Par Agathe Légaré

Comment les écrivains perçoivent-ils la ville de Québec et le quartier Saint-Jean-Baptiste ? Quels lieux les attirent le plus ? Que nous apprennent-ils à leur sujet ?

C’est à ces questions que tente de répondre la Promenade des écrivains, réalisée en collaboration avec l’Institut canadien de Québec. Madame Marie-Ève Sévigny, journaliste et animatrice, nous sert de guide et de lectrice dans une promenade à pied, à travers les rues et les côtes de Québec qu’ont appréciées des écrivains d’ici et parfois d’ailleurs.

La Promenade propose plusieurs parcours qui, jusqu’à l’an dernier, se cantonnaient dans le Vieux-Québec. Depuis, trois parcours thématiques débordent dans le quartier Saint-Jean-Baptiste : Jacques Poulin et les sentiers du réconfort, Le polar à Québec et Sur la piste de Chrystine Brouillet.

Quels lieux du quartier Saint-Jean-Baptiste attirent le plus les écrivains ? Dans les extraits de romans choisis par Madame Sévigny, ce sont le cimetière St.Matthew, qui ceinture la bibliothèque Saint-Jean-Baptiste, et la rue Saint-Jean.

Le cimetière comme un lieu de lecture

Le parcours Jacques Poulin se termine dans le cimetière St.Matthew avec la lecture d’un extrait de L’anglais n’est pas une langue magique (2008) où l’héroïne, Limoilou, place un livre dans la statue La petite liseuse. Le parcours Chrystine Brouillet, pour sa part, démarre dans ce même cimetière, près des vestiges d’un arbre sculpté, aujourd’hui abattu, et décrit dans le roman Les fiancées de l’enfer (1999), que lit aussi Madame Sévigny.

Qu’a donc de particulier ce cimetière ? C’est « un endroit ambigu », écrit Jacques Poulin. Des gens s’assoient sur des monuments funéraires pour pique-niquer et lire un bon livre. Dans L’anglais n’est pas une langue magique, d’ailleurs, le quartier Saint-Jean-Baptiste devient un territoire plein de cachettes pour les livres et les passeurs de livres : il y a La petite liseuse d’abord, puis le terrain de jeux au coin des rues Scott et Saint-Patrick, le magasin Le Copiste du Faubourg et enfin le parc Richelieu.

La rue Saint-Jean, un parcours gourmand…

Et la rue Saint-Jean? Chrystine Brouillet et son héroïne, la détective Maud Graham, voient la rue Saint-Jean comme un savoureux parcours gourmand, avec l’épicerie Moisan, la Brûlerie de café de Québec, la chocolaterie Erico, l’Épicerie Européenne, l’épicerie de fruits et légumes Langlois, la boucherie W.E. Bégin, la boulangerie Le Paingruel, etc.

Ainsi, dans Préférez-vous les icebergs (1988), Maud Graham s’arrête, extasiée, devant la vitrine de l’épicerie Moisan qui propose, entre autres, des paniers de fruits. Dans Les fiancées de l’enfer (1999), la détective entre dans l’Épicerie Européenne et hume avec bonheur les odeurs si caractéristiques du café, du romarin, des épices et du parmesan. « Un des intérêts des romans policiers de Chrystine Brouillet, commente Madame Sévigny, c’est que le sordide et la sauvagerie y sont court-circuités par le délicieux, le gourmand. »

… ou une frontière

La rue Saint-Jean n’a pas toujours été un paradis pour les gourmands. Dans les années 1920, elle apparaissait comme une sorte de frontière entre deux mondes : la basse-ville ouvrière et la haute-ville bourgeoise. Le quartier Saint-Jean-Baptiste était alors peuplé de travailleurs qualifiés, de fonctionnaires et de commis. C’est ce que rappelle Jean-Pierre Charland dans le roman policier Un viol sans importance (1998), réédité récemment sous le titre Haute-Ville, Basse-Ville (2009).

Madame Sévigny lit un extrait du roman lors du parcours Le polar à Québec. Monsieur Charland s’inspire d’un fait divers authentique, le viol et le meurtre jamais élucidés d’une jeune vendeuse, Blanche Garneau, dans le parc Victoria, en 1920. Les suspects étaient des jeunes gens de familles respectables de la Grande-Allée…

Tous les livres cités dans cet article peuvent être empruntés dans le réseau des bibliothèques.

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La Promenade propose un parcours régulier le samedi, Québec, ville réelle et fictive, et un parcours thématique le dimanche. Les parcours thématiques changent au cours de l’été. En 2009 se sont succédés Jacques Poulin et les sentiers du réconfort, La Promenade des écrivains en Nouvelle-France, Le premier jardin d’Anne Hébert, Le polar à Québec, Sur la piste de Chrystine Brouillet. Ces parcours reviendront tous l’été prochain.

Pour cette année, on peut encore faire le parcours régulier le samedi et le parcours Chrystine Brouillet tous les dimanches d’octobre.

La promenade dure environ deux heures. Elle a lieu beau temps, mauvais temps, sauf en cas de pluie très forte. Le prix est de 10$ pour les étudiants et de 15$ pour les autres.

Sur demande, Madame Sévigny courrielle aux participants la liste des ouvrages dont elle lit des extraits.

Il faut réserver sa place à la bibliothèque du Vieux-Québec (418-641-6797).

On peut s’informer à cette bibliothèque ou à l’adresse suivante : www.promenade-ecrivains.qc.ca.

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Extrait du numéro d'octobre 2009 du journal l'Infobourg.

Promenade littéraire dans Saint-Jean-Baptiste