par Stéphane Robitaille

L’argent est rare, entendons-nous à qui mieux mieux lorsque nous évoquons les problèmes du quartier. Mais à l’évidence, la Ville dispose de certaines réserves pour les façades et leurs propriétaires.
Deux propriétaires immobiliers veulent rénover la façade de leur dernière acquisition, un futur bed and breakfast situé au 210-212, rue Saint-Jean (les fameuses petites tourelles ben cutes avec la grosse sculpture postmoderne devant). Nos propriétaires parviennent donc à glaner 70 000 $ au ministère de la Culture et des Communications et 35 000 $ à la Ville de Québec. Mais apparemment, ce n’est pas assez. Que peut-il bien leur rester comme option? Aller cogner à la porte de « notre » Conseil de quartier, voyons!

Hé oui, personne ne le sait mais la chose est effectivement possible, et pas pour des peanuts : le 19 juin dernier, le conseil d’administration du Conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste recommandait à la Ville de Québec de puiser un autre 35 000 $, cette fois dans le « budget spécial du plan directeur » de quartier. Fallait y penser... Remarquez, nos propriétaires n’y ont pas pensé tout seuls. Deux fonctionnaires dévoués de la Ville, MM. Claude Lavergne et Jean-Yves Tellier, se sont creusé les méninges pour eux, avec l’aide de notre conseillère de quartier.

Évidemment, on est en droit de se poser certaines questions. Par exemple, si le Conseil de quartier a autant d’argent disponible, a-t-il procédé à un appel d’offres? Non, me répondent les éluEs du Conseil, car il s’agit là d’une « mesure exceptionnelle pour préserver le patrimoine architectural ». Cherchez la logique. Faut croire que notre patrimoine commence et s’arrête avec cette façade. Aussi, le Conseil a-t-il envisagé une étude, même sommaire, sur les besoins du quartier? « Non, on s’est fié à ce que nous connaissons déjà », expliquent les mêmes éluEs. Sur le chapitre des besoins – pensons au manque criant de locaux pour toute initiative communautaire, aux difficultés de notre organisme de loisirs, au manque d’espaces verts et même à d’autres façades en décrépitude n’abritant pas de business lucrative –, on voit bien qu’ils en connaissent une paye. Enfin, y a-t-il au moins une garantie que cet argent public sera remboursé si jamais nos promoteurs décident de faire la passe en revendant le bâtiment une fois celui-ci rénové (un sport populaire dans les quartiers en pleine gentrification)? « On ne le sait pas », répondit l’écho. J’ai donc vérifié moi-même et la réponse est
« non ».

Aux éluEs du Conseil de quartier, à madame la conseillère et aux amis fonctionnaires : la « conservation du patrimoine » n’excuse pas tout. D’ailleurs, une municipalité peut réglementer pour préserver les façades sans pour autant engraisser les propriétaires. Un quartier est fait de gens (à 60 % sous le seuil de pauvreté dans le cas de Saint-Jean-Baptiste) autant que de bâtiments, et il n’y a pas lieu d’insulter les uns pour protéger les autres.

Reste à espérer que parmi tout le beau monde mêlé à ce dossier, il s’en trouvera quelques-uns pour chercher les sous nécessaires à la survie du Centre famille Haute-Ville qui peine pour l’instant à obtenir quelques centaines de dollars du Conseil de quartier…

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Extrait du numéro de novembre 2002 du journal l'Infobourg.

Subventions aux propriétaires immobiliers : Quand y’en a p’us, y’en a encore!