À voir aller le débat sur la hausse des frais de scolarité, on pourrait presque réécrire la chanson « Les pauvres » de Plume Latraverse avec les préjugés qui ont court sur la population étudiante : « Les z’étudiants y’ont des chars, des iPod touch pis des Blackberry pis quand on veut les augmenter, y vont manifester ».

Première nouvelle : les étudiants ne forment pas une classe à part homogène. Il n’y a pas de portrait-robot de « l’étudiant moyen ». Leur seul point commun, c’est d’être majoritairement jeune (78,8?% ont moins de 24 ans). Selon une étude récente de la FEUQ, on peut distinguer plusieurs catégories très différentes d’étudiants et d’étudiantes. Dans les faits, seule une minorité d’universitaires, soit le tiers, est « gras dur », vivant encore chez ses parents et pouvant se consacrer à temps plein à ses études.

L’immense majorité des étudiants et étudiantes, soit plus de
80 % des universitaires en 2009, travaille en plus d’étudier. Si on ne peut nier l’attrait de la société de consommation sur les jeunes, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) croit que ce n’est pas la seule explication. Selon l’Association, le chiche régime d’Aide financière aux études (les prêts et bourses), qui prévoit que l’on peut se nourrir avec 7 $ par jour, ne leur laisse pas le choix. Pourtant, même en travaillant plus de 15 h par semaine comme le fait la moitié des universitaires, ils et elles ne gagnent que des peanuts, le revenu d’emploi médian n’étant que de 9 000 $ par année. La moitié des étudiants et étudiantes est d’ailleurs plongée dans une grande précarité financière et doit vivre et étudier avec 12 200 $ par année. Ça se répercute également dans les conditions de logement (60 % des étudiants et étudiantes ont des besoins impérieux de logement, selon la norme gouvernementale).

Oui, mais quand on est jeune, « papa-maman » ne doit pas être bien loin? C’est vrai pour la majorité, mais il n’en demeure pas moins que 40 % des étudiants et étudiantes n’ont aucune contribution parentale (ce qui est un peu normal considérant que la majorité des familles québécoises a des revenus disponibles de moins de 60 000 $ par an). Presque tous les parents veulent que leurs enfants aillent à l’université, mais seulement 18,7 % réussissent à épargner pour ça. D’ailleurs, il est peut-être utile de préciser que 45 % des jeunes sur les bancs d’universités sont des « étudiants et étudiantes de première génération ».


Photo: Paul-Émile Auger


Références

ASSÉ (2009). Mémoire sur l’Aide Financière aux Études.
En ligne : www.asse-solidarite.qc.ca

Daoud, M. et P. Hurteau (2007). Gratuité scolaire et réinvestissement postsecondaire : trois scénarios d’application. Montréal, Institut de recherche et d’informations socio-économiques, octobre 2007.
En ligne : http://www.iris-recherche.qc.ca/publications/gratuite_scolaire_trois_scenarios_d8217application

FEUQ (2010). Sources et modes de financement des étudiants de premier cycle.
En ligne: www.feuq.qc.ca.

Hurteau, P. et E. Martin (2007). Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire? L’abolition des frais de scolarité est économiquement viable et plus équitable au plan social. Montréal, Institut de recherche et d’informations socio-économiques, janvier 2007.

En ligne : http://www.iris-recherche.qc.ca/publications/tarification_de_lducation_postsecondaire_ou_gratuit_scolaire

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Extrait du numéro du printemps 2011 du journal l'Infobourg

Dossier éducation | Qui sont les étudiants et les étudiantes?