Par Marie-Ève Duchesne
Photo : Philippe Chaumette
 

Avril 2001. N’importe qui ayant vécu près ou loin des quartiers centraux ne peut oublier cette période marquante. Il y a de cela vingt ans, le Sommet des Amériques avait lieu dans la ville de Québec. Une rencontre des 34 chefs d’États des Amériques (Cuba n’étant pas représentée) qui vise à discuter d’un accord économique permettant le libre-échange sur fond de néolibéralisme. Des manifestant·e·s de tous les pays convergent vers notre ville pour s’opposer à ce traité capitaliste. Plus on se rapproche des dates de cet événement (du 20 au 22 avril), plus la tension monte, particulièrement dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Le Faubourg se souvient

Si plusieurs militant·e·s se souviendront de cet évènement sous un angle anticapitaliste et politique, pour plusieurs résident·e·s le souvenir ne se limite pas seulement à cette perspective. Le quartier se souviendra probablement plus de la fameuse clôture qui traversera ce dernier plusieurs semaines avant et après l’évènement, entravant ainsi la liberté de circuler, de manifester et la liberté d’expression pour plusieurs. Si, au départ, certaines tensions pouvaient être palpables entre, d’un côté, les manifestant·e·s, et de l’autre, les commerces et les résident·e·s, la construction du « mur de la honte » dans le Faubourg vient délimiter autrement le territoire : il y maintenant les services policiers (tous corps confondus) d’un bord, et tous les autres, de l’autre.

Car l’appareil répressif aura frappé les imaginaires. Le nombre de représentant·e·s des forces de l’ordre pendant le Sommet se chiffre à 6000, plus de 400 arrestations auront lieu, certaines de ces arrestations prendront plutôt la forme d’un enlèvement. Les personnes blessées sont nombreuses. Les personnes incommodées par les gaz lacrymogènes encore plus nombreuses (et l’odeur de ces gazs resteront pendant des mois dans les logements du Faubourg). Et l’information arrive au compte-gouttes, ne venant pas rassurer les craintes déjà présentes. Les commerçant·e·s réussissent à obtenir quelques informations sur les enjeux liés au périmètre, mais les services policiers tardent à donner l’information aux résident·e·s, de peur que ces informations tombent entre les mains des manifestant·e·s. Le groupe populaire du faubourg s’occupera également d’animer une zone verte* festive sur la rue Saint-Jean, à la demande entre autres des commerçant·e·s du quartier.

Solidarités et résistances comme trame de fond

Malgré tout, les solidarités qui tissent le quartier Saint- Jean-Baptiste auront marqué également les esprits. Fidèle à son histoire de résistances, les portes du Faubourg se sont ouvertes pour héberger des manifestant·e·s, pour soigner les personnes blessées ou incommodées par les gaz. Le quartier sera aussi marqué par plusieurs moments symboliques suite à cette fin de semaine de mobilisations historiques, où plus de 50000 personnes ont manifesté. Pensons simplement à la chute du mur tout près du parc de l’Amérique-française. Ce parc gardera d’ailleurs une connotation symbolique forte pour plusieurs manifestations par la suite, entre autres, pour réclamer la libération des personnes toujours détenues plusieurs semaines plus tard.

Il est difficile de rapporter l’ensemble de ce que le Sommet des Amériques a pu signifier. Après avoir discuté avec plusieurs personnes présentes à cette époque et/ou impliquées au sein du Compop ou dans d’autres coalitions, il apparaît qu’il n’y a pas qu’une seule, mais bien des histoires du Sommet. Lors de la prochaine édition de L’Infobourg, nous tenterons cette fois de raconter des histoires par le biais d’expériences de militant·e·s. À suivre dans notre prochaine édition estivale.

*Suite au Sommet de Seattle, en 1999, des groupes anticapitalistes mettent sur pied un nouveau concept de zones de couleurs afin de respecter la diversité des tactiques. C’est ainsi qu’un code de couleurs (vert/jaune/rouge) sera attribué pendant une certaine période aux manifestations et actions, selon leur niveau de risques, de confrontations et d’arrestations.

 


EN BREF

Manifestation de commémoration pour les vingt ans du Sommet des Amériques

Photo : Véronique Laflamme

(La rédaction) Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste (Compop) a organisé, le 18 avril, une manifestation dans le Faubourg afin de commémorer les vingt ans du Sommet des Amériques. La manifestation s’est déroulée dans les rues du quartier Saint-Jean-Baptiste, reprenant un tracé simi- laire à une manifestation organisée en marge du Sommet par le Compop en mars 2001. Des pancartes reprenant des slogans historiques ou arborant des photos de l’époque ha- bitaient le décor. Plusieurs prises de parole militantes ont animé le discours tout au long de la manifestation. «Cette prise de parole de militants et militantes ou de résidents et résidentes nous montrent la résistance toujours présente dans le quartier. Et cette résistance est encore et toujours nécessaire. Dans un contexte où on nous parle de privati- sation des services publics, d’optimisation et d’austérité depuis plus d’une décennie, il est important de se rappeler que ces discours se placent dans un courant économique de droite. Tout comme celui de la ZLÉA à l’époque. Notre filet social est mis à mal et la planète nous envoie des signaux plus qu’inquiétants. Qu’attendons-nous pour faire « tom- ber le mur» une nouvelle fois ? », a demandé Marie-Ève Duchesne, permanente au Comité populaire Saint-Jean- Baptiste.

 

 

20 ans du Sommet des Amériques : le faubourg se souvient