Par Mathieu Houle-Courcelles

A-t-on besoin d’un nouvel hôtel au centre-ville de Québec? D’après Ann Gingras du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches (CSN), la réponse est non.

Ann Gingras connaît bien la réalité du milieu hôtelier. Mme Gingras a notamment été présidente du syndicat de l’hôtel Hilton où elle travaillait au restaurant-bar. Elle a accepté de répondre à nos questions concernant le secteur hôtelier et les conditions de travail dans cette industrie.

Les premiers syndicats CSN dans les hôtels de la région de Québec sont apparus il y a une trentaine d’années. Ils regroupent aujourd’hui près de 3 000 personnes. Grâce à l’amélioration des conditions de travail, les emplois se sont peu à peu stabilisés. « À cause de la stratégie de négociation coordonnée, les conditions de travail sont maintenant similiaires dans les hôtels syndiqués à la CSN ». Plusieurs membres du personnel vont prendre leur retraite au cours des prochaines années, ce qui devrait entraîner des ouvertures de postes.

D’après Mme Gingras, le 400e anniversaire de la ville de Québec a rempli les poches des propriétaires hôteliers : « On a vu le prix des chambres doubler, même tripler l’an dernier ». Mais avec la crise économique, le taux d’occupation a chuté de façon importante. Des congrès ont même été annulés. « Au Hilton, par exemple, certains travailleurs ont été mis à pied pour la première fois depuis leur embauche à l’hôtel », explique-t-elle. Mais la crise n’explique pas tout. Il y a plus de concurrence qu’avant, précise Ann Gingras, parlant de la construction d’un nouveau centre des congrès à Lévis. L’industrie est fragile et reste largement tributaire de la conjoncture économique. « Notre économie ne peut pas s’asseoir sur l’industrie touristique », rappelle Mme Gingras. « Il y a une limite a toujours vouloir du pain et des jeux. Au-delà des touristes, il y a aussi des résidants et des résidantes à Québec. Quelles sont les infrastructures, quels sont les services qu’on met en place pour ces
gens-là? »

L’hôtel Boréal

Et l’hôtel Boréal dans tout ça? A-t-il sa place sur le site de l’ancien Patro Saint-Vincent-de-Paul? Mme Gingras précise que le promoteur derrière ce projet, les Hôtels Jaro, n’est pas connu pour ses penchants
syndicaux : « Ses hôtels sont très peu syndiqués, les conditions de travail sont bien inférieures à celles des hôtels syndiqués à la CSN ». Mais au-delà des conditions de travail, rien ne justifie selon elle l’arrivée d’un gros
hôtel comme le Boréal au centre-ville. Le manque de chambres est un faux problème. « Si des congrès échappent à Québec, c’est davantage à cause d’un manque d’infrastructures pour les accueillir ».

Plus fondamentalement, Mme Gingras estime que le développement économique ne doit pas déposséder les résidants et résidantes de leur ville pour en faire une immense coquille vide, où les gens de l’extérieur font la fête pour ensuite rentrer chez eux une fois le « party » terminé. Elle cite en exemple la saga entourant le Red Bull Crashed Ice. Mme Gingras estime que le site de l’ancien Patro Saint-Vincent-de-Paul doit servir à répondre aux besoins des résidants et résidantes sur le plan social par la construction de nouveaux logements à prix modique et d’espaces populaires.

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Extrait du numéro de juin 2009 du journal l'Infobourg

L’hôtel Boréal : un autre son de cloche