Par Marie-Ève Duchesne
Crédit image: Marc Boutin

Le 25 avril 2018, la Ville de Québec a présenté son projet de réaménagement dans le cadre de travaux majeurs qui viseront les rues Saint-Augustin et Sainte-Madeleine. Parce qu’elle doit refaire les conduites souterraines, la Ville profitera de l’occasion pour enfouir une partie des fils d’Hydro sur ces deux rues et élargir partiellement les trottoirs.

Bien que les enjeux de sécurité ont été abordés à de nombreuses reprises pendant cette soirée qui se voulait consultative, aucune mesure pour atténuer la circulation de transit ni même la vitesse automobile dans le secteur ne fait partie du projet dans son état actuel.

Lors de la période des commentaires, de nombreux résidents et de nombreuses résidentes ont exprimé leur envie de redonner l’espace aux piétons en priorité. Le concept de rue partagée est revenu à de nombreuses reprises et un vote indicatif a même été demandé par un résident : plus de la moitié des personnes présentes se sont prononcées en faveur du concept. Néanmoins, la Ville a balayé le tout du revers de la main, prétextant que l’idée avait été explorée et que le nombre de véhicules ne le permettait pas. Aucune donnée supplémentaire n’a été fournie pour appuyer les dires des fonctionnaires municipaux présents.

Une consultation sans consultation

C’est à la fin de la rencontre que les résidents et résidentes ont appris que la « consultation » se terminait avec cette soirée. En effet, malgré les nombreuses réticences exprimées, le projet irait de l’avant et seules des modifications mineures pourraient y être apportées puisque les budgets ont déjà été autorisés depuis janvier 2018. C’est donc dans ce contexte que le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste organisait, le 13 décembre dernier, une consultation citoyenne afin de réfléchir collectivement à un projet d’aménagement correspondant mieux aux souhaits des résidents et résidentes du faubourg.

Des idées partagées par plusieurs

Concernant la rue Sainte-Madeleine, la grande majorité des participants et des participantes s’entendent pour dire que cette rue aurait toutes les caractéristiques pour devenir une rue partagée, puisqu’il y a déjà peu de circulation automobile. Ainsi, il faudrait y abaisser la vitesse à 20 km/h et permettre la circulation piétonne en plein cœur de la chaussée. Une bande pourrait être conservée sur l’un des côtés de la rue seulement. On pense aussi à du verdissement sur la rue, particulièrement à l’intersection des rues Sainte-Madeleine et Saint-Olivier. Une zone de verdissement serait également souhaitée du côté nord, plus près de l’intersection Sainte-Madeleine et Saint-Olivier.

Pour faire de ces rues de véritables rues partagées, où les piétons et piétonnes seraient au cœur du projet, il nous faut également penser à un éclairage à échelle humaine plutôt que celui inspiré des grands boulevards qui polluent le paysage actuel et éclairent de façon surabondante les appartements des étages supérieurs. Un marquage différent au sol et des panneaux en nombre suffisant indiqueraient aussi aux automobilistes qu’ils entrent dans une zone particulière.

Concernant la rue Saint-Augustin, de nombreux irritants, causés par l’importante circulation de transit dans ce secteur, ont été nommés lors de la consultation du Compop. Un projet de rue partagée a également été exploré par une bonne partie des participants et des participantes présents lors de la consultation. Ce projet de rue partagée aurait ce- pendant la particularité de changer le sens de la circulation sur une partie de la rue. En effet, le sens descendant de la rue Saint-Augustin serait conservé entre Saint-Jean et Richelieu. Mais le sens deviendrait ascendant entre côte d’Abraham et Richelieu. Ce changement à la circulation aurait pour effet d’atténuer la circulation de transit, fortement décriée.

En plus du changement de sens à la circulation sur cette rue partagée, on y trouverait les aménagements traditionnels revendiqués par le Comité populaire : marquage au sol et panneaux suffisants et clairs, éclairage à échelle humaine, trottoir sur un seul côté de la chaussée. Bien sûr, des espaces de verdissement seraient aussi à prévoir : notons particulièrement l’intersection Saint-Augustin et Richelieu, où le changement de sens de la circulation offrirait un espace à exploiter. Le parc Ozanam, au coin de Saint-Augustin et côte d’Abraham serait aussi à améliorer.

À noter que le projet de rue partagée sur Saint-Augustin inclurait la portion de l’autre côté de la côte d’Abraham, qui mène vers l’escalier Lépine. D’ailleurs, il serait important de repenser l’aménagement global de ce secteur si l’îlot Saint-Vincent-de-Paul venait à avoir une vocation répondant aux citoyens et citoyennes du quartier. L’importance de la continuité avec la trame du quartier et des aménagements facilitant les transports actifs sont à garder en tête.

Un manque de volonté politique?

Lors de l’assemblée régulière du conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste du 15 janvier 2019, une quinzaine de personnes se sont mobilisées afin de présenter aux fonctionnaires présents les résultats de cette consultation citoyenne. Sans surprise, ceux-ci ont encore une fois rejeté les propositions mises de l’avant par les citoyens et citoyennes, ressortant tantôt les mêmes arguments contradictoires, tantôt le manque d’analyse des impacts d’un tel projet. Néanmoins, le Comité populaire continuera ses pressions auprès de la Ville de Québec afin d’obtenir un aménagement répondant aux besoins exprimés par les résidents et les résidentes. Un peu de volonté politique, s’il vous plaît!

SAINTE-MADELEINE ET SAINT-AUGUSTIN : DES RUES PARTAGÉES, DES IDÉES AUSSI