Par Vincent Baillargeon
Crédit photo: Guitté Hartog

Du 23 août au 1er octobre, les Québécois et Québécoises ont dû subir 39 jours de promesses magiques, d’étreintes de bébés joufflus et de selfies faussement négligés.

Cette campagne électorale a au moins l’avantage de voir en parallèle le grand projet du FRAPRU, c’est à dire des centaines de militants et militantes qui marchent de villes en villages pour le droit au logement
La marche « De villes en villages pour le droit au logement » visait à :

• Renforcer les solidarités entre locataires, avec la population et les groupes alliés du mouvement pour le droit au logement ;
• Rendre visibles les problèmes des personnes mal logées ;
• Obtenir des gouvernements fédéral et québécois des investissements suffisants pour réaliser 50 000 nouveaux logements sociaux, en 5 ans, au Québec.

Solidarité entre tous et toutes

Le 29 septembre dernier, une manifestation regroupant près de 1 000 personnes a accueilli les marcheurs et marcheuses, qui ont complété les 560 kilomètres séparant Ottawa de Québec.

Rappelons-nous que le projet a reçu 550 appuis d’organisations internationales, nationales, régionales et locales. Cependant, rien ne pourrait réellement expliquer la solidarité sur le terrain. Celle-ci s’est établie à travers des moments d’entraide, de camaraderie, d’appui et de coopération. Les marcheurs et marcheuses ont pu compter sur le soutien de la population, de municipalités, de maires de villages, d’organisations communautaires, syndicales et religieuses de divers horizons.

Les liaisons avec les différents groupes à travers les journées thématiques (itinérance, droit à une saine alimentation, alphabétisation, logement accessible, famille, insalubrité, femmes et ainées) ont apporté une force de concertation et d’union rarement vues. On n’a qu’à penser à la nourriture, à l’hébergement, aux prêts de matériel fournis par les groupes alliés. C’est dans ces gestes et actions du quotidien que s’est développé une harmonie et une puissance dans le mouvement du droit au logement.

Les mal logés au devant de la scène

Sur leur passage, les marcheurs et marcheuses ont entendu parler et vu des conditions de logement désastreuses dans lesquelles doivent vivre plusieurs locataires, avec peu de recours et sans alternative. À travers les villes et villages, les personnes présentes ont pu recevoir de nombreux témoignages.

« Dans les plus grandes villes, c’est souvent le sort des personnes à faible revenu vivant dans des quartiers populaires en transformation qui préoccupe.

Ils sont poussés hors de leur milieu et loin de leurs réseaux d’entraide », précise Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU. « En milieu plus rural, nous avons rencontré des gens inquiets, entre autres pour le maintien des personnes aînées dans leur milieu », ajoute la porte-parole. Dans différentes municipalités traversées, le groupe a pu constater un manque criant de logements sociaux.

Le regroupement rappelle qu’il ne se construit plus de HLM depuis le retrait du fédéral, il y a 25 ans, et que les projets des OSBL et coopératives prennent des années à aboutir en raison d’un financement gouvernemental insuffisant et de contributions trop importantes exigées des communautés les plus pauvres.

Avec le recensement fédéral de 2016, nous savons notamment que 195 635 ménages locataires du Québec doivent consacrer plus de la moitié de leur revenu pour se loger. Le gouvernement fédéral considère qu’un ménage consacre une trop grande partie de son budget dans le logement quand celui-ci dépasse 30 %. Cela revient à dire que les ménages doivent couper dans l’achat de la nourriture, des vêtements, des fournitures scolaires et des médicaments pour boucler leur budget. Pendant les 28 jours de la marche, nous avons vu ce qui se cache derrière ces chiffres », nous dit Véronique Laflamme. Selon le FRAPRU, ce sont autant de gens qui devraient avoir accès dès maintenant à un logement convenable, à un coût qu’ils peuvent payer sans se ruiner.

Les gouvernements doivent investir

Le FRAPRU aspire à voir 50 000 nouveaux logements sociaux en 5 ans, ainsi que l’amélioration du programme AccèsLogis (1). Il réclame que ces investissements permettent la réalisation de logements sociaux universellement accessibles et adaptables pour les personnes en situation de handicap.

En complément, il demande aussi l’adoption d’un code provincial du logement, un contrôle obligatoire des loyers ainsi que des investissements supplémentaires de 30 millions $ pour le soutien communautaire dans les OBNL d’habitation, afin d’assurer l’accompagnement des locataires les plus vulnérables, comme ceux et celles ayant vécu l’itinérance ainsi que la reconnaissance du droit au logement.

La détermination des marcheurs et des marcheuses qui ont accompli le défi de parcourir les 560 km, le soutien des communautés, des groupes et de la population ne laissent pas d’autre choix au nouveau gouvernement que de réinvestir massivement pour les locataires du Québec.

Pour le droit.... au logement !

1- AccèsLogis Québec est un programme d’aide financière qui encourage le regroupement des ressources publiques, communautaires et privées. Il vise à favoriser la réalisation de logements sociaux et communautaires pour les ménages à revenu faible ou modeste, ou encore pour des clientèles qui ont des besoins particuliers en habitation.

NOUS MARCHONS POUR ÊTRE LOGÉ.E.S ET NON DÉLOGÉ.E.S
Déclaration du 29 septembre des marcheurs et des marcheuses

Nous avons marché sur des territoires autochtones non-cédés

Nous sommes des locataires
Nous sommes des familles
Nous sommes des personnes seules
Nous sommes des personnes aînées
Nous sommes des personnes en situation de handicap
Nous sommes des personnes migrantes
Nous sommes des personnes racisées
Nous sommes des personnes sans statut
Nous sommes mal nourris
Nous sommes des personnes en situation de pauvreté
Nous sommes des personnes analphabètes
Nous sommes des personnes itinérantes
Nous sommes des femmes
Nous sommes des personnes travailleuses
Nous sommes précaires ou sans-emploi
Nous sommes des personnes étudiantes
Nous sommes solidaires des conditions de logement des peuples autochtones
Nous sommes enragés
Nous sommes mal-logés

Nous marchons:

Pour porter la voix des exclus et briser le silence des femmes qui vivent des violences dans leur logement, des personnes fragilisées et sans voix, pour nos enfants et pour nos parents ;
Pour que toutes et tous retrouvent leur dignité dans un logement accessible, sain, salubre et sécuritaire ;
Pour rendre visible dans l’espace public et politique les problèmes de pauvreté et de logement ;
Pour la répartition de la richesse ;
Pour que le logement ne soit plus une marchandise et lutter contre le capitalisme immobilier qui vide les quartiers populaires et les villages en faisant violence aux locataires ;
Pour reconnaitre les luttes passées, créer et consolider des alliances et montrer la force de l’entraide et de la solidarité ;
Pour que le logement soit reconnu comme un droit universel
Pour 50 000 logements sociaux dans les villes et villages.

Nous avons vu de la richesse, des condos et des châteaux, la privatisation du bord de l’eau et de l’espace public, l’étalement urbain, le manque de logements sociaux, des taudis, des maisons à vendre et des communautés décimées ;
Nous avons vu des milliers de camions et d’autos, mais si peu de piétons et de vélos ;
Nous avons vu des politiciennes et politiciens prendre des photos et serrer des mains ;
Nous avons vu Couillard et Lisée qui ont promis si peu et Legault qui nous a tourné le dos ;
Nous avons vu de magnifiques logements sociaux, des HLM, des terrains à squatter, des communautés mobilisées pour un environnement sain, des municipalités et des organismes solidaires, convaincus de la justesse de notre lutte ;
Nous avons vu le mouvement de milliers de locataires prêt.e.s à la lutte populaire ;

Squattons les logements vacants et squattons le parlement !

« De villes en villages »: un coup de circuit pour le droit au logement