Par L’équipe de rédaction

Un an et demi après le démarrage de la coopérative l’Escalier, il n’y a toujours pas de chantier en cours sur l’îlot Berthelot. Pourtant, ce projet de coopérative d’habitation est toujours vivant. Mais sa nature a beaucoup changé, notamment à cause des décisions imposées par les bureaucrates de la Ville de Québec et aussi sous les contrecoups de péripéties politiques rocambolesques.

La coop L’Escalier
Au départ, on projetait la construction de 45 unités de logement dans un seul bâtiment sur les terrains de l’îlot Berthelot longeant le boulevard René-Lévesque. L’Escalier venait s’ajouter à un projet déjà existant de 30 unités de logement, la coopérative du Sommet. L’administration municipale de l’époque (RMQ) avait réservé à l’Escalier ces 45 unités de logement dans le cadre du programme Accès-Logis, qui permet à la moitié des locataires d’une coopérative d’obtenir des suppléments au loyer. Ces suppléments sont des subventions qui aident les ménages à faibles revenus à ne payer que 25% de leur revenu (comme dans un HLM), le gouvernement comblant la différence.

L’administration municipale (RMQ) avait aussi promis de faire voter une subvention spéciale pour absorber les dépassements de coûts liés au site de la coop, mais cette promesse n’a jamais été tenue. Entre-temps les élections de novembre 2006 ont porté au pouvoir une mairesse réactionnaire, hostile par principe au logement social.

Fonctionnaires
C’est dans cette conjoncture que, pendant les premiers mois de 2006, les fonctionnaires de la Ville ont pris le contrôle total du projet. Ils et elles ont d’abord imposé un seul projet de 62 logements en deux bâtiments occupant l’ensemble des terrains vacants de l’îlot Berthelot. La logique de ce choix est purement comptable: plus de logements permettent d’obtenir plus de subventions. Mais il y a pire: ce gonflement du projet était assorti d’une nouvelle désastreuse. Le contexte politique imposait que le projet se réalise dans le programme Logement abordable. Ce programme verse proportionnellement plus d’argent pour les coûts de construction, faisant disparaître la nécessité d’une subvention extraordinaire de la Ville. Le problème est qu’il n’accorde aucun supplément au loyer, dénaturant ainsi le projet mis de l’avant par l’Escalier. La conséquence a été d’exclure plusieurs membres fondateurs qui n’avaient plus les moyens de payer le plein prix pour un logement dans la coopérative.

Acculé-es au pied du mur, les membres de l’Escalier ont néanmoins accepté, à contrecœur, la nouvelle version du projet, se disant qu’une coop, même sans suppléments au loyer, était encore préférable à la construction d’un hôtel ou de condos de luxe.

La mairesse
C’est sur cette base que l’Escalier a reçu, en juin dernier, un engagement conditionnel de la Ville, en tant que mandataire de la Société d’habitation du Québec (SHQ). Cet engagement est un accord de principe pour verser les subventions requises pour construire la coopérative. En septembre, la Ville et le conseil d’agglomération votaient une résolution cédant les terrains de l’îlot Berthelot à l’Escalier. C’est alors que la tempête politique s’est levée.

Aigrie par la tournure des événements, la mairesse Boucher s’est déchaînée publiquement contre le logement social en général et la coopérative l’Escalier en particulier. Apparemment inspirée par le fiel de la mairesse, la ministre responsable de l’habitation, Nathalie Normandeau, déclarait publiquement que la coop coûtait trop cher et que le projet n’était pas acceptable. Pourtant, la version du projet alors sur la table respectait tous les barèmes de la SHQ...
Fonctionnaires (bis)
Ce sinistre vaudeville a abouti à un revirement absurde. Les fonctionnaires de la Ville ont décrété que le projet qu’ils et elles avaient eux-mêmes approuvé ne convenait plus. Nouvelle décision unilatérale de nos bons bureaucrates: il fallait augmenter le nombre de logements pour en diminuer le coût unitaire. En tripotant les plans des bâtiments, les fonctionnaires imposent de diviser en deux de nombreux grands logements, ce qui fait que moins de familles avec plusieurs enfants pourront habiter la coop.

La dernière version du projet prévoit 79 unités de logement. Rien ne dit que c’est la version définitive. Les caprices autoritaires d’hier laissent redouter d’autres blocages pour demain.

Avenir
Au moins un point positif ressort de toute cette histoire: il y a présentement beaucoup de place dans l’Escalier! Plus de la moitié des logements n’ont pas encore été attribués et un deuxième processus de sélection devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. Mais en imposant le programme Logement abordable qui prive la coop de suppléments au loyer, c’est tout le quartier Saint-Jean-Baptiste qui perd près de 40 logements pour accueillir des ménages à très faibles revenus. Peut-on appeler ça du logement social à bas loyer? De toute évidence, non. Les loyers de la coopérative seront en effet très près du «prix du marché».

*fonfons = fonctionnaires
et bebelle comme dans «ils se jouent de nous»

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Extrait du numéro de décembre 2006, du journal l'Infobourg.

Le logement social: Une «bebelle» de fonfons*?