Par Léonce Naud, géographe

Le maire de Québec Régis Labeaume veut faire de sa ville rien de moins que la « Barcelone du nord ». Québec vient d’ailleurs de se porter candidate pour recevoir le « Forum universel des cultures » en 2016, un événement d’envergure (100M$) mis sur pied il y a quelques années par la mairie de Barcelone. Thème retenu : « La Culture de l’Eau – Québec, ville aqua-responsable ». Québec voit dans ce forum international « une possibilité unique de mobilisation de la population, un catalyseur pour la réalisation d’une importante revitalisation urbaine et une occasion incomparable de jouer un rôle accru sur la scène internationale ».

La transformation de Barcelone

Avant la tenue des Jeux Olympiques (1992), la capitale catalane était demeurée séparée de la mer par une friche industrialo-portuaire. Au cours des années ’80, les « Associations de voisins et voisines », organisations citoyennes locales, ont réussi à sensibiliser la Municipalité à la nécessité d’ouvrir Barcelone sur la mer. Cette action citoyenne fut déterminante: « Le plan d’aménagement fut alors l’enjeu de débats contradictoires. Une des conditions imposées par la Mairie, influencée par la pression de divers groupes, était d’ouvrir un nouvel accès à la mer ».1 Ces nouvelles plages ont transformé les usages sociaux sur le littoral de la ville. Dûment régénéré, ce dernier est devenu le principal support de la renaissance du centre-ville, notamment de la Barcelonetta, le quartier Saint-Roch de Barcelone en quelque sorte.

Un vaste débat public

La similitude entre Barcelone et Québec est frappante. À Québec, à l’instar des « Associations de voisins et voisines » de Barcelone, plusieurs conseils de quartier ont entrepris de sensibiliser les élus et les élues à l’importance de retrouver les usages populaires du fleuve au centre-ville, perdus au 19e siècle. Ce sont les Conseils de quartier de Saint-Jean-Baptiste, Vieux-Québec–Cap-Blanc–Colline-Parlementaire, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Montcalm, Saint-Sacrement, Vieux-Limoilou et Maizerets. D’autres les rejoindront bientôt.

Leur effort a déjà porté fruit : le dernier espace riverain encore dégagé au centre-ville a été préservé pour l’usage de la collectivité par un changement au zonage. Il s’agit du grand stationnement situé à la tête du bassin Louise, désormais inconstructible. Forts de ce premier succès, les conseils de quartier demandent maintenant aux élus et aux élues d’organiser un vaste débat public devant se dérouler en trois phases :

    1) Mettre à la disposition du public la masse d’informations existantes sur le bassin Louise, notamment économiques, historiques, culturelles et sociales;
    2) Consulter la population sur les principes fondamentaux d’aménagement, soit la vocation souhaitable de ce plan d’eau pour le 21e siècle ;
    3) Recevoir un ou plusieurs projets d’aménagement cadrant avec la vocation retenue.

Tout comme ce fut le cas à Montréal lors de l’aménagement du Vieux-Port (1985-1986), cet exercice pourrait s’étendre sur plus d’une année et devrait précéder toute décision des autorités quant à des scénarios ou des propositions de mise en valeur du bassin Louise, un plan d’eau public qui appartient à toute la population.

Coopération entre Catalans et Québécois ?

En proposant un accès public au bassin Louise, les conseils de quartier de Québec connaîtront-ils autant de succès que les « Associations de voisins et voisines » de Barcelone ont connu avec la transformation de leur littoral? La tenue éventuelle à Québec du « Forum universel des cultures » entraînera une intense coopération entre Québec et Barcelone. Il se présente comme « une possibilité unique de mobilisation de la
population ». Serait-il à propos que Catalans et Québécois échangent sur leurs expériences mutuelles de sorte que Québec, à l’exemple de Barcelone, retrouve un jour l’accès à son front de mer au coeur de la ville ?

Notes:
1- Sagarra y Trias, Ferran . « Barcelone, la dynamique olympique et le projet urbain ». Dans Métropoles portuaires en Europe (Barcelone, Gênes, Hambourg, Liverpool, Marseille, Rotterdam, Jean-Lucien Bonillo (dir). Marseille : Éditions Parenthèses, 1992.


Démonstration aquatique populaire au bassin Louise

Samedi 26 juin

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(« Gens de Baignade ») et sur le site Internet suivant :
www.gensdebaignade.org.

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Texte extrait du numéro de mars 2010 du journal l'Infobourg

Accès au fleuve en ville - Québec - Barcelone : vers une coopération citoyenne?