Par Nicolas Lefebvre Legault

Ça se confirme, les gens de Québec auront le choix entre la droite, la droite et... la droite pour la mairie de Québec. Même si elle n’ose utiliser ce mot, encore tabou dans son parti, Ann Bourget se positionne dans un drôle de coin de l’échiquier politique depuis la mort d’Andrée P. Boucher.

L’héritière de la mairesse...
Aussi incroyable que cela puisse paraître, la chef de l’opposition au conseil de ville se présente dans ses déclarations comme une héritière d’Andrée P. Boucher. «Le plus bel hommage à rendre à Mme Boucher, ce serait de continuer. On partage ses objectifs, dans mon cas depuis la course à l’investiture du Renouveau municipal», a-t-elle déclaré, le 4 septembre dernier, à un scribe anonyme d’un quotidien en lock-out.

Dans le même article, la candidate se permet même de casser du sucre sur le dos des syndicats et de se faire la porte-parole de la génération X. Pour elle, les finances de la Ville sont prioritaires et elle compte bien s’attaquer de front aux syndiqués-es. «Je ne fais pas partie de la génération du «tout cuit dans la bouche», dit la chef du RMQ au JdeQ. On a bâti nos jobs. Il faudra qu’on présente clairement les enjeux: on n’a pas d’argent. Le discours d’Andrée Boucher, il est important de le reprendre.»

Gérer la ville «comme une business»
Bourget en rajoute une couche dans Le Soleil du 14 septembre. Elle déclare au journaliste Jean-François Néron: «Je ne peux pas vous cacher que je voulais recentrer le parti (RMQ) pour l’amener à quelque chose qui me ressemble davantage. Je suis fondamentalement entrepreneure. Je pense que la ville doit être gérée comme une business. Tout ce que j’ai fait auparavant était dans l’optique de la plus grande rentabilité sur le plan économique, bien sûr, mais aussi sur le plan social, de l’environnement, etc.» Il est ironique de constater que c’est l’ex-président de la Chambre de commerce, Pierre Dolbec, qui a relevé l’incongruité de cette déclaration. En effet, quelques jours plus tard, le candidat Dolbec disait ne pas croire qu’on puisse comparer la gestion d’une ville à celle d’une business, car certains services doivent être rendus aux payeurs de taxes.

Place à la girouette
Il est également intéressant d’examiner l’évolution du discours d’Ann Bourget sur la question du tramway. Après avoir fait de la promotion du tramway la priorité du RMQ, il y a quatre mois, la candidate Bourget est soudainement incapable de prendre position à la veille de la campagne électorale!

Dans Le Soleil du 22 septembre, tout ce qu’Ann Bourget trouve à dire, c’est que les coûts de l’étude sur le tramway devront être assumés par les gouvernements supérieurs. Ça tombe bien parce que c’est exactement ce que prévoient les programmes... D’ailleurs, personne n’a jamais demandé à la Ville de mettre une cenne là-dedans! Là où ça se gâte, c’est quand elle dit, tout en conservant un préjugé favorable envers le tramway, qu’«il n’est pas question d’enfoncer ce projet dans la gorge des gens s’ils n’en veulent pas (...)».

Pour être bien sûre de noyer le poisson, la candidate veut que l’étude sur le tramway identifie des alternatives à ce moyen de transport ainsi que leurs coûts afin de faire une comparaison. «Les déplacements dans la région sont en augmentation. Au lieu du tramway, faudra-t-il d’autres autoroutes, élargir celles qu’on a, des nouveaux stationnements? Ça va prendre des chiffres. Il faudra regarder tous les aspects du dossier avant de prendre une décision pour ou contre», a-t-elle ajouté au journaliste du Soleil.

Derrière le discours de politicien, ce qu’on comprend c’est que le projet de tramway est passé à la trappe des ambitions électorales d’Ann Bourget. La métamorphose de la candidate du RMQ se poursuit. De déclaration en déclaration, l’image de l’écolo granole un peu gô-gôche s’estompe et fait place à celle d’une politicienne comme les autres, d’une girouette qui n’est intéressée que par le pouvoir.

Courtiser «la» banlieue
Il est clair, et c’est confirmé par des sources proches du dossier, que Bourget tient ce genre de discours pour courtiser les banlieusards-es que l’on suppose, évidemment, tous et toutes à droite. Cela vient confirmer, une fois de plus, la marginalisation politique des habitants-es du centre-ville en général et des classes populaires en particulier.

Ce qui marche et émerge en ce moment, c’est la classe moyenne, celle qui vit en banlieue. Quand le Journal de Québec titrait à la une «la mairesse du peuple» à propos d’Andrée P. Boucher, c’était de ce peuple là dont il parlait. Étalement urbain et vulgaire démographie obligent, le centre-ville pèse d’un poids politique de plus en plus léger.

C’est dommage, mais les habitants-es du centre-ville ne sont plus à la mode avec leurs problèmes de logement, de transport et de pauvreté. Il n’y a plus grand capital à faire à nous courtiser! Politiquement, la force en émergence actuellement est une «nouvelle» droite populiste et décomplexée. Dans la grande région de Québec, on peut affirmer sans crainte d’être contredit que cette «nouvelle» droite est déjà la nouvelle majorité sociale et politique. Dans le fond, le RMQ ne fait qu’en prendre acte en tenant un discours susceptible de plaire à cet électorat. Ce qui ne vient que confirmer ce que nous savons depuis longtemps, à savoir que le RMQ n’est finalement qu’un parti politique comme les autres, c’est-à-dire opportuniste.

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Extrait du numéro d'octobre 2007 du journal l'Infobourg

Analyse : La dérive d’Ann Bourget