«Taschereau n’est pas un bastion souverainiste, c’est un bastion de gauche!»
- Agnès Maltais, le soir des élections (citée dans les «grands» journaux)

Par Nicolas Lefebvre Legault

La montée de la droite s’est arrêtée aux portes de notre circonscription. Dans Taschereau, notre comté, le candidat libéral s’est écrasé, l’adéquiste a plafonné et la péquiste s’est maintenue. Mieux: Agnès Maltais augmente sensiblement sa majorité même si les tiers partis doublent leurs appuis. Tel un irréductible village gaulois, le centre-ville échappe à la droite libérale et adéquiste. On a eu chaud mais l’honneur est sauf!

À contre-courant
Alors que, scrutin après scrutin, la montée d’une nouvelle droite populiste se confirme dans la région, le centre-ville de Québec est complètement à contre-courant. Dans tous les autres comtés, les partisans-es de la droite forment la nouvelle majorité sociopolitique. Pas ici. Même en additionnant les votes adéquistes et libéraux, on n’arrive pas à la moitié des voix exprimées. En fait, dans le comté, la droite est même en recul: son score combiné a baissé de 5% depuis la dernière élection.

L’ADQ a certes progressé: elle est maintenant deuxième avec 28% des suffrages exprimés mais, pour la première fois, elle n’a pas obtenu son score national dans le comté. Autrement dit, elle a plafonné. Le PLQ, lui, s’est carrément écrasé. En troisième place avec 21% des suffrages, il obtient sont plus bas score à vie. Avec 37% des voix, le PQ est légèrement en recul (-2%) mais le parti réussit tout de même à creuser sensiblement l’écart avec son plus proche concurrent. Aux dernières élections, le PQ n’avait obtenu que 1 690 votes de plus que les libéraux. Cette fois-ci, ce sont 3 178 votes qui le séparent de l’ADQ.

Tiers partis
L’ampleur de la victoire d’Agnès Maltais est assez remarquable dans la mesure où la progression des tiers partis est importante: ils sont passés de 7 à 14% des voix entre 2003 et 2007. Le taux de participation ayant à peine frémi (+ 1%), les gains des tiers partis se sont nécessairement faits à l’encontre de l’une ou l’autre des formations représentées à l’Assemblée nationale. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, ce n’est pas le PQ qui a principalement écopé mais bien la droite. Comment cela est-il possible?

Il semble que Québec solidaire ait réussi à capter une partie du vote de protestation qui ailleurs est allé aux adéquistes. Nos sources nous indiquent que le pointage a révélé un nombre important d’électeurs hésitant jusqu’à la dernière minute entre QS et l’ADQ. La plus importante campagne de gauche depuis le Sommet des Amériques a permis de freiner la montée de la droite dans le centre-ville. A priori, la présence d’une gauche contestataire, critique du statu quo et des élites, semble utile politiquement. Ce n’est pas rien.

Minoritaires
Ces résultats encourageants dans le comté de Taschereau ne doivent pas nous faire oublier la situation politique globale qui, avouons-le, n’a rien de réjouissante. L’élection d’un gouvernement minoritaire n’est pas une mauvaise nouvelle en soi, au contraire, mais que le rôle d’opposition officielle échoit à une formation encore plus à droite que le gouvernement n’augure rien de bon.

Les habitants-es du centre-ville de Québec se voient un fois de plus confirmés-es dans leur statut de minoritaires. Politiquement, nous allons à contre-courant de toute la région et «nos» élus-es sont maintenant dans l’opposition à tous les paliers de gouvernement. Alors qu’ailleurs c’est la droite qui cartonne, ici c’est une certaine gauche qui surnage. Socialement aussi, nous sommes minoritaires et en voie de marginalisation accélérée. Ce qui domine actuellement, ce sont les humeurs revanchardes d’une certaine élite de banlieue et les problèmes, réels et présumés, de la classe moyenne. En tant qu’urbains, nous sommes l’objet de moqueries, quand ce n’est pas carrément de mépris, et nos problèmes de logement, de pauvreté, de jobines, de transport en commun et Cie n’attirent plus l’attention puisque plus personne ne semble vouloir courtiser nos votes.

Ruptures
Historiquement, la région de Québec vote «du bon bord», c’est-à-dire qu’elle est presque toujours au gouvernement. L’élection d’une majorité de députés-es adéquistes dans la région est en ce sens une rupture avec la tradition. L’histoire dira si c’était un vote précurseur d’une grande tendance à venir. Ceci dit, le centre-ville aussi est fâché avec sa tendance historique à «voter du bon bord». Quatre mandats péquistes d’affilée, dont deux dans l’opposition, c’est du jamais vu. Ici aussi il y a rupture politique. Qu’est-ce qui a changé au début des années 1990 qui pourrait l’expliquer?

La présence massive des groupes communautaires et de leurs médias, comme l’Infobourg et Droit de parole, explique en partie pourquoi le centre-ville prend une direction opposée à celle des banlieues. Pendant que les uns syntonisent CHOI Radio X, les autres écoutent CKIA Radio Basse-ville ou CKRL. Deux visions radicalement opposées. Les élections traduisent l’état des rapports de force à un moment précis. Actuellement, la situation est très mouvante et il n’y a toujours pas de bloc politique dominant. Gardons donc le pessimisme pour des jours meilleurs. La gauche sociale n’a pas le droit de baisser les bras. Pas maintenant. Avec Jean Charest dans le fauteuil du premier ministre et Mario Dumont dans celui du chef de l’opposition, les militants-es sont aussi bien d’attacher leur tuque parce que ça va rocker! En route pour de nouvelles aventures…

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Extrait du numéro de juin 2007 du journal l'Infobourg

Analyse post-électorale - Le village gaulois de Québec