Par Nicolas Lefebvre Legault

Le 7 février dernier, une vingtaine de locataires se réunissaient dans les locaux du chic 780, rue Sainte-Claire pour jeter les bases d’une nouvelle coopérative d’habitation: la coop l’Escalier. Les requérantEs, qui répondaient à un appel du Comité populaire publié dans l’Infobourg, ont l’oeil sur un terrain bien précis, l’îlot Berthelot, et ont bien l’intention de se battre pour l’obtenir.

Dès le 14 février, un groupe de requérantEs prenait symboliquement possession du terrain, en y posant un vrai-faux panneau de chantier, rendait public les appuis au projet et exigeait que la Ville de Québec réserve la totalité du site aux projets de coopérative d’habitation ainsi qu’aux unités de logement social nécessaires. C’est un véritable front commun qui semble se dessiner dans le quartier autour de cette coopérative : outre les suspects habituels (le Comité populaire et ses alliés du communautaire comme le Centre Famille, le FRAPRU, le BAIL, le mouvement coop, etc.), la coop l’Escalier peut compter sur l’appui du Conseil de quartier, des élus des trois paliers de gouvernement (Lynda Cloutier, Agnès Maltais et Christiane Gagnon) et même de l’Association des gens d’affaires. Au moment d’écrire ces lignes, une campagne d’appui auprès des coopératives du quartier était en cours et le Conseil d’arrondissement de La Cité venait d’officialiser son appui.

Il va falloir se battre

Dès le mois de décembre, avant même la formation officielle de la coopérative, le Comité populaire et le Conseil de quartier ont entrepris des démarches afin de gagner l’appui de la Ville de Québec. Les deux organismes ont rencontré Claude Larose, responsable du dossier de l’habitation au Comité exécutif, qui, tout en se montrant ouvert au projet, a quand même souligné que la Ville examine deux autres options pour le terrain (soit un projet de coop d’épargne et un de logements locatifs privés). Malgré une promesse de réponse rapide, le Comité exécutif de la Ville, qui doit approuver le principe du projet pour qu’il se matérialise, ajourne le dossier de réunion en réunion.

Nul besoin d’être devin pour comprendre que quelqu’un, quelque part, cherche une porte de sortie dans ce dossier. A priori, des condos ou des logements de luxe seraient plus avantageux pour la Ville de Québec, ne serait-ce que parce qu’elle pourrait ainsi toucher plus de taxes municipales qu’avec une coopérative. Le problème, c’est que le terrain a beau être très bien situé, en plein cœur de la ville, le marché du luxe est complètement saturé (11,5% d’inoccupation selon les derniers chiffres disponibles, à mettre en parallèle avec un taux d’inoccupation de 0,6 % pour les logements abordables). Céder le terrain restant à une coopérative serait une belle occasion pour cette administration de montrer son fameux «côté progressiste»... et de faire un geste en direction des 1160 ménages du quartier qui engouffrent la moitié de leurs revenus dans le paiement de leur loyer.

Rappelons que l’automne dernier, le Comité populaire, en collaboration avec le Conseil de quartier, a réactivé le dossier de l’îlot Berthelot et qu’en décembre, il a déposé les grandes lignes d’un projet concret. Si la Ville n’a toujours pas donné de réponse positive au moment où vous lirez ces lignes, nous procéderons à une escalade de moyens de pression.

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Extrait du numéro d'avril 2005 du journal l'Infobourg.

Îlot Berthelot : Un front commun se dessine dans le quartier