’ampleur de la situation.

Le racisme est un ensemble de relations sociales qui catégorisent ou classifient des groupes sociaux en fonction de leurs phénotypes ou de leur vision du monde, tout en les insérant dans une structure hiérarchique du pouvoir. Cela a comme produit la « race », entendue non pas comme un élément biologique, mais plutôt comme un produit social qui se reproduit dans un ensemble hétérogène d’expériences individuelles et collectives. En ce sens, lutter contre le racisme n’est pas uniquement lutter contre une chose précise, mais contre un ensemble de choses qui peuvent se lier à d’autres formes de violences sociales. Ce n’est donc pas une erreur de promouvoir l’imbrication des luttes sociales, telles les luttes féministes et anticapitalistes, pour ne prendre que ces deux exemples.

Partons de notre expérience de quartier et du Comité populaire pour bien démontrer comment s’insérer dans une lutte, qui a priori n’est pas antiraciste, peut effectivement barrer la route au racisme. Lorsque nous lisons le dernier « Dossier noir – Logement et pauvreté au Québec » du FRAPRU ou les revendications de la Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique, nous sommes en mesure d’identifier un problème dont les personnes racisées font l’expérience lorsqu’il est question d’accéder à un logement convenable et décent. Non pas que ces dernières soient les seules à être dans cette situation –bien des personnes blanches sont brimées dans leurs droits –, mais que les personnes racisées vivent une situation davantage précaire et problématique.

Le droit à un logement décent, entendu dans son sens plein de satisfaction d’un besoin aussi fondamental que celui de disposer d’un abri sécuritaire, sain et stable, fait partie du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, que le Québec et le Canada ont ratifié depuis 1976. Or, nous savons que, en s’informant sur la situation et en discutant avec des intervenants et intervenantes de terrain, la violation de ce droit est davantage problématique dans le parc locatif du secteur privé, y compris pour les personnes racisées. En ce sens, embrasser la lutte pour une amélioration réelle de l’offre de logement social (coopératives d’habitation, HLM et OSBL) signifie non seulement l’amélioration des conditions de vie des gens en général, mais également et surtout une barrière solide aux propriétaires sans scrupules qui n’hésitent pas à discriminer sur la base du statut citoyen, de l’origine ethnique ou de l’apparence physique. Le logement social offre une possibilité bien plus grande de lutter contre les préjugés et autres manifestations du racisme dans les relations de voisinage.

Enfin, espérons que ces lignes ne soient que les premières idées d’une réflexion collective et plus complexe que ce que nous avons eu jusqu’à maintenant à travers les médias, sur ce fléau qui se propage sournoisement dans la société québécoise et que les autorités politiques ne veulent pas prendre au sérieux.

* Tom Elvis Jedusor (Tom Marvolo Riddle en version originale), également appelé « Lord Voldemort », est un personnage de la saga Harry Potter écrite par J. K. Rowling, et principal antagoniste de l’histoire.

QUELQUES RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA LUTTE ANTIRACISTE