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Par Pascaline Lamare
Dans Cap-aux-Diamants, les électeurs·trices ont tranché nettement : ils reconduisent leur conseillère sortante de centre-gauche, tout en envoyant un signal fort en faveur d’une écologie politique plus ambitieuse. Reste à voir comment ce mandat se traduira dans les rues, sur les trottoirs et dans les appartements qu’on peine toujours à trouver.
Un vote sans équivoque pour le centre-gauche
Les résultats du 2 novembre sont clairs : Cap-aux-Diamants reste solidement ancré au centre-gauche. Mélissa Coulombe-Leduc, conseillère sortante pour Québec forte et fière (QFF), récolte 57,91 % des voix (4 561 votes), loin devant Micha Horswill de Transition Québec, qui obtient 22,14 % (1 744 votes). Les deux autres formations de droite et Québec d’abord se partagent à peine le cinquième des suffrages.
Autrement dit, près de 80 % des électeurs·trices ont choisi des options de centre-gauche ou de gauche. Dans ce district, le débat politique se joue d’abord à l’intérieur du camp progressiste, entre un municipalisme de gestion responsable (QFF) et une vision plus transformationnelle de la ville (Transition Québec), plutôt qu’entre gauche et droite.
Avec un taux de participation de 55,63 %, supérieur à la moyenne de la Ville de Québec (51,3 %), Cap-aux-Diamants confirme au passage sa réputation de district politisé où l’on se déplace pour voter.
Des candidatures qui révèlent le paysage politique du district
Mélissa Coulombe-Leduc (QFF) a mené une campagne de continuité et de stabilité. Conseillère sortante, membre bien identifiée de l’équipe Marchand, elle a mis en avant un ton de concertation et de pragmatisme. Son ancrage dans les dossiers locaux est réel : réaménagement de rues conviviales et partagées, sécurité routière, patro Saint-Vincent-de-Paul, reconversion de l’église Saint- Jean-Baptiste… plusieurs dossiers qui ont pu avancer ces dernières années, même s’il reste encore beaucoup de travail. Elle affirme par ailleurs soutenir le projet d’Avenir Saint-Patrick, qui vise à transformer le site de la Saint-Patrick High School en coopérative d’habitation et espace collectif à échelle humaine.
Elle entend, pendant ce mandat, accorder une attention particulière à la rue d’Aiguillon ainsi qu’au réaménagement de la rue Saint-Jean. Son score (près de 58 %) révèle deux choses : choisissant la continuité, une majorité relative du district a fait confiance à QFF pour prolonger les politiques amorcées au centre-ville. D’autre part, QFF a démontré une forte capacité organisationnelle, notamment pour le pointage et la sortie du vote, dans un contexte où les élections de district restent souvent éclipsées par la course à la mairie.
En face, Micha Horswill (Transition Québec) a proposé une campagne très clairement ancrée à l’échelle du quartier. Son programme s’articulait autour de trois axes : logement et communauté, environnement et verdissement, mobilité et urbanisme. Issue d’un métier scientifique, impliquée localement, elle a misé sur la transparence, l’accessibilité et une écologie sociale assumée. Avec plus de 22 %, elle réalise un score significatif pour une formation progressiste minoritaire : la preuve qu’un sous-bassin électoral important est mobilisable autour du logement abordable, du verdissement et d’une ville plus piétonne.
Horswill l’a affirmé : elle ne compte pas disparaître avec la fin de la campagne. Elle souhaite poursuivre certains projets, on pense à l’idée d’une épicerie coopérative dans le Vieux-Québec, via les conseils de quartier, les collectifs citoyens et les organismes locaux. Une manière de rappeler que la politique municipale ne se résume pas aux urnes.
Du côté de la droite, Vicky Lépine (Leadership Québec), Arnaud Larue (Respect citoyens) ont obtenu respectivement 7,95 % (626 voix) et 7,16 % (564 voix).
La candidature de Lépine, portée par un discours très proautomobile et une posture de gestionnaire « anti-gaspillage », a été lourdement plombée par une affaire ancienne mais largement médiatisée : la transaction immobilière de l’ex- coopérative d’habitation La Galéjade, dont elle avait racheté l’immeuble à prix avantageux, alors qu’elle en était trésorière. Cette affaire avait soulevé un tollé dans le milieu coopératif et donné lieu à une longue saga judiciaire.
Respect citoyens a peiné à dépasser le statut de signaux de protestation : faible présence sur le terrain, manque d’organisation durable dans le quartier, et un message axé sur la voiture, les « taxes » et la méfiance envers le tramway, qui résonne assez mal dans un district où l’on vit majoritairement la ville à pied, en bus ou à vélo. Guy Boivin (Québec d’abord), quant à lui, se contente de 4,84 % (381 voix), sans réelle campagne autre que sur les poteaux.
Pourquoi la droite municipale peine à percer dans Cap-aux-Diamants
L’électorat du district est structurellement progressiste. Cap-aux-Diamants regroupe certains des milieux les plus denses et urbanisés de la ville. On trouve d’ailleurs dans Saint-Jean-Baptiste une forte proportion de locataires, de personnes travaillant dans l’enseignement, la fonction publique, la culture, la recherche. C’est un profil sociologique qui, partout en Amérique du Nord, vote massivement au centre-gauche : on y défend la qualité de vie urbaine, les transports collectifs, le verdissement, le patrimoine vivant.
Face à ça, une droite municipale centrée sur la réduction des dépenses, « la voiture d’abord » et la dérégulation du marché de l’habitation part avec un sérieux handicap.
Le quartier Saint-Jean-Baptiste traîne derrière lui une culture politique façonnée par la participation citoyenne et un long héritage de luttes urbaines : mobilisations contre la démolition de pans entiers du quartier, défense farouche du parc de logements locatifs, opposition à la spéculation, création du premier conseil de quartier à Québec. Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste et d’autres organismes communautaires ont contribué à installer durablement l’idée que la ville appartient à celles et ceux qui l’habitent, pas seulement à celles et ceux qui la gèrent. Dans ce contexte, les projets trop alignés sur les intérêts immobiliers ou les visions « ville-vitrine » suscitent instinctivement la méfiance.
Saint-Jean-Baptiste compte une proportion élevée de ménages sans voiture. On y marche, on y pédale, on y prend le bus. Les débats sur le tramway, la circulation de transit sur d’Aiguillon, la pacification des rues, le 30 km/h dans le faubourg ne sont pas abstraits : ils se vivent au quotidien et ici, être anti-tramway, c’est être anti-ville. Une droite municipale qui fait campagne contre les grands projets de transport collectif ou qui caricature les aménagements conviviaux en « guerre à l’auto » se retrouve de facto en porte-à-faux avec les besoins vécus dans le district.
Le quartier subit une pression immobilière intense : hausse des loyers, emprise d’Airbnb, conversions en condos, érosion progressive du parc locatif traditionnel. Saint-Jean-Baptiste reste l’un des rares quartiers de Québec où environ 75 % des ménages sont locataires, héritage de décennies de luttes pour la socialisation du parc de logements. Dans ce contexte, le discours pro-marché séduit peu. On attend plutôt plus de logements sociaux et coopératifs, des outils pour freiner les évictions et la spéculation, un encadrement strict de l’hébergement touristique, des projets à échelle humaine comme le Patro Saint-Vincent-de-Paul et le site Saint-Patrick.
Bref, Cap-aux-Diamants est fidèle à son histoire politique : depuis l’ère L’Allier, en passant par certaines années Labeaume et maintenant avec QFF, le centre-gauche y domine. En 2025, la confirmation est nette : près de 80 % pour QFF et Transition Québec, moins de 20 % pour une droite fragmentée.
On a voté progressiste. Maintenant, on fait quoi ?
Que faire de ce mandat renforcé ? C’est là que la question devient intéressante pour les résident·es du Faubourg. En ce qui concerne le logement et Airbnb, les attentes sont énormes : protéger les habitations à long terme, s’assurer qu’elles restent réellement abordables, préserver la présence de familles dans le quartier, encadrer strictement la location touristique et favoriser les projets structurants, comme le Patro Saint-Vincent-de-Paul et le futur projet d’habitation sur le site de Saint-Patrick.
Sur la mobilité et l’apaisement, le résultat du vote ressemble à un plébiscite pour des rues conviviales et partagées : réduction de la circulation de transit et du trafic de camions, ralentissement de la vitesse, place accrue du vélo et de la marche…
Sur l’itinérance et les enjeux sociaux, la population attend une approche qui conjugue répartition équitable des services à l’échelle du centre-ville, soutien réel aux organismes communautaires, réflexion sur la cohabitation dans l’espace public, sans criminaliser la pauvreté.
Le message des électeurs est double : oui à la continuité d’une gestion municipale de centre-gauche. Mais aussi, faites mieux et plus vite, en particulier sur le logement, la mobilité et la justice sociale.
Le bon score de Transition Québec dans le district envoie d’ailleurs un signal clair à QFF : une partie non négligeable de l’électorat souhaite une écologie plus ambitieuse et une politique du logement plus courageuse.
La politique ne s’arrête pas au soir du vote
Le 26 novembre, le Comité populaire organisait une soirée post-électorale conviviale et critique autour de trois grands thèmes : logement, justice sociale, verdissement. Avec des invitées comme Véronique Laflamme (FRAPRU), Naélie Bouchard-Sylvain (RÉPAC 03-12) et Anthony Cadoret (conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste), il s’agissait de prendre du recul sur le climat politique, de renforcer les liens militants et de préparer les luttes à venir.
Ce genre d’initiative rappelle une évidence qu’on oublie parfois : dans un quartier comme Saint-Jean-Baptiste, la politique ne se joue pas seulement dans les urnes, mais aussi dans les assemblées de quartier, les réunions d’organismes, les marches, les mémoires déposés et les projets concrets portés par les résident·es.
On notera d’ailleurs que l’engagement de Vicky Lépine dans le quartier a été pour le moins éphémère : élue au conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste au printemps, elle a démissionné moins de six mois plus tard, laissant derrière elle un mandat à peine entamé. Un contraste marqué avec les candidatures qui s’inscrivent dans la durée et le travail patient de terrain. Une présence éclair qui illustre bien le décalage entre un discours très virulent en ligne et une implication réelle dans les instances citoyennes.
Cap-aux-Diamants a voté massivement pour le centre-gauche. À présent, il faudra que ce choix se traduise dans la pierre, dans les arbres et dans les baux, sinon, le mandat clair donné à QFF ne restera que des chiffres sur un tableau Excel électoral.
Les engagements de Mélissa Coulombe-Leduc pour le district
Mélissa Coulombe-Leduc conserve les dossiers du patrimoine, de l’urbanisme/planification du territoire, du tourisme et de l’amélioration de la qualité de vie dans le Vieux-Québec. Elle agit également à titre de présidente du caucus. Pendant la campagne, elle a pris trois engagements :
1. Saint-Patrick : un futur pôle de logement social
La conseillère s’engage à appuyer la reconversion de la Saint-Patrick’s High School, qui sera libérée en 2028. Le site pourrait devenir le prochain grand projet de logement social du quartier, une rare occasion d’ajouter des unités à échelle humaine dans Saint-Jean-Baptiste.
2. Piscine des Plaines : moderniser une infrastructure clé
Promesse de lancer la réfection et l’agrandissement de la piscine des Plaines, en collaboration avec la Commission des champs de bataille nationaux, afin de mieux répondre aux besoins des familles.
3. Réaménagement de Saint-Jean et Saint-Louis
Engagement de mettre en marche un projet de réfection pour l’une ou l’autre de ces artères : trottoirs élargis, circulation apaisée, terrasses, et possibilité d’intégrer des liens cyclables.
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