La crise du logement permet aux propriétaires d’être particulièrement sélectifs dans le choix de leurs locataires, un ancien itinérant soulignant même que l’apparence physique jouait un rôle non négligeable lors d’un entretien de location.

Selon plusieurs témoignages, le contexte de rareté amène les propriétaires à être encore plus restrictifs. Cette discrimination est aussi le lot des personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou physique et des personnes vivant avec un problème de santé mentale grave, ont souligné le Mouvement Personne D’Abord du Québec métropolitain et la Coalition pour le développement du logement social en santé mentale. « Le privé ne veut pas de la population qui a un problème de santé mentale grave », ce qui fait que ces personnes sont nombreuses à vivre de l’instabilité résidentielle, affirme la Coalition. Selon le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), bien des propriétaires privés supposent que les gens à très faible revenu ne seront tout simplement pas capables de payer le loyer et refusent donc de leur louer. Les personnes ayant un endettement important ou n’ayant pas de carte de crédit ne passent pas aux enquêtes de crédit et se voient donc refusées. Souvent, elles doivent louer au mois et sans bail, ce qui « donne le gros bout du bâton aux propriétaires ».

Atteintes à la dignité

Moins connues et souvent plus taboues, des situations portant atteinte à la dignité des personnes et à leur sécurité d’occupation ont été portées à l’attention des commissaires. Une locataire a témoigné de la violation de sa vie privée par son propriétaire qui se permet régulièrement d’entrer chez elle en son absence, sans l’aviser. « Je ne me sens pas chez moi dans mon logement et je ne me sens pas en sécurité non plus. J’aimerais bien avoir un propriétaire qui respecte lui aussi sa partie du contrat et qui ne passe pas son temps à agir comme s’il était au-dessus des lois », a-t-elle dit. Plusieurs groupes de femmes, dont Rose du Nord, un regroupement de femmes sans emploi, ont pour leur part dénoncé la situation vécue par certaines femmes à faible revenu à qui des propriétaires demandent des faveurs sexuelles en échange du loyer. Plusieurs locataires ont souligné que se défendre contre les abus des propriétaires n’est pas simple et ne va pas sans risques. « C’est presque un job à temps plein de défendre ses droits quand on a de sérieux problèmes de logement », s’est exclamé un locataire qui a mené une longue bataille juridique contre un propriétaire délinquant. Selon lui, l’aide des groupes communautaires est essentielle pour ce type de démarches, d’autant que les propriétaires ne reconnaissent pas facilement leurs tords et s’engagent parfois dans des guérillas juridiques farfelues, ou font subir carrément du harcèlement ou des représailles.

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Extrait de «L'autre visage de Québec», un dossier du FRAPRU et de ses groupes membres à Québec.

Discrimination et déni de droits