Par Andrée O’Neill

Une des premières choses à faire pour espérer un début de solution ou d’adaptation à la crise climatique, c’est d’enlever nos petites lunettes roses. C’est de cesser de nous bercer d’illusions parce qu’on conduit un char électrique, qu’on remplit notre bac bleu ou qu’on achète des indulgences pour compenser nos voyages dans le Sud.

C’est une naïveté dont on ne pouvait surtout pas accuser Harvey Mead, qui a quitté ce monde il y a quelques semaines, après de longs états de service en tant que militant écologiste. Son militantisme était sans compromis, refusant l’écojovialisme, la stratégie des petits pas et les « sauvons la planète un pot de beurre de pinottes à la fois ».

Harvey Mead a été à l’origine de la fondation de Nature Québec, d’abord appelée Front commun des espaces verts et des sites naturels, puis Union québécoise pour la conservation de la nature.

Il a été le premier commissaire au développement durable du Québec, mais avait été remercié à la fin de son premier et unique mandat ; la rumeur a circulé qu’on lui reprochait ses orientations trop ambitieuses, notamment en ce qui a trait à la surveillance et à la mesure des résultats des programmes de lutte contre les changements climatiques.

Jusqu’à ces derniers temps, il tenait un blogue dans lequel il dénonçait notre foi aveugle en la technologie et notre adhésion au mythe de la croissance infinie.

Son essai exhaustif et très fouillé, Trop tard, la fin d’un monde et le début d’un nouveau, où il nous invite à repenser de fond en comble notre vision du développement, date de 2016. Mais il est vraiment d’une actualité toute chaude, pour ne pas dire tragicomique.

Cet ouvrage se penche sans complaisance sur l’échec du mouvement écologiste et ses approches face aux crises qui nous accablent, crises qu’avait très clairement prévues le Club de Rome dans Halte à la croissance, il y a plus de 50 ans. Toutefois, malgré son pessimisme, il ne nous laisse pas sans espoir et nous propose les fondements d’un monde post-capitaliste, enfin débarrassé de ses ornières « croissancistes », un monde qui tient compte de nos ressources et de nos besoins réels. Le début d’un nouveau monde, oui, à condition de faire preuve d’un « optimisme opérationnel » au lieu d’une candeur aveugle, et de faire un virage vers la décroissance.

Il faut espérer que les prochaines décennies lui donneront raison...

Harvey Mead a aussi publié, en collaboration avec Thomas Marin, L’indice de progrès véritable au Québec, un essai qui éreinte le mythe du sempiternel produit intérieur brut comme étalon universel du bien-être de l’humanité.

Harvey Mead, Trop tard, la fin d’un monde et le début d’un nouveau, éditions Écosociété, 2016.

 

 

Salut Harvey Mead !