Par Vincent Baillargeon
Crédit photo : Véronique Laflamme

Les ménages locataires de Saint-Jean-Baptiste se sont mobilisés à plusieurs reprises lors des actions et mobilisations des dernières années, et se sont d’ailleurs fait entendre très récemment dans le quartier et dans la ville de Québec. De plus, avec les nouvelles données du recensement 2016 qui sont maintenant disponibles, nous pouvons être à même de voir si la mobilisation et la relance économique ont donné des résultats intéressants pour les ménages locataires de Québec, et plus spécifiquement du quartier Saint-Jean-Baptiste.

Le 1er juin dernier, 150 personnes ont parcouru les 6 km séparant l’Université Laval de l’Assemblée nationale, une avantpremière de la grande marche pour le droit au logement que le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) organise en septembre prochain, entre Ottawa et Québec. Les groupes logements membres du FRAPRU ont profité de l’occasion pour mettre de l’avant la réalité des ménages locataires de la ville. Pour la ville de Québec, 14 895 ménages locataires consacrent plus de 50 % de leur revenu pour ce loyer. Ce chiffre monte à 36 695 ménages quand on parle de 30 % des revenus. En d’autres mots, 31,3 % des ménages locataires font un effort financier trop grand pour se loger. Pour la ville de Québec, l’augmentation du revenu médian* et du loyer médian** est sensiblement la même (voir le tableau 1). Notons que l’indice des prix à la consommation était de 8,6 % pour la même période.

Tableau 1 (ville de Québec)
Ville de Québec
Revenu médian ($) 2011 : 34 099 $
Revenu médian ($) 2016 : 39 099 $

Loyer médian ($) 2011 : 655$
Loyer médian ($) 2016 : 744$

Augmentation (%) 2011 : 15,60 %
Augmentation (%) 2016 : 13,59 %

Ces données proviennent de commandes spéciales du FRAPRU à Statistique Canada.

Et Saint-Jean-Baptiste dans tout cela ?

En analysant les différentes données disponibles, on voit que la situation des ménages locataires semble avoir progressé pour le mieux. Par exemple pour le quartier Saint-Jean-Baptiste, le revenu médian a augmenté de 16,3 %, alors que le loyer médian a augmenté de 10,8 %, ce qui peut laisser présager de bonnes choses pour le pouvoir d’achat des locataires. Cependant, nul besoin de regarder en profondeur pour voir que la situation est loin d’être réglée. Notons que le nombre de ménages locataires est sensiblement resté le même, c’est-à-dire que trois ménages sur quatre sont locataires dans le quartier. De ces ménages locataires, 36,6 % payent 30 % et plus de leur revenu pour se loger. Bien que cela marque une petite amélioration par rapport à 2011, c’est un pourcentage plus élevé que la moyenne des quartiers de la ville de Québec et du Québec en général.

Aussi, le parc de logement locatif vieillit de plus en plus. En effet, 58,6 % des logements ont été construits avant 1961. De plus, très peu de nouveaux logements sociaux sont livrés. À titre d’exemple seulement 178 nouvelles unités de logement social se sont réalisées à Québec l’an passé et rien pour le quartier.

Ménages locataires dont le principal soutien financier est une femme (Saint-Jean-Baptiste)

Le 16 mai dernier, un atelier de discussion a permis aux femmes locataires de s’exprimer sur leurs problématiques en tant que mal-logées. Au niveau statistique et monétaire, la situation des ménages locataires qui ont comme principal soutien financier une femme semble s’être améliorée dans le quartier entre 2011 et 2016 (bien qu’il est difficile de dire à l’heure actuelle s’il s’agit d’une véritable amélioration ou si certaines femmes ont tout simplement quitté le quartier). En effet, le nombre de ces ménages qui payent plus de 30 % de leur revenu a fortement diminué passant de 1 065 en 2011 à 860 en 2016. Par contre, pour ce qui est de l’égalité des revenus, il y a encore une différence entre hommes et femmes. Le revenu médian des ménages locataires dont le principal soutien financier est un homme se situe à 39 637 $ et pour la même situation chez les femmes, il se situe à 36 377 $.

Historique et mobilisations (province de Québec)

Globalement, au Québec, dans les 35 dernières années, on constate que, malgré une certaine augmentation de la qualité de vie des locataires entre 2011 et 2016, la situation s’est dégradée. Entre 1980 et 2015, leur revenu médian n’a progressé que de 153,6 %, alors que le loyer médian a augmenté de 188,3 %. À long terme, on est en droit de s’inquiéter de la capacité des ménages locataires à faible ou modeste revenu de demeurer dans leur quartier pour faire place à des gens plus aisés. Dans tous les cas, la lutte pour le droit au logement est loin d’être gagnée. Rappelons que des militants et militantes se réuniront sous la bannière « De villes en villages pour le droit au logement », pour une longue marche qui partira d’Ottawa le 2 septembre et arrivera à Québec le 29 septembre. Un rassemblement est d’ailleurs déjà prévu pour accueillir les marcheuses et les marcheurs sur les plaines d’Abraham, avant une grande manifestation de clôture qui se rendra à l’Assemblé nationale.

* Le revenu médian signifie que la moitié des ménages gagnent au-dessus de ce chiffre, et l’autre moitié, en-dessous.
** Le loyer médian correspond au loyer qui se situe à mi-chemin entre le loyer le plus bas et le loyer le plus élevé du marché.

Données statistiques, logement et mobilisation à l’ordre du jour