L’Îlot Berthelot. Ce nom aura marqué le quartier Saint-Jean-Baptiste pour des décennies. L’Îlot Berthelot, c’est le nom de deux quadrilatères du quartier situés à l’ouest de l’hôtel Radisson, entre le boulevard René-Lévesque, le parc Berthelot et les rues St-Michel et Berthelot. Au cœur du Faubourg, cet îlot a acquit une véritable valeur symbolique au niveau des luttes urbaines, autant au regard des problèmes de logement que de l’aménagement urbain ou de la qualité de vie. Nous vous présentons ici quelques jalons de cette palpitante saga.

1960- La «rénovation urbaine», rendue «nécessaire» par le réaménagement de la colline parlementaire et la construction du boulevard Saint-Cyrille (aujourd’hui René-Lévesque), amène la destruction de milliers de logements dans le Faubourg Saint-Jean. La destruction épargne six maisons de l’Îlot Berthelot.

1970 à 1987- La compagnie Atlific projetait au départ de construire un hôtel Holiday Inn sur l’emplacement de l’Ilot. Elle s’est butée à la résistance des locataires.

Juin 1988 - Exaspéré, le groupe Atlific vend terrains et maisons à la compagnie Urdev derrière laquelle se profile le pouvoir financier des banques suisses.

Novembre 1988 – L’administration du maire Jean Pelletier prédit que le boulevard Saint-Cyrille retrouvera bientôt son visage humain, mais annonce du même souffle un changement de zonage pour l’îlot afin d’y permettre les édifices en hauteur.

Décembre 1988 - Urdev annonce la construction d’un bloc de 15 étages, comme par hasard conforme au nouveau zonage, qui nécessitera la démolition des six maisons de l’Ilot.

1989 - Forte contestation du projet Urdev par la conseillère municipale Winnie Frohn (alors dans l’opposition), le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste et des résidantEs de l’îlot.

Novembre 1989 - En pleine campagne électorale et devant les membres du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, Jean-Paul L’Allier, alors candidat à la mairie pour le Rassemblement Populaire (R.P.), s’engage à conserver les logements de l’Ilot Berthelot et à densifier la fonction résidentielle sur le reste du terrain en respectant les normes du zonage original. Le R.P. est porté au pouvoir et, devant tant d’opposition, le projet Urdev est abandonné.

1990 - Urdev «se vend» à la compagnie 2551-4225 Québec Inc.

1991 - Malgré la promesse électorale de conserver les logements existants, le R.P. rapplique avec un projet qui, lui aussi, implique la démolition des maisons de l’îlot. Il s’agit de construire un édifice administratif de huit étages sur le boulevard Saint-Cyrille et une rangée de logements adossés avec façade sur le parc. On tente de rassurer les locataires en leur faisant miroiter la possibilité d’habiter certains de ces logements. Après avoir mobilisé la population autour d’une consultation publique, on se rend compte que le promoteur n’a pas l’appui financier nécessaire pour réaliser son projet et celui-ci est également abandonné.

1991 - Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste installe ses locaux dans l’Ilot Berthelot, ce que 2551-4225 Québec Inc. et le Service d’urbanisme de la Ville ne voient pas nécessairement d’un bon oeil.

1993 - Une coalition d’une trentaine de groupes populaires, de coops d’habitation et de commerces du quartier Saint-Jean-Baptiste demande qu’un montant égal à celui que l’Etat investit pour le centre des congrès soit accordé au développement résidentiel au centre-ville et que la consolidation résidentielle de l’Ilot Berthelot se réalise en même temps que la construction du nouveau Centre des congrès.

Avril 1993 - Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste mandate un architecte pour évaluer la capacité d’accueil de l’Ilot pour un développement résidentiel. Le résultat de son étude donne un potentiel de 99 logements et 3,240 m2 d’espace commercial sur rez-de-chaussée, le tout réparti entre 11 établissements.

Novembre 1993 - Dans la foulée de la campagne électorale, le R.P. annonce que trois millions seront investis pour consolider la fonction résidentielle aux abords du Centre des congrès de Québec. L’Ilot Berthelot est évidemment visé par cette promesse.

Décembre 1993 - La Ville décrète une mise en réserve de deux ans sur les terrains de l’Ilot, éliminant ainsi temporairement la possibilité de démolir les maisons (mais aussi de les améliorer).

1994 - La compagnie 2551-4225 Québec Inc. fait une faillite prévisible et l’Ilot Berthelot tombe entre les mains du Syndic Poissant Thibault - Peat Marwick Thorne Inc. Plus ça change, plus c’est pareil.

Septembre 1994 - Création d’un comité pour la mise sur pied de la Coopérative d’habitation de l’Ilot Berthelot. Il s’agit d’un regroupement de résidantEs et de sympathisantEs qui, avec la collaboration de la Société d’aide aux coopératives (SOSACO), prévoit se donner une existence légale afin de se rendre admissible à des programmes de subvention.

Avril 1995 - La Ville de Québec présente une étude de potentiel sur les terrains de l’îlot. Il s’agit de deux blocs «anonymes» qui tranchent avec les maisons existantes et dont la construction impliquerait d’ailleurs le «déplacement» de deux de ces maisons pour permettre des entrées de stationnement (le Service d’urbanisme de la Ville de Québec utilise déplacement par euphémisme pour démolition dont l’utilisation est interdite).

Juin 1995 - Le Comité populaire invite plusieurs architectes à des ateliers de création (ACIB) en vue d’offrir une alternative architecturale valable à l’option de la Ville. A la suite des ACIB, une maquette de l’Ilot est réalisée pour accueillir des projets de développement.

Décembre 1995 - La Ville prolonge pour deux autres années la mise en réserve qui s’applique aux terrains de l’Ilot.

Janvier 1996- La coopérative de l’Ilot Berthelot n’est pas admissible au programme de subvention puisque la Ville n’est pas encore propriétaire des terrains à «investir».

Printemps-été 1996- Démarches infructueuses pour trouver un financement alternatif, philantropique et privé, permettant la réalisation du projet de coopératives.

Août 1997- La Ville de Québec achète finalement les terrains et les six maisons de l’Îlot Berthelot et en cède immédiatement quatre à la Coopérative d’habitation de l’Îlot Berthelot pour la somme symbolique de 3$ à la condition que cette dernière rénove les maisons avant le 31 décembre 1999.

Automne 1997- Début des travaux de rénovation des maisons de l’Îlot Berthelot.

Été 1998- Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste ferme ses locaux de l’Îlot Berthelot pour faire place à des logements de la coopérative.

Été 2000- La Ville lance un appel d’offre pour le développement de la portion vacante de l’Îlot Berthelot, la Fédération des coopératives d’habitation de Québec (FÉCHAQ) soumet un projet de coopératives. À la suite à un premier refus de tous les projets par la Ville de Québec, la FÉCHAQ propose au groupe Casot, qui avait déposé un projet de condos de luxe, de présenter un projet mixte coop-condos.

17 mai 2002- Dans le cadre d’une semaine nationale d’actions du FRAPRU, le Comité populaire organise l’occupation prolongée d’une des deux maisons abandonnées de l’Îlot Berthelot, le 920 de la Chevrotière. Cette occupation, qui ne devait durer que quelques jours, se tranforme rapidement en un squat autogéré par les participantEs. Les squatters reprennent les revendications du Comité populaire, soit le développement exclusif de logements sociaux sur l’Îlot Berthelot (alors qu’un projet de 60 condos de luxe traîne dans les cartons de la Ville), un moratoire sur la conversion de logements locatifs en condos et un grand chantier de logement social.

16 septembre 2002- La Ville annonce un projet jumelant logements coopératifs et condominium de luxe sur le site de l’Îlot Berthelot. Christian Simard le DG de la FECHAQ avait profité de l’occupation pour négocier, sans mandat des squatters, un compromis avec la Ville de Québec permettant la construction d’une coopérative d’habitation de 30 logements côte-à-côte avec un projet de 38 condos de luxe. La Ville adopte le moratoire sur la conversion de logements locatifs en condos (qui est toujours en vigueur).

20 septembre 2002- Expulsion manu-militari des squatters du 920 de la Chevrotière.

Mai 2003- La Ville fait démolir les deux maisons abandonnées de l’Îlot Berthelot de peur qu’elles ne soient de nouveau occupées à l’occasion d’une deuxième semaine nationale d’actions du FRAPRU.

Octobre 2004- Faute d’acheteurs, le promoteur de condos de luxe déclare forfait, le Comité populaire en profite pour rouvrir le dossier de l’Îlot Berthelot et travailler, en collaboration avec le Conseil de quartier, sur un projet concret de développement de logement social.

[D’après des textes de Marc Boutin et d’Évelyne Pedneault pour la période de 1960 à 1997.]

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Extrait de l'édition expresse de mai 2005 du journal l'Infobourg.

Saga de L’Îlot Berthelot - On a de la suite dans les idées...