Comme c’est souvent le cas en campagne électorale, les « grands » médias ne s’intéressent pas vraiment aux enjeux locaux. L’Infobourg a donc rencontré trois personnes qui briguent le poste de conseiller municipal du district des Faubourgs. Il s’agit de Pierre Maheux (du Renouveau municipal de Québec), de Chantal Gilbert (de l’Équipe Labeaume) et de Marc Dean (du Défi vert Québec). Le but de l’opération était de vous les faire connaître et de leur permettre de présenter leur vision (au moins en partie car, faute d’espace, nous ne pouvons traiter de toutes les questions abordées dans les entretiens). Entretiens réalisés par Nicolas Lefebvre Legault.

Pierre Maheux
Renouveau municipal de Québec

Pierre Maheux, conseiller municipal du district des Faubourgs depuis 2005, habite la basse-ville depuis 32 ans, en général dans Saint-Roch. Il a œuvré pendant 20 ans dans le milieu communautaire, dont 16 ans dans le soutien aux personnes itinérantes, avant d’entrer en politique active. Sourire en coin, il nous dit qu’il est « un ignoble propriétaire » depuis 2005 (avant son élection, précise-t-il).

Pierre Maheux aime le travail de conseiller, la fonction, le contact avec les gens pour améliorer les conditions de vie. Il considère qu’il a été fidèle aux valeurs du communautaire dans son premier mandat, qu’il a livré la marchandise et il veut poursuivre le travail. « Dès le départ, je m’étais donné un horizon de huit ans. Dans un mandat, tu ne peux qu’amorcer des dossiers. Ça prend deux mandats pour faire le tour du jardin », dit-il.

Pierre Maheux croit que le rôle du conseiller municipal est de faciliter la tâche des citoyens et des citoyennes dans la machine municipale, de faire cheminer les demandes et de donner l’heure juste sur les requêtes. « Il est bon de se rappeler qu’on est au service des citoyens et non des promoteurs et des grands évènements », lance-t-il assassin, tout en reconnaissant que le conseiller a parfois un rôle de médiateur dans ces cas pour réduire les nuisances. « Le conseiller doit être à la défense des citoyens et des quartiers face aux projets qui n’ont pas d’allure », ajoute-t-il. D’après lui, ça prend des voix discordantes face au discours unique qu’on entend actuellement à l’hôtel de ville.

Pierre Maheux note que les problèmes de circulation se sont amplifiés avec les grands évènements. « On a découvert cet été les limites de l’automobile et de l’autobus, dit-il. Tôt ou tard, ça va prendre un tramway. On n’y échappera pas, ça prend un réaménagement majeur de tout le schéma de transport. C’est une question de sécurité, d’environnement et d’accessibilité ». Selon lui, attendre ne fera que nous coûter plus cher. Dans l’immédiat, le politicien espère compléter le réaménagement des rues du quartier sur le modèle de ce qui a été fait sur la rue La Tourelle, mener à bon port le projet de rue partagée sur Sainte-Claire et continuer de travailler sur la circulation de transit dans le prochain mandat.

En ce qui concerne l’avenir du quartier et son développement, le conseiller sortant pense que « les projets de tours devraient rester dans la catégorie des fantasmes ». Pour lui, le secteur résidentiel est assez dense. « Il faut arrêter le délire des hauteurs et respecter le gabarit du quartier. » Sur les quelques terrains encore disponibles dans le quartier (trois ou quatre, évalue-t-il), la Ville doit prioriser le développement de logements communautaires et coopératifs. Pour contrer le phénomène de plus en plus fréquent des îlots de chaleur urbains, Pierre Maheux propose de mettre sur pied un programme de subventions pour multiplier les îlots de verdure. Dans le quartier, cela pourrait passer par les toîts verts, « juste 10 à 15% de toîts verts, ça ferait du bien », pense-t-il. Notons qu’en ce qui concerne le terrain de l’ancien Patro, Pierre Maheux verrait bien une place publique.

Son mot de la fin? « Qu’on dénonce l’abus de pouvoir des citoyens dans les consultations, j’ai un problème avec ça. Dire que la démocratie nuit au développement, c’est un très mauvais slogan. Les régimes de parti unique ne nous ont pas servis dans le passé. »

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Marc Dean
Défi vert Québec

Marc Dean est originaire des Basses-Laurentides . Il a vécu une première fois dans Saint-Jean-Baptiste durant ses études à l’Université Laval au début des années 1980, puis a roulé sa bosse au Québec et au Pérou (deux ans de coopération), avant de revenir s’installer définitivement dans le quartier en 1992. C’est un professionnel au gouvernement du Québec qui a une formation en biologie et en relations internationales. Il est délégué syndical, président de la coopérative d’habitation l’Archange et il est engagé dans les loisirs sportifs de ses enfants (soccer et hockey).

Marc Dean, qui a fait un peu de politique dans le passé, s’implique pour la première fois dans un parti vert. « J’étais rendu là dans ma réflexion et mes différents milieux d’implication, dit-il. Je me présente pour débattre au niveau municipal des idées écologistes. » Marc Dean s’intéresse aussi aux questions sociales et dit qu’il fait sienne la devise « penser globalement, agir localement ». Le spécialiste du modèle socio-économique suédois crois qu’il serait un apport intéressant au conseil municipal, entre autres sur les enjeux de développement durable.

Pour Marc Dean, le conseiller municipal est le représentant politique de proximité, c’est celui qui est appelé à traiter des problèmes les plus près des gens. À la blague, M. Dean cite son père, le syndicaliste (et ex-ministre péquiste) Robert Dean, qui disait que si on a une bouche et deux oreilles c’est parce qu’il faut écouter deux fois plus que l’on parle. « Je serai à l’écoute de tous les gens pour amener leurs préoccupations au conseil, dit-il. J’ai mon bagage de citoyen engagé et mes idées, mais je ne prétends pas avoir le monopole de vérité. Je vais travailler en étroite collaboration avec les conseils de quartier et les organismes du district. »

L’accès à un logement abordable dans le quartier semble le problème le plus préoccupant pour Marc Dean. « J’ai la chance de vivre dans une coopérative d’habitation, dit-il, mais si je devais trouver à me loger dans le privé, j’aurais des problèmes malgré mon salaire de professionnel. Le quartier n’est même plus abordable pour des ménages de classe moyenne, c’est grave qu’on en soit là. » Pour protéger la mixité des revenus, il faut un bon parc de logements sociaux. « Plutôt que de convertir des logements en condos ou en couettes et café, il faudrait augmenter la conversion en logements sociaux par le biais de programmes d’achat-rénovation, dit-il. » « C’est rendu qu’on loue des taudis le prix de condos. Les programmes de rénovation actuels ne répondent pas aux besoins, dit-il. Comme conseiller, je travaillerais à créer un programme de rénovation axé sur l’efficacité énergétique, mais qui ne se traduirait pas en augmentations de loyer faramineuses pour les locataires. »

En ce qui concerne la question du transport, Marc Dean trouve que le Québec en entier fait figure de cordonnier mal chaussé. « À Stockholm, par exemple, ils ont un système mixte de tramway, de bus bi-énergie et de train de banlieue qui a été développé par Bombardier. On a une importante expertise industrielle qui développe à l’étranger ce qu’on n’ose même pas se donner chez-nous. » Selon Marc Dean, si on veut concurrencer l’automobile, on doit se pencher sur une amélioration très poussée des transports en commun. « Je pense que ça peut se faire en faisant appel à l’intelligence des gens, sans confrontation », dit-il.

Son mot de la fin? « Le problème c’est qu’on traite les humains comme on traite la planète, on n’a pas beaucoup de respect ni pour l’un ni pour l’autre. »

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Chantal Gilbert
Équipe Labeaume

Chantal Gilbert est joaillière, coutelière et sculpteure, a enseigné au Nouveau-Brunswick, vécu au Mexique et en Californie, mais revient toujours à Québec, sa ville d’origine. C’est une enseignante et une artiste de renommée internationale qui a un atelier dans Saint-Roch depuis 12 ans. Elle s’est impliquée notamment au Conseil des métiers d’arts, dont elle fut la présidente de 2000 à 2009, et depuis cet été elle est impliquée à la SODEC.

Chantal Gilbert se présente principalement parce que Régis Labeaume est venu la chercher. « J’ai hésité beaucoup, nous dit-elle, ce n’est pas ma carrière, mon métier. » Pour elle, le timing est exceptionnel : « le maire a rassemblé une équipe solide, diversifiée, qui aura une vision globale du développement de la Ville ». « On m’a eu en me disant que je pourrais être utile, c’est la première fois qu’un maire prend la peine d’aller chercher une artiste pour avoir son son de cloche », affirme-t-elle. Elle adhère aux visions actuelles de Régis Labeaume et elle croit que Québec a l’opportunité d’aller de l’avant, « de construire sur le terreau fertile mis en place par Jean-Paul L’Allier » (un maire qu’elle a adoré, dit-elle).

Chantal Gilbert considère que la conseillère doit principalement écouter les gens, être disponible à les rencontrer et visible dans les quartiers. « J’ai bien de la misère avec les gens qui critiquent sans jamais s’impliquer, dit-elle. L’élue peut être la parole des gens qui n’ont pas accès à la tribune, mais qui veulent changer les choses et être constructifs. » Pour elle, les conseillers doivent à la fois être des chiens de garde et trouver des consensus. « Il y a un rôle de leadership à assumer pour amener les gens à accepter les différences, à accepter les compromis de tous les côtés », précise-t-elle. Selon elle, le fait d’être au pouvoir devrait permettre de faire cheminer les dossiers du district plus facilement.

Chantal Gilbert est consciente des gros problèmes de circulation automobile dans le quartier. Selon elle, il faut trouver des incitatifs pour que les gens ne prennent pas leur voiture pour venir dans le centre-ville. « Il faut laisser les voitures en dehors des quartiers », dit celle qui aime bien quand la rue Saint-Jean est piétonne. Pour régler les problèmes, la candidate va s’assoir et écouter les citoyens et les citoyennes ainsi que les spécialistes.

Pour l’avenir et le développement du quartier, Chantal Gilbert croit que le logement social est une priorité. « Il faut rendre accessibles des logements abordables pour les citoyens », dit-elle. La candidate de l’Équipe Labeaume affiche de grosses réticences face aux HLM et privilégie la formule coopérative. Mme Gilbert avoue ne pas être très au courant du dossier de la densification du centre-ville, mais elle dit ne pas avoir peur des tours. « Il faut juste ne pas saccager les quartiers résidentiels autour », note-t-elle en soulignant l’importance de la qualité esthétique de notre ville qui doit être préservée. En ce qui concerne les grands évènements, elle ne voit pas de problèmes. Au contraire, ça permet au plus grand nombre d’avoir enfin accès à une culture autrement innaccessible comme le Moulin à image ou le Cirque du Soleil. « Les grands évènements créent de la richesse à Québec, c’est un besoin, ça crée des problèmes de circulation qui vont se régler avec le temps », dit-elle.

Son mot de la fin? « La place de la culture à Québec est très importante, ça doit se développer. Il y a beaucoup de pauvreté chez les artistes qui sont pourtant une force vive économique. Je veux faire valoir, défendre et faciliter la rétention des artistes dans la ville. La présence, l’accessibilité et la visibilité des arts bonifie une ville, l’améliore. »

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Extrait du numéro d'octobre 2009 du journal l'Infobourg

Trois candidats, trois visions - Enfin… presque!