Photo: Patrick Landry

Un circuit pédestre animé

Par Agathe Légaré
 
Ce samedi 22 juin, le temps est humide et la météo, incertaine. Au parc de l’Amérique-Française, nous sommes huit promeneurs à rejoindre notre guide, Émilie Tremblay, du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, pour un circuit pédestre gratuit au coeur de l’histoire turbulente du quartier.

« Pourquoi avoir choisi ce parc comme point de départ du parcours? », commence Émilie. C’est ici qu’a eu lieu en avril 2001, un affrontement violent très médiatisé dans le monde entier. La ville de Québec accueillait alors le président américain George W. Bush et quelque 33 autres chefs d’État d’Amérique latine à l’occasion du Sommet des Amériques. Les forces de l’ordre avaient installé une très haute clôture de sécurité pour isoler les chefs d’État des manifestants altermondialistes accourus d’un peu partout. Ces derniers ont attaqué la barricade sous une pluie de lacrymogènes. Et c’est ici, au milieu du parc, que des militantes et militants ont fini par renverser un tronçon du « mur de la honte ».

Nous avançons le long de la rue Claire-Fontaine et Émilie nous désigne le Complexe Saint-Amable : « le lieu d’une défaite populaire ». Ici, il y avait jadis un boisé : celui que les soeurs Franciscaines ont vendu à un promoteur. En 1978, la Ville de Québec a autorisé l’abattage des arbres, soulevant l’indignation de la population résidante du quartier. Alertés par le bruit des tronçonneuses, des citoyennes et citoyens, dont Agnès Maltais, aujourd’hui ministre, ont grimpé aux arbres restants afin en quelque sorte de les « occuper ». D’autres protestataires ont beau obtenir une injonction, tous les arbres ont finalement été abattus quand même pour laisser place au complexe qu’on connaît aujourd’hui.

Nous continuons sur la rue Saint-Amable et nous nous arrêtons devant le Couvent du Bon-Pasteur. Émilie nous raconte l’histoire mouvementée de la garderie coopérative qui, après moultes occupations et manifs, s’est installée sur la rue Burton. Nous tournons sur la rue De Senezergues, une belle petite rue ombragée, et nous longeons des coopératives d’habitation.

Nous traversons le boulevard René-Lévesque et arrivons au passage de la Résistance, un escalier au coeur de la coopérative L’Escalier. Cette toute jeune coopérative est née à la suite de luttes populaires longues de presque quarante ans. Et tout a commencé en 1970, avec un refus des résidantes et résidants d’être expropriés dans le cadre du réaménagement de la colline Parlementaire.

Émilie nous conduit vers son « coup de coeur personnel », le parc de jeux au coin des rues Scott et Saint-Gabriel. Sans la mobilisation des citoyennes et citoyens regroupés dans le Mouvement Saint-Gabriel, tout ce secteur aurait été anéanti pour laisser place à un boulevard à forte circulation automobile (lire l’article « La bataille de la rue Saint-Gabriel… »).

Nous descendons la côte Scott et atteignons le parvis de l’église, où des agricultrices urbaines ont installé des bacs de semis. Émilie évoque la bataille pour la laïcité scolaire, menée par des parents d’élèves à l’école élémentaire Saint-Jean-Baptiste dans les années 1970-1980.

Nous tournons sur la rue d’Aiguillon. À la hauteur de la rue Sainte-Claire, Émilie nous explique ce que sera la rue partagée. Nous ferons d’autres arrêts mais, en accéléré, pour évoquer l’Opération Soleil et d’autres projets d’embellissement du quartier.

Nous tournons sur Saint-Augustin et nous arrêtons près du bar Le Drague. Émilie raconte l’histoire de la communauté gaie et lesbienne et insiste sur les initiatives sociales du Drague, comme sa participation déterminante à la création de MIELS-Québec.

Nous terminons notre randonnée au cimetière Saint-Matthew, un témoin majeur de la présence des anglophones dans le faubourg. Nous sommes un peu fatigués.

Avouons-le, les promeneurs n’étaient vraiment pas reposants, moi incluse. Nous avons beaucoup interpellé et interrompu notre guide, sans refroidir pourtant son enthousiasme. Un participant a rappelé que le faubourg Saint-Jean-Baptiste est un des faubourgs les plus scolarisés au Canada. Cela paraissait ce 22 juin.


Pour participer

(AL) Le circuit pédestre a lieu tous les samedis jusqu'au 27 juillet. Le point de ralliement et de départ est le parc de l’Amérique-Française et le point d’arrivée est le cimetière Saint-Matthew.

La promenade commence à 14 h et dure environ 1 h 10.
Elle est gratuite.

Il faut réserver sa place auprès de la guide Émilie Tremblay, au 418-522-0454 ou à l’adresse courriel suivante : comite.populaire [ arobas ] videotron.ca

Pour plus de renseignements, consultez le site Web suivant : www.unehistoirepopulaire.net

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Extrait du numéro d'été 2013 du journal l'Infobourg
 

«Le faubourg, une histoire populaire»