Par Nicolas Lefebvre Legault et Etienne Grandmont

Ça y est, la Ville de Québec s’est donnée un nouveau maire. Le 2 décembre dernier, Régis Labeaume a été élu avec une confortable majorité de 59% contre 32% pour Ann Bouget. Cette victoire éclatante peut lui donner l’impression d’avoir les coudées franches pour diriger la Ville, mais il devra s’en méfier s’il veut pouvoir gouverner tranquille… Retour sur la campagne électorale et analyses maison.

Solidaire
Contrairement à ce que certains-es pourraient penser, la victoire de Régis Labeaume n’est pas une catastrophe nationale. Malgré l’appui dégoulinant de la radio-poubelle, il n’est ni plus à droite, ni plus à gauche que sa principale concurrente. Selon François Bourque, du Soleil, le nouveau maire de Québec se définit même comme un «social-démocrate en colère».

Cette sensibilité «de gauche» n’a toutefois pas transpiré beaucoup dans une campagne qui a évacué toutes les questions sociales. N’empêche, à la dernière minute, le candidat Labeaume a dit regretter de ne pas avoir eu le temps de parler de pauvreté. Le 29 novembre, un volet «social» a même été ajouté à son programme électoral. Monsieur Labeaume promettait de « mieux accueillir les immigrants, [de] travailler à réduire la pauvreté, [d’] aider les organisations d’aide auprès des personnes âgées à mieux effectuer leur travail, [de] valoriser le volontariat, [de] soutenir les activités sportives et culturelles particulièrement pour nos jeunes, [de] promouvoir la construction de logements sociaux et coopératifs, etc ». Un programme aussi vaste que nébuleux, mais qui a au moins le mérite d’exister.

Québec inc.
La majorité des promesses faites par le candidat Labeaume pendant la campagne touche le développement économique. Après tout, le nouveau maire est un millionnaire qui s’est fait connaître parce qu’il a dirigé la Fondation de l’entrepreneurship pendant plusieurs années. Malheureusement, ce ne sont généralement pas les milieux d’affaires qui poussent le plus pour aider les pauvres, les sacro-saintes valeurs de compétitivité et de performance étant leur credo.

Dans les deux discours de victoire de Monsieur Labeaume, le 2 décembre dernier, les questions du logement social, de l’itinérance et de la pauvreté ont été complètement évacuées. Il y rappelait essentiellement sa promesse de créer de la richesse à Québec, alors que c’est surtout sa redistribution qui demeure toujours inadéquate. Le nouveau maire a eu un petit mot pour le logement intergénérationnel, ce qui n’est malheureusement pas suffisant pour régler tous les problèmes liés au logement : insalubrité, loyers trop élevés, factures d’électricité salées, embourgeoisement des quartiers centraux et manque de construction de logements sociaux.

Une lueur d’espoir?
L’implication sociale de Régis Labeaume laisse quand même espérer un changement d’attitude à la mairie. Sa participation au conseil d’administration du Pignon Bleu, un organisme de soutien des familles et des enfants de la Basse-Ville de Québec, sa coprésidence à la campagne de Centraide de 2002, sa participation aux conseil de la Fondation du Musée national des Beaux-Arts du Québec et au Conseil de la famille et de l’enfance, entre autres, laissent présager une certaine sensibilité aux questions sociales et culturelles. Le nouveau maire de Québec est une personne touche-à-tout qui offre un heureux contraste d’avec celle qui l’a précédé à la mairie.

La relation qu’aura Monsieur le maire avec les membres de l’équipe du Renouveau municipal de Québec, toujours majoritaire au conseil municipal, sera intéressante à suivre. Sera-t-elle uniquement conflictuelle comme au temps de Madame la mairesse ou y aura-t-il concertation? Monsieur le maire saura-t-il faire place dans son conseil exécutif à tous les courants d’opinion?

Régis Labeaume arrive sans expérience en politique municipale, et donc sans antécédents critiquables. On laissera donc la chance au coureur. Mais les citoyens-nes de Québec se doivent de tenir à l’œil le nouveau maire de Québec pour s’assurer que personne ne soit laissé pour compte.


Le faubourg à vélo…

Fait à noter, Pierre Bernier, le candidat à vélo, a obtenu huit fois plus de votes dans le district des faubourgs que dans le reste de la ville, soit 4% contre 0,45%. Pas si mal !


Débattre, c’est trop risqué

Autrefois, faire de la politique impliquait d’avoir des idées et d’être prêt à les défendre. Les débats contradictoires et les assemblées partisanes étaient à l’honneur. Plus maintenant. Aujourd’hui, on se contente de faire des points de presse réguliers, de répondre aux questions des journalistes et de faire du porte-à-porte (le fameux terrain). Une fois de plus, de nombreux débats ont dû être annulés ou se tenir en l’absence de nombreux candidats-es. Le RMQ a ainsi refusé tous les débats proposés par le mouvement communautaire, dont notamment un débat sur l’habitation, qui se déroulait le 20 novembre, où Régis Labeaume a également brillé par son absence. D’une fois à l’autre, les raisons de cette absence changeaient. Le comble a sûrement été atteint quand le RMQ a fait capoter un débat devant avoir lieu sur les ondes de CKRL, sous prétexte que sa candidate dans Montcalm n’arrivait pas à trouver un trou dans l’horaire de sa journée. Quand c’est rendu que tu lèves le nez sur la radio communautaire, alors que c’est probablement la seule qui va t’offrir la possibilité de faire un débat public, ça ne va pas bien! Dire que ce parti, dans une autre vie, était le prolongement politique du mouvement communautaire!


Le triomphe de l’abstention

Le fait marquant des élections municipales à Québec ne fait pas la manchette. Pourtant, il n’est pas anodin que seulement une minorité de gens soit allée voter. «Un taux d’abstention de 54%» ; on n’est pas près de voir ce titre à la une des quotidiens!

Le taux de participation a chuté partout, mais de façon marquée au centre-ville. Dans le district des faubourgs, qui inclut le quartier Saint-Jean-Baptiste, moins de quatre personnes sur dix sont allées voter (38%). Comme si cette élection ne concernait pas tout le monde.

Il est évident qu’en axant sa campagne sur la séduction des banlieues, Ann Bourget et le RMQ ont démobilisé la base dans les quartiers centraux. Dans notre district, ce parti a perdu 1124 votes entre 2005 et 2007. C’est le tiers de ses appuis! À la grandeur de l’arrondissement, on compte 3692 votes de moins (le quart de ses appuis de 2005). Inutile de préciser que cette perte n’a pas été compensée par des gains significatifs en banlieue.

Que comprendre de cette chute du taux de participation? Aliénation politique de la majorité? Indifférence pour la chose publique? Cynisme collectif? Désintérêt massif? Toutes ces réponses! Et aussi, tout simplement, le fait que ni la campagne électorale, ni les candidats-es n’ont donné de bonnes raisons de se déplacer. À part quelques exceptions, la plupart des protagonistes s’entendaient sur l’essentiel. Alors pourquoi se donner la peine d’aller voter?


La suite du monde…
Des enjeux à surveiller

Qu’on parle d’habitation, de la place de l’automobile, du vélo et du transport en commun ou de la réduction des déchets, une foule de questions d’importance capitale pour l’avenir de la Ville ont été peu ou mal traitées durant la campagne électorale. Sur ces questions, comme sur bien d’autres, il faudra rester vigilant.

On peut compter sur les groupes communautaires et les citoyens-nes engagés-es pour continuer de taper sur le clou, mais qu’en est-il des élus-es? Le Renouveau municipal est encore majoritaire au conseil municipal. Saura-t-il jouer un rôle constructif?

Espérons que les Maheux, Blouin, Beaulieu et autres Vaillancourt, que nous savons sensibles à ces questions, seront plus loquaces que pendant la campagne électorale! Ne serait-il pas temps de songer à une plus grande concertation, un caucus par exemple, entre les élus-es qui sont sur la même longueur d’onde? Juste une idée comme ça…

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Extrait du numéro de décembre 2007 du journal l'Infobourg.

Analyse post-électorale