On le sait, Québec vit une sévère crise du logement depuis plus de dix ans maintenant. Son taux de logements inoccupés n’a jamais dépassé 2 % depuis l’an 2000, alors que le taux d’équilibre se situe à 3 %. Ce que l’on sait moins, et que la diversité de groupes présents à la Commission populaire itinérante a permis d’illustrer, c’est que la pénurie affecte tout le monde, partout.

Parmi les premiers groupes entendus se trouvaient le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du Hilton et le Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches de la CSN. Selon eux, même les syndiqués des grands hôtels ont de la difficulté à se loger au centre-ville. Le logement accapare une part de plus en plus importante des budgets des familles. « On réfère les familles au sous-sol de l’église pour aller chercher de la bouffe », a relaté la coordonnatrice du Centre-famille Haute-Ville, précisant que sans la construction de nouveaux logements sociaux, le centre-ville risque de changer profondément.

Conséquences pour les locataires

Selon le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur, la pénurie amène les locataires à composer avec des situations qui auraient été inacceptables il y a quelques années, par exemple accepter des hausses de loyer abusives de peur de perdre son logement.

La pénurie force aussi les locataires à trouver de nouvelles stratégies pour arriver à payer le loyer, comme vivre en colocation. Une militante du Centre des femmes de la Basse-Ville témoigne : « J’ai un revenu de 904,13 $ par mois, mon loyer est de 509 $ et je paie 90 $ à Hydro. Si j’avais pas de colocataire, ça ne serait pas possible d’arriver. » La colocation allume souvent un voyant rouge à l’aide sociale et peut mener à une coupure pour partage de loyer. Cette même militante a ainsi dû se rendre jusqu’au tribunal administratif pour démontrer à l’aide sociale, qui voulait lui imposer une réduction pour partage de logement, que son colocataire était bel et bien un coloc et non un conjoint de fait.

La pénurie de logement locatif ne frappe pas qu’au centre-ville. Urb’action, un comité de mobilisation citoyenne dans le secteur de Sainte-Foy-Sillery, est venu témoigner qu’en raison du prix élevé des logements dans leur secteur, les personnes doivent fréquemment couper dans leurs autres besoins essentiels. La Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL) a également révélé qu’elle s’inquiétait sérieusement de l’avenir du parc de logements à coût accessible pour les étudiants à proximité des grands campus de l’ouest de la ville.


43% d’augmentation

Douze ans de crise du logement auront eu un impact majeur sur les hausses de loyers dans la région de Québec. On parle de 43 % de hausse entre 2000 et 2012, une croissance presque deux fois plus rapide que les revenus pour la même période.

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Extrait de «L'autre visage de Québec», un dossier du FRAPRU et de ses groupes membres à Québec.

Pénurie envahissante