Dès l’annonce l’automne dernier que le groupe Casot renonçait à son projet de de condos de luxe, le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste a réactivé le dossier de l'Îlot Berthelot. Comme il n’y a aucun autre projet sérieux de développement pour ce site, le Comité populaire a décidé de proposer une alternative viable qui permettrait de ne développer que du logement social sur le terrain vacant. Nous sommes toujours en attente d'une réponse officielle des élu-e-s municipaux, cependant nous avons été informés qu’une position finale devrait être adoptée en février. Ce qui peut sembler, à priori, n'être qu'une question strictement financière, relève d'abord et avant tout d'une réelle volonté politique.

La Ville de Québec est déjà propriétaire du site, qu'elle avait à l'origine voulu soustraire à la forte spéculation du secteur et réserver pour du logement social. Depuis une dizaine d'années, l'argument massue pour refuser de compléter le développement social de l'Îlot Berthelot est d’ordre pécunier. D'une part, la Comission de la Capitale nationale exigeait une «façade prestigieuse» sur le boulevard René-Lévesque et, d'autre part, la construction d'un stationnement souterrain était hors de prix pour les maigres budgets des programmes de développement de logements sociaux. C'est de là que venait officiellement la nécessité concrète d'un projet mixte, les condos finançant la «façade prestigieuse» et le stationnement hors de prix. Le Comité populaire a toujours été d'avis qu'il ne s'agissait pas là d'obstacles insurmontables si on voulait bien y mettre un peu de bonne volonté, surtout qu’en raison des caractéristiques du terrain, la municipalité prévoyait de toutes façons contribuer financièrement à viabiliser n’importe quel type de construction (25 000$ de subventions par condos dans le projet avorté du groupe Casot alors que la somme habituelle est de 10 000$).

Avec le temps, la donne a changé et les arguments du passé ne tiennent plus. Depuis l'arrivée des libéraux, la Comission de la Capitale nationale a revu ses critères. Pour ce qui est du stationnement-souterrain-hors-de-prix-pour-une-coopérative, des architectes nous ont confirmé qu'on pourrait opter pour un stationnement couvert à étages sur le site déjà existant et réduire ainsi la facture de stationnement. Un projet de logement social est donc tout à fait possible sur l'Îlot Berthelot. Ce sont ces faits, jumelés à l'échec retentissant du projet de condos de luxe et à la volonté de lutter contre la crise du logement, qui ont poussé le Comité populaire, appuyé par le Conseil de quartier Saint-Jean Baptiste, à déposer en novembre dernier un projet global de 75 unités de logement social sur l’Îlot Berthelot (incluant les 30 unités de la Coopérative du Sommet prévues depuis 2002 et toujours en attente de réalisation). En plus de répondre à des besoins socio-économiques, le logement coopératif a fait ses preuves pour améliorer la vie communautaire et stabiliser les ménages -surtout les familles avec enfants- dans le quartier, argument incontournable pour les différents acteurs d’un quartier qui compte moitié moins d’enfants que le reste de la ville.

Pourtant, malgré l'échec retentissant d'un premier projet mixte et le consensus qui se dégage dans le quartier, la Ville de Québec, citée dans Le Soleil du 2 février, dit continuer de préférer un projet de condos et être toujours à la recherche d’un promoteur privé. Pour certain-e-s élu-e-s, l’idée d’un nouveau projet mixte condo-coop serait «intéressante». Intéressante pour qui? Le Soleil révèlait vendredi dernier que, contrairement aux logements abordables, il y avait trop de logements luxe à Québec… Alors que 0,6% des logements «bas de gamme» (loyer inférieur à 600$ pour un quatre et demi) sont libres, on grimpe à 11% dans les logements «haut de gamme» (plus de 900$).

Les besoins de logements sociaux sont là, et ils sont immenses. En effet, selon les données du dernier recensement, 1 160 ménages du quartier Saint-Jean-Baptiste consacrent plus de la moitié de leur revenus à se loger. L'Îlot Berthelot est l'un des derniers espaces vacants du quartier permettant de réaliser un projet conséquent de logements sociaux. De plus, le terrain étant déjà propriété de la Ville de Québec, il ne manque que la volonté politique pour faire avancer le dossier. Comme la Ville a été capable d'accorder une subvention de 1,6 millions au projet de condos Gutenberg dans Saint-Roch l'an passé, le petit supplément d'âme nécessaire pour réaliser des logements sociaux à l'Îlot Berthelot ne nous semble ni excessif ni irréaliste.

Véronique Laflamme et Nicolas Lefebvre Legault
Comité populaire Saint-Jean Baptiste

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Texte d'opinion publié dans le journal Le Soleil le 14 février 2005.

La réalisation de logements sociaux à l’Îlot Berthelot : Une question de volonté politique