(Cette lettre ouverte a été publiée dans le Journal de Québec et Le Soleil le 30 août 2006.)

Par Chantal Gauthier pour les membres du conseil d’administration de la coopérative d’habitation L’Escalier

La coopérative d’habitation L’Escalier est devenue subitement célèbre à la suite des déclarations publiques de la mairesse Andrée Boucher et de la ministre provinciale de l’Habitation, Nathalie Normandeau. Hélas, leurs propos ont induit la population en erreur et ont porté préjudice aux membres de la coopérative d’habitation L’Escalier et à l’ensemble du mouvement coopératif. Nous, membres du conseil d’administration de la coopérative, nous sentons tenus de rectifier les faits.

On a dit et répété que les coûts de construction d’un logement dans la coopérative L’Escalier équivalaient à 161 000$. Les chiffres avancés représentent plutôt les coûts totaux de réalisation du projet divisé par le nombre de logements (62 au total) et non les coûts de construction par unité de logements. Ces coûtsts avoisinent plutôt les 120 000$ avant taxes par unité, alors que la moyenne provinciale pour les logements en coopérative tourne autour de 100 000$. Les coûts de construction d’un projet d’habitation ne sont qu’un élément – très important en effet, mais pas le seul – d’un budget total de réalisation. Ce dernier comprend, en plus des coûts de construction, les honoraires professionnels (notaire, architectes, ingénieurs, arpenteurs, groupe de ressources techniques, etc.) et dans notre cas, les frais de décontamination du terrain, les analyses environnementales du terrain, les études de sol, les infrastructures, le raccordement aux services publics et la TPS/TVQ, etc. Si l’on tient compte du fait que le projet de la coopérative prévoit la réalisation de plus des deux tiers des logements dans une typologie de 3 et de 4 chambres à coucher pour les familles, les coûts de construction réels prennent une autre dimension.

Les coûts plus élevés que la moyenne s’expliquent par plusieurs facteurs. L’Îlot Berthelot est très exigu et comporte plusieurs pentes abruptes, ce qui rend complexe toute construction sur ce site. Le sol est contaminé dans la portion sud du terrain et il contient de la pyrite, ce qui nécessite de prendre des techniques de construction plus coûteuses. De plus, construire sur ce site exige que l’on satisfasse à des exigences urbanistiques particulières, ce qui entraîne des coûts supplémentaires. Toute construction sur ce site aurait rencontré les mêmes obstacles et tous les projets du passé qui ont échoué – y compris ceux de promoteurs privés – impliquaient un financement public important. Incidemment, le terrain que nous avons obtenu a été jadis acheté par la Ville précisément pour y créer des logements accessibles aux gens du quartier en guise de compensation pour la perte d'espace résidentiel engendrée par le construction du Centre des congrès.

Malgré toutes ces difficultés, le 22 juin dernier, la Société d’habitation du Québec (SHQ) et la Ville de Québec se sont engagées à verser les subventions prévues par le programme Logement Abordable Québec, ainsi que par d’autres programmes auxquels nous sommes admissibles. La SHQ nous a confirmé que notre budget de réalisation respecte les normes exigées, et la ministre de l’Habitation ne peut pas, arbitrairement, nous obliger à quémander une approbation que nous avons déjà obtenue.

Notre projet répondra à des normes de modestie imposées par le guide de la construction de la SHQ; on est loin des condos de luxe que le groupe Casot voulait construire sur le même terrain et qui n’ont jamais trouvé preneurEs!

Les membres de la coopérative sont pour la majorité des ménages à revenu modeste. La coopérative d’habitation L’Escalier répond à un besoin criant en logements à prix accessibles dans le centre-ville de Québec. Notre politique de sélection, adoptée démocratiquement par la trentaine de ménages impliqués dans le projet, accorde une place importante aux besoins économiques des personnes à faible revenu.

La richesse du centre-ville dépend de sa diversité. Les coopératives d’habitation y ont leur place et nous préférons une ville où chacunE a le choix de vivre là où il / elle l’entend.

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Coopérative d’habitation L’Escalier : rectifions les faits