Crédit photo: La Lanterne - Wartin Pantois, Québec 1918 : le centenaire des émeutes contre la conscription, peintures sur papier marouflé sur mur, 2018.

Par François G Couillard

Il y a 100 ans, le Québec était secoué par une des plus grandes crises de son histoire. En pleine Première Guerre mondiale, la population est révoltée par la conscription. La crise atteint son point culminant dans la ville de Québec, lors de cinq jours d’émeutes.

Nous avons commémoré cette année le centenaire des émeutes contre la conscription. C’est un événement solennel rappelant à notre souvenir les victimes et leur famille d’humbles ouvriers. Il s’agit aussi d’une occasion pour réfléchir au sens qu’on donne à cet événement et aux responsabilités qui nous incombent aujourd’hui.

Le collectif auquel j’appartiens, La Lanterne, vise à valoriser l’histoire populaire des quartiers centraux. Puisqu’il s’agit d’un événement historique majeur pour le Québec et l’un des plus importants s’étant produit dans la ville, nous avons cherché à mettre cette tragédie méconnue en lumière. Aussi, pour les gens de la Basse-Ville, il peut constituer une démonstration exemplaire de résistance à la tyrannie. Une source de fierté, malgré le drame.

Le gouvernement du Canada est responsable de la tragédie. C’est le rapport de l’enquête du coroner, déclenchée quelques jours après les émeutes, qui l’affirme. Pourtant, à ce jour, le blâme n’a été suivi d’aucune excuse ni compensations.

Le premier jour des émeutes, le jeudi 28 mars 1918, la population est chauffée à blanc. Depuis quatre ans, elle subit le rationnement, la hausse du prix des aliments, des pertes d’emploi et, dès 1917, l’enrôlement obligatoire. Elle est indignée par le zèle des agents fédéraux, les spotters, qui harcèlent les hommes en âge de combattre. C’est d’ailleurs lorsque Joseph Mercier est interpellé dans une salle de quilles de la place Jacques-Cartier que tout déboule. Quelques heures plus tard, on retrouve un poste de police saccagé, un tramway renversé et un spotter à l’hôpital.

Robert Borden, Premier ministre conservateur à l’époque, est terrifié par la révolution bolchévique en cours en Russie. Il fait ce qu’il croit être la bonne chose pour étouffer la rébellion. Le 1er avril 1918, l’armée ouvre le feu sur la foule. Résultat : quatre morts et quelques dizaines de blessés.

Est-il possible de faire le deuil d’une tuerie aussi tragique ? Peut-on envisager une forme de réparation ? Des excuses du gouvernement canadien?

C’est peut-être le chemin vers une sorte de guérison, par une réappropriation de cette tragédie, de cette histoire d’humbles et braves gens, irlandais ou canadiens français, ouvriers ou paysans, s’étant opposés à la tyrannie et à l’oppression. Et un chemin pour prévenir son indécente instrumentalisation par des gens souhaitant réinterpréter les événements à leur façon...

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Le centenaire des émeutes contre la conscription : un devoir de mémoire et de réflexion