Par Nicolas Lefebvre Legault

Récemment, le Comité populaire était sollicité par le conseil de quartier Saint-Jean-Baptiste pour soumettre une opinion sur le développement de l’hébergement touristique dans le faubourg. L’organisme a donc écrit une lettre, dont l’Infobourg a obtenu copie (!), dans laquelle il explique son opposition à l’augmentation du nombre de chambres dans les couettes & café du quartier.

Le risque de touristification
Jadis, le «Vieux-Québec» était un quartier habité. Il y avait autrefois, à l’intérieur des murs de la vieille ville, un quartier vivant, très densément peuplé. Aujourd’hui, il n’y reste plus qu’un décor de carton-pâte et environ 2000 résidants-es. Que s’est-il passé? À la faveur de la rénovation urbaine et de son mythique étalement, des institutions traditionnelles, comme l’Université Laval, ont déserté le secteur, le dévitalisant. La «touristification» a fait le reste. C’était il y a à peine quarante ans.

Sans prétendre que c’est le sort qui attend le quartier, l’équipe du Comité populaire soutient, dans sa missive au conseil de quartier, que «Saint-Jean-Baptiste supporte de plus en plus difficilement la pression exercée par l’industrie touristique qui déborde des frontières du Vieux-Québec». En ce qui a trait à l’offre d’hébergement touristique dans le quartier, l’équilibre semble sur le point d’être rompu et l’organisme dit craindre «la disneylanisation du quartier». Le Comité populaire entend lutter contre «le phénomène qui vise à accommoder les gens «de passage» au détriment de ceux et celles qui demeurent dans Saint-Jean-Baptiste».

Logement vs hébergement
Toujours dans sa lettre au conseil de quartier, le Comité populaire est très clair: il pense que «plus d’hébergement touristique signifie moins d’espaces de logement pour des résidants-es dans le quartier». L’organisme souligne que «lorsque le nombre de chambres en hébergement touristique augmente, c’est généralement au détriment d’unités de logement». Concrètement, de nombreux couettes & café ont pris la place de maisons de chambres. Dans un contexte de pénurie de logements, le quartier n’a pas les moyens de se priver d’unités locatives au profit de l’industrie touristique.

Quel développement?
Pour le comité de citoyens-nes, «un centre-ville vivant implique des quartiers habités et des commerces de proximité visant à répondre aux besoins des résidants-es». Il rappelle que «l’offre en hébergement touristique ne s’adresse vraisemblablement pas aux résidants-es du quartier». A priori, le Comité populaire dit qu’il «n’est pas contre le développement» mais «qu’il faut que ce développement tienne compte des besoins et de la spécificité du quartier». Pour le Comité, «le quartier possède un caractère résidentiel et populaire et il doit demeurer ainsi».

Un vieux consensus
Apparemment, l’organisme communautaire n’est pas le seul à penser comme ça. De fait, ce type de position «pro-résidentielle» faisait autrefois largement consensus dans le faubourg. Ainsi, nulle part dans le Plan directeur de quartier, adopté en 1988 par… le conseil de quartier, il n’est question de soutenir le développement de l’industrie touristique. Au contraire, il est plutôt question de «protéger et confirmer la vocation résidentielle du quartier», d’«assurer le maintien, le développement et la promotion de la vie de quartier» et, finalement, d’«assurer un habitat diversifié, de qualité, sûr et abordable pour l’ensemble de la population»… Cette vision a d’ailleurs été réitérée lors de l’adoption des modifications au règlement de zonage en 2003.

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Extrait du numéro de juillet 2007 de l'Infobourg

Hébergement touristique - Quel développement pour quel quartier ?