Par Mathieu Houle-Courcelles

Les 28 et 29 octobre dernier, le comité de citoyens du Vieux-Québec (CCVQ) conviait la population à des états généraux pour réfléchir sur l’avenir de ce quartier. Ce vaste exercice, lequel a réuni des dizaines de résidants, résidantes, commerçants et commerçantes, mais aussi des représentants et représentantes du milieu institutionnel et du monde municipal, a permis de développer une déclaration de principes qui servira à orienter l’action des participants et participantes afin d’améliorer la qualité de vie dans le Vieux-Québec.

Si plusieurs constats ont fait l’unanimité, comme la nécessité de privilégier la fonction résidentielle et de mieux arrimer l’offre touristique dans le respect des habitants et habitantes du quartier, certaines questions ont été mises sous le tapis. Ainsi, la déclaration finale oublie de mentionner les problèmes spécifiques auxquels font face les locataires qui habitent le Vieux-Québec. La forte demande sur le marché immobilier, combinée aux pressions exercées par l’industrie touristique, a contribué à la conversion de nombreux logements locatifs en condos ou en résidences de tourisme. En outre, plusieurs immeubles du Vieux-Québec vieillissent mal : on ne compte plus les problèmes liés à l’entretien déficient, voire à l’insalubrité, sur fond de spéculation immobilière.

Ce constat est partagé par une locataire qui résiste tant bien que mal à la gentrification progressive de son quartier. Isabelle (nom fictif) habite le Vieux depuis maintenant plus de 20 ans. Elle ne compte plus les locataires qui sont partis pour « faire de la place?» aux acheteurs de condos. « Depuis quatre ou cinq ans, c’est une véritable hémorragie. Sur les rues autour de chez moi, plusieurs immeubles ont littéralement été vidés de leurs occupants et occupantes, indique-t-elle. Plus ça va, plus ce qu’on retrouve dans le secteur ce sont des condos dans lesquels aucune personne n’habite en permanence. Résultat : ces immeubles sont vides trois semaines sur quatre. Ce n’est plus un secret pour personne. »

« Les gens ont peur »

Pour arriver à leurs fins, des propriétaires (souvent les mêmes, selon Isabelle) n’hésitent pas à adopter la méthode forte. « On vit des pressions incroyables pour nous obliger à quitter nos logements. Les propriétaires laissent tomber leurs immeubles en ruine pour qu’on s’écoeure. On subit du harcèlement. On est à la limite, mais on tient bon. Si on lâche, personne ne va être au courant du problème. Les gens ont peur. »

Est-ce qu’il y a un avenir pour les locataires dans le Vieux? Isabelle est pessimiste : « Avec ce que j’ai vu depuis deux ans, j’ai de sérieux doutes. Il y a des gens qui veulent profiter de la popularité de la ville de Québec et de notre quartier en particulier. Ce n’est pas irréversible, mais ça prend de la volonté; il faut des gens pour se lever. » Pour que les choses changent, Isabelle a pris les devants. Elle a entrepris des démarches, notamment auprès de la ville de Québec, pour mettre un terme aux tactiques qu’elle dénonce. Mais pendant ce temps, le Vieux-Québec continue son embourgeoisement et se vide peu à peu de sa diversité d’antan.

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Extrait du numéro de décembre 2010 du journal l'Infobourg

En marge des États généraux du comité de citoyens du Vieux-Québec : quel avenir pour les locataires?