Tous les candidats à la mairie de Québec sont atteints de gestionite aiguë

Par Nicolas Lefebvre Legault

Il aurait été trop injuste de ne critiquer que la candidate du Renouveau municipal de Québec. Pourtant, que dire des «autres» sinon qu’ils nous semblent globalement peu intéressants, pour ne pas dire… insignifiants.

Qu’ont-ils dit de significatif qui permettrait de les
distinguer les uns des autres? Ils se veulent tous rassembleurs et se présentent tous comme de bons gestionnaires. Et c’est bien ça le problème: ils ne veulent que gérer la ville. Ils n’ont pas d’autres projets à présenter à la population que celui de rationaliser les dépenses.

Tout ça à cause d’un ridicule déficit de 12 millions de dollars sur un budget global frisant le milliard! Sous couvert de logique comptable «objective», les candidats se proposent de couper dans les services –lesquels?– et d’obtenir des concessions des syndicats. Bref, c’est l’éternel discours de la droite néolibérale.

Le comble de la gestionite revient sans doute à Claude Larose qui propose, pour économiser, de réduire de moitié le nombre de conseillers municipaux… comme si le conseil municipal n’était qu’un vulgaire conseil d’administration.

Et la politique bordel?
Québec est actuellement une ville sans projet. Pourtant, ce ne sont pas les enjeux brûlants demandant du leadership politique qui manquent. Il y a quelques dossiers dont on aimerait bien entendre parler.

Immigration: Comment attirer des immigrants-es à Québec et, surtout, les retenir (20% ne restent pas)? Que faire pour favoriser leur intégration à la communauté et au marché du travail? La ville peut-elle jouer un rôle?

Transport: Comment renverser la vapeur et augmenter la part du transport en commun dans les déplacements motorisés? Qui osera appuyer publiquement le projet de tramway ou, au moins, présenter une alternative crédible? (Non, le statu quo bonifié n’est pas une alternative crédible…) A-t-on sérieusement étudié les avenues de la tarification sociale et de la gratuité totale ou partielle avant de les rejeter? Dans un autre ordre d’idées, puisqu’il faut refaire une grande partie de nos infrastructures, ne serait-il pas temps de repenser la place centrale de l’automobile dans nos rues?

Habitation: Quelle place pour les classes populaires, le monde ordinaire, dans la capitale? Presque tous les développements domiciliaires sont faits pour la classe moyenne et les quartiers centraux ont tendance à s’embourgeoiser. Personne n’en parle, mais la construction de logements sociaux est de plus en plus ardue. N’y aurait-il pas lieu d’adopter une politique d’inclusion dans les grands projets? Dans la même veine, à quand une harmonisation des pratiques en matière d’inspection dans les cas de sécurité et de salubrité?

Loisirs: Contrairement à la culture, l’offre de loisirs est complètement soumise à la logique du marché et les organismes sont (très) chichement subventionnés. Pas moyen de faire du sport ou de suivre un cours sans devoir débourser des montants de plus en plus importants. N’est-ce pas légèrement contradictoire à l’heure où l’on veut encourager l’activité physique et «faire bouger les jeunes»?

Services municipaux: Depuis deux ans, on a revu à la baisse l’offre de certains services de base comme la collecte des ordures et le ramassage de la neige. Dans le même temps, la ville branle dans le manche et cherche à échapper à ses nouvelles responsabilités en matières d’incendie, de sécurité publique et de réduction des déchets. Avec des candidats-es qui promettent tous de couper «dans le gras», il y a lieu de s’inquiéter. Quelle position face aux services de base? Quel est le stricte minimum en bas duquel on ne bouge pas? Et comment améliorer les services, notamment en ce qui a trait au recyclage et au compostage?

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Extrait du numéro d'octobre 2007 du journal l'Infobourg.

Maire ou PDG?