Par Agathe Légaré

Il y aura bientôt 60 ans que l’avion The Canadian Pilgrim/Le Pèlerin Canadien s’abîma contre la montagne de l’Obiou dans les Alpes françaises (le lundi 13 novembre 1950), tuant ses 58 passagers et l’équipage.

Presque tous les passagers étaient des Canadiens français, comme on disait à l’époque. Ils revenaient d’un long pèlerinage qui les avait amenés jusqu’à Rome, en pleine Année sainte. Là, ils avaient assisté à la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par le pape Pie XII, le 1er novembre, puis à la béatification de mère Marguerite Bourgeois, le matin du 13 novembre.

Parmi les victimes de l’accident se trouvait l’abbé Edgar Ernest Martel, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Québec. C’est donc dans l’église du curé Martel, notre vénérable église Saint-Jean-Baptiste, que le diocèse de Québec, appuyé par le Comité du patrimoine Saint-Jean-Baptiste, a choisi de célébrer le soixantième anniversaire de la tragédie de l’Obiou de diverses façons.

Prise un : une célébration qui fait salle comble

Le « devoir de mémoire » a commencé de façon grandiose, le dimanche 19 septembre. Au son de la Messe en si bémol de Mozart, le vicaire général du diocèse de Québec, Mgr Jacques Vézina, a présidé une célébration de l’eucharistie à la mémoire des disparus de l’Obiou.

La grand-messe s’est déroulée devant plus de 280 proches des victimes. Elle a donné lieu à des moments d’émotion quasi palpable, notamment quand le petit-fils d’une des victimes a énuméré au microphone les noms des défunts, puis quand les gens présents ont échangé, entre voisins, une poignée de main, signe de paix et de réconfort. Il faut dire que les 43 laïcs qui ont péri à l’Obiou ont laissé derrière eux 278 orphelins, sans compter les conjoints, les frères, les sœurs, les cousins éplorés, qui ont eu du mal à faire leur deuil puisque les restes des disparus ont été inhumés en France.

Après la liturgie de ce 19 septembre, Mgr Vézina a dévoilé une plaque commémorative (voir le texte ci-contre). Ensuite, les descendants des disparus ont pu fraterniser à l’occasion d’un repas de retrouvailles servi dans le sous-sol de l’église.

Selon Monsieur Jasmin Lemieux-Lefebvre, directeur des communications du diocèse, la messe du 19 septembre revêtait une importance historique : « C’était la première fois qu’un nombre aussi élevé de proches des victimes se réunissait pour rappeler leur mémoire ». Madame Danielle Gauvin, qui a perdu un grand-père, Lauréat Beaumont, dans l’accident a pris contact avec toutes ces familles : « un travail colossal ».

Prise deux : un conteur fantastique!

Le Comité du patrimoine Saint-Jean-Baptiste a poursuivi les activités de commémoration pendant les Journées de la culture, les 24, 25 et 26 septembre. Le conteur Bernard Grondin a proposé un récit de son cru, La tragédie du mont Obiou, par à-coups surprenants, sondant les réactions de son auditoire et le relançant sans cesse.

Le pèlerinage, nous a-t-il dit, avait été long (du 13 octobre au 13 novembre 1950) et souvent pénible : houle sur le bateau, brouillard à Fatima et à Lourdes, indigestions provoquées par la cuisine à l’huile d’olive, etc. Les pèlerins s’accrochaient et priaient tout le temps. Tout le Québec d’alors était très religieux. Le 1er novembre 1950, par exemple, alors qu’à Rome le pape proclamait le dogme de l’Assomption, quelque 25 000 personnes se réunissaient au Colisée de Québec pour rendre hommage à la Vierge Marie. Celle-ci occupait une grande place dans leur vie et dans l’histoire de Bernard Grondin.

Les causes de l’accident d’avion n’ont jamais été élucidées, faute de boîte noire et d’une enquête générale et judiciaire poussée. Tout ce qu’on sait, a résumé le conteur, c’est que le pilote du Pèlerin Canadien a dévié de 100 km de la trajectoire prévue. Pourquoi l’avion a-t-il bifurqué? À cause de l’absence de visibilité? Des vents trop forts? D’une tentative de détournement ratée? D’une apparition fantastique?

Monsieur Grondin s’est demandé quel bruit avaient pu entendre les passagers à l’approche de la collision avec la montagne de pierre. Il nous a proposé le bourdonnement grandissant et envahissant d’un drôle de tambour breton, le paesle.

Après ce conte énigmatique et mystique, les spectateurs ont visité une petite exposition Obiou dans la chapelle des mariages. Les premières pages des journaux de l’époque côtoyaient dans cette exposition un débris de l’avion accidenté, l’ostensoir offert par les marguilliers en mémoire du curé Martel et le livre d’or des visiteurs du 19 septembre 2010.

Il est à noter que cette exposition, ainsi que celle intitulée Souvenirs d’enfance, sont accessibles, depuis le 11 octobre 2010, aux groupes (étudiants, aînés, etc.) qui en font la demande. Il faut s’adresser au Secrétariat du presbytère Saint-Jean-Baptiste (418-688-0350, poste 0). Le prix de la visite est de 2 $ par personne.

Prise trois (à venir) : le baptême d’une cloche

La dernière cérémonie commémorative de la tragédie se déroulera le 14 novembre prochain, toujours à l’église Saint-Jean-Baptiste. Une cloche datant de 1882, récemment restaurée, réintégrera le clocheton et sera baptisée Edgar Ernest en l’honneur de feu Edgar Ernest Martel, curé de la paroisse, mort à l’Obiou. À 14 heures, on pourra entendre ou réentendre le conteur Bernard Grondin. Un vrai bonheur!


En ce jour où l’Église honore Notre-Dame-de-la-Salette ainsi qu’à l’occasion du 60e anniversaire de la tragédie du mont Obiou, survenue le 13 novembre 1950, souvenons-nous des 58 victimes du Pèlerin Canadien qui reposent au cimetière La Salette-Fallavaux.

Que la Vierge Marie intercède pour eux et apporte foi et espérance à leurs familles.

Église Saint-Jean-Baptiste de Québec, dans une perpétuelle prière.

Étaient présents monsieur l’abbé Pierre Gingras, curé, et monseigneur Jacques Vézina, p.h.

Texte de la plaque commémorative de la tragédie de l’Obiou, apposée dans l’église Saint-Jean-Baptiste le 19 septembre 2010.


Pour en savoir davantage

Site Internet La tragédie de l’Obiou : www.glaizil.over-blog.com/article-18704743.html.

L’Obiou entre Dieu et Diable
Louis-Edmond Hamelin, en collaboration avec Paul Dupré
Editions du Méridien, 1990, 225 pages.

Note : M. Hamelin était présent à la célébration du 19 septembre 2010.

Reportage de Roger Lemelin dans Life Magazine, volume 29, no 22, 27 novembre 1950, pages 20-25. Cette édition du Life a été numérisée au complet par Google livres et peut être lue en ligne sur www.books.google.ca.

Reportages de Catherine Kovacs Les proches des victimes se souviennent et Obiou…Un drame inexpliqué au Téléjournal de Radio-Canada, les 19 et 20 septembre 2010, sur le site www.radio-canada.ca et sur www.facebook.com/tj22h.

==
Extrait du numéro d'octobre 2010 du journal l'Infobourg

Église Saint-Jean-Baptiste - Commémoration d’une tragédie méconnue