Par Nicolas Lefebvre Legault

Depuis le 6 novembre, le district des Faubourgs a un nouveau conseiller municipal : Pierre Maheux, qui remplace Lynda Cloutier. Comme nous l’avions rencontré avant les élections, l’Infobourg a voulu savoir comment le « petit nouveau » vivait ses premiers pas en tant que conseiller et ce qu’il pense des dossiers de l’heure dans le quartier. Il nous a rencontrés, malgré une bronchite (la deuxième de l’hiver!).

Premières impressions

« J’ai fréquenté l’Hôtel de ville dans le passé comme attaché de Réjean Lemoyne [l’ancien conseiller indépendant de Saint-Roch], mais c’est très différent dans la peau d’un élu, dit Pierre Maheux. C’est plus stressant, plus cérémoniel. » La différence fondamentale entre le citoyen engagé et l’élu, pour le nouveau conseiller, c’est que l’élu se retrouve responsable et imputable devant ses commettant-es. Il refuse toutefois de se laisser trop impressionner: « Il ne faut jamais oublier qu’à la base, c’est une assemblée d’humains, philosophe Pierre Maheux. Indépendamment des partis et des positions, on échange avec tout le monde… ou presque. »

Être ou ne pas être dans l’opposition

Et comment on se sent dans l’opposition? Le conseiller du Renouveau municipal de Québec (RMQ) rappelle d’abord que son parti, même dans l’opposition, est majoritaire au conseil de ville. « On a une bonne partie du pouvoir législatif mais pas le pouvoir exécutif, qui est entre les mains de la mairesse, explique Pierre Maheux. Ça fait qu’on ne peut pas appliquer la totalité de notre programme, mais bon, la mairesse non plus, même si elle a été élue, ce que personne ne peut nier… Pour l’instant, j’apprends à dealer avec la machine. » Selon Pierre Maheux, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a une situation particulière en ce moment à l’Hôtel de ville : « Les citoyen-nes peuvent suivre le roman savon de l’Hôtel de ville dans les journaux. »

De quelle marge de manœuvre dispose un conseiller dans l’opposition? « Je l’explore, la marge de manœuvre, je la découvre, c’est l’fun, dit-il. Je commence aussi à découvrir ses limites et, ça, c’est moins l’fun... » Selon Pierre Maheux, il y a « les limites que la machine t’impose, les limites réglementaires, les limites des délais. Je continue de penser qu’on peut faire avancer des choses, dit-il. Peut-être pas au rythme que j’aurais voulu, peut-être pas autant, peut-être pas aussi loin, mais quand même. » À croire que notre conseiller prépare déjà le terrain des désillusions...

Et dans le quartier?

Des enjeux plus spécifiques touchent directement Saint-Jean-Baptiste. Pierre Maheux a une opinion, plus ou moins tranchée selon les cas, sur plusieurs d’entre eux.

Stationnement et circulation de transit

« Il va y avoir une consultation sur toute la problématique du stationnement et des vignettes dans Saint-Jean-Baptiste », dit Pierre Maheux. Pour ce qui est de la circulation de transit sur la rue d’Aiguillon, c’est une autre paire de manches. « Il y a un consensus du conseil de quartier qui n’est pas respecté, reconnaît-il. À la division des transports, on m’a dit que la solution adoptée suite aux consultations publiques d’il y a un an était toujours à l’étude. » Apparemment, les fonctionnaires n’ont pas fini d’étudier les impacts sur les autres rues de cette proposition, qui émane pourtant de leurs propres services… « Il y a encore du travail à faire », soupire le conseiller.

Îlot Berthelot : des condos avant les coops?

Le 6 mars dernier, le conseil de ville a voté la vente d’un lot de terrain aux Entreprises Jean Taillon Inc. pour que se développe un projet de sept condos et quatre commerces donnant sur René-Lévesque, entre les rues Antonio-Barrette et de la Chevrotière. Historiquement, il s’agit là d’une des têtes d’îlot de l’îlot Berthelot. Pierre Maheux a voté pour... « Le terrain était à vendre, c’est même notre administration qui avait engagé le processus, se rappelle-t-il. Dans le contexte actuel des coûts de construction, c’était clair que ça ne serait pas du logement locatif... » Selon lui, toutes les règles ont été respectées dans le processus. « Dans le dossier des coopératives d’habitation à l’îlot Berthelot, il y a eu des imprévus, se justifie-t-il. Je pensais que c’était réglé et je me suis rendu compte en décembre que ça ne l’était pas... Je parlais des limites et des frustrations tantôt, en voilà une. » Tout de même, on risque de voir des condos arriver sur les lieux avant du logement social! Qu’en pense celui qui en faisait une priorité avant l’élection? « Ce serait effectivement plate que les condos soient livrés avant les coops, avoue-t-il, mais on va travailler pour que les coops se fassent dans les meilleurs délais. » Sans commentaires. (Les tempéraments bouillonnent au local du Comité populaire... les militant-es ne laisseront certainement pas passer ça comme une lettre à la poste)

De l’hôtellerie sur Saint-Jean?

Récemment, le couette et café des Tourelles a demandé une révision du zonage afin de pouvoir exploiter 13 chambres au lieu de 9 (alors qu’officiellement, il n’a droit qu’à 5 chambres). La séance de travail du conseil de quartier sur le dossier a été passablement agitée. Pour Pierre Maheux, il s’agit d’une question de principe : changer le zonage signifierait permettre des établissements pouvant abriter jusqu’à 39 chambres. « Je les ai rencontrés et ce qu’ils veulent faire est intéressant, dit-il, mais ça n’est pas inclus dans le plan directeur de quartier : le consensus du plan, c’était qu’on ne voulait pas d’hôtellerie sur la rue Saint-Jean. (…) Au delà du fait que les promoteurs soient du ben bon monde, poursuit le conseiller, la vraie question c’est : « Est-ce qu’on peut se permettre de mettre en danger une partie du stock de logements dans le centre-ville? » Pour Pierre Maheux, changer le zonage ouvrirait une brèche : « Peut-on se permettre de revenir en arrière sur la question de l’hôtellerie sur la rue Saint-Jean alors qu’il y a eu de longues luttes là-dessus? Les sons de cloche que j’ai eus, c’est non. »

Espoir et déception

Honnêtement, nous avons été désagréablement surpris de la teneur de cette entrevue avec l’acolyte d’Ann Bourget au RMQ : nous aurions aimé retrouver un conseiller moins blasé et plus combatif, surtout dans les enjeux qui l’ont fait élire (voir l’encadré). Même si Pierre Maheux parle beaucoup, il nous a semblé tourner souvent autour du pot... comme quoi, le métier de politicien rentre vite. Espérons que le printemps rendra la santé et la fougue à l’ancien militant communautaire.

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Extrait du numéro d'avril 2006 du journal l'Infobourg.

Entretien avec Pierre Maheux