par Michelle Briand et Nicolas Lefebvre Legault

Alors que les grands médias se concentrent essentiellement sur les chefs, nous avons voulu en savoir plus sur les personnes qui veulent représenter le district des Faubourgs à l’Hôtel de ville. À l’origine, nous voulions rencontrer les représentantEs de tous les partis, mais cela s’est avéré impossible, notamment parce qu’au moment d’écrire ces lignes, l’Action civique de Québec n’avait pas encore trouvé de candidatE dans le district. L’Infobourg a donc rencontré Nicole Tremblay, de Vision Québec, et Pierre Maheux, du Renouveau municipal de Québec (RMQ).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est peut-être bon de rappeler que depuis les fusions, notre quartier n’a plus de représentantE en propre à l’Hôtel de ville. Nous avons en effet été jumelés à Saint-Roch pour les besoins du découpage électoral. Le district des Faubourgs est l’un des plus populeux de la ville et certainement l’un de ceux où la société civile est la plus densément organisée.

Des gens de Saint-Roch
Nicole Tremblay est née sur la rue Dorchester, dans l’appartement au-dessus de la tabagie Tremblay. Commerçante très impliquée dans son quartier, elle suit les traces de son père, qui a été conseiller municipal pendant 12 ans dans les années 1970 et 1980. Elle fut la fondatrice de la Corporation des gens d’affaires de Saint-Roch (l’une des deux associations de gens d’affaires du quartier) et de Saint-Roch en fête. Siégeant au conseil de quartier à titre de représentante des gens d’affaires, elle a été de toutes les consultations des dernières années, notamment sur le transport en commun. « J’ai décidé de devenir candidate pour harmoniser les relations entre les résidantEs et les commerçantEs », dit-elle. Nicole Tremblay entend se dévouer pour son quartier comme elle a vu son père le faire avant elle.

Pierre Maheux, de son côté, vit en basse-ville depuis 28 ans, et, plus précisément, dans une coopérative de la paroisse Saint-Roch depuis 20 ans. Il travaille depuis 16 ans dans le milieu de l’itinérance. Il a notamment travaillé au Projet d’intervention prostitution de Québec, au journal La Quête et, plus récemment, au Regroupement d’aide aux itinérantEs de Québec, dont il est le coordonnateur. Pendant cinq ans, il a également été représentant du milieu communautaire au conseil d’administration de feu la Régie régionale de la santé et des services sociaux. « J’ai décidé d’aller en politique pour porter les valeurs du milieu communautaire », dit celui qui estime « qu’il y a un défi intéressant au centre-ville ».

Les promesses électorales
D’un bord comme de l’autre, on nous assure que le programme du parti et les engagements des candidatEs sont « une bible ». (L’une et l’autre ont utilisé l’expression!) Les priorités de Pierre Maheux sont de finaliser les projets de coopératives d’habitation de l’îlot Berthelot au plus vite (et de faire globalement plus de coop et d’osbl, à la pointe aux Lièvres notamment), de mettre sur pied un centre communautaire digne de ce nom à Saint-Roch, de soutenir les initiatives d’aménagement urbain et de diminuer la circulation de transit au centre-ville. Pour Nicole Tremblay, les priorités sont le transport en commun et la circulation automobile (qu’elle veut diminuer pour faire plus de place aux autobus, aux piétons et aux vélos). Elle entend aussi miser sur l’art et sur le caractère unique du centre-ville pour le développement économique et touristique. En fait, Vision Québec offre, dans son programme global, un pont d’or à l’industrie touristique. Tous deux veulent défendre les intérêts des citoyenNEs de leur district à l’Hôtel de ville. (Tiens donc!)

Et le logement?
Pierre Maheux s’engage, s’il est élu, à tout faire pour que les coopératives de l’îlot Berthelot voient le jour et qu’elles soient accessibles à tous les types de revenus. Il préconise la création d’une réserve foncière municipale afin de faciliter la réalisation de logements sociaux. Pour lui, le problème fondamental du logement social à Québec est lié au fait qu’il n’y a tout simplement pas assez d’argent dans les programmes. Dans ce contexte, il pense qu’il faut que la Ville fasse pression sur les paliers supérieurs de gouvernement (notamment sur le fédéral). Il est finalement favorable aux HLM, qui, selon lui, répondent à un besoin.

Du côté de Vision Québec, on est un peu moins à l’aise avec le dossier du logement social. Nicole Tremblay souligne qu’elle est en faveur des coopératives, et que son chef l’est également. (Marc Bellemare a fondé, dans sa jeunesse, une coopérative d’habitation dont il a été le président.) Cependant, ce sont les attachéEs de presse qui l’accompagnaient qui ont amené des précisions, au sujet de l’îlot Berthelot d’abord : « Il y a un terrain d’acheté, il y a une volonté populaire mais la Ville n’agit pas. Quand tout le monde sera d’accord, nous, on va foncer. On va faire le maximum pour que ça se fasse. Il ne s’agit plus de faire des promesses mais d’agir. » Pour ce qui est des HLM, on nous souligne que le parti a une nette préférence pour les coopératives d’habitation : « C’est la formule qui tient à coeur à Marc Bellemare, c’est celle qu’il a vécue et c’est celle en laquelle il croit. » Toujours selon les attachéEs de presse, « Vision Québec n’est pas contre les HLM, loin de là, mais… »

L’épreuve du pouvoir
Sur papier, peu de choses différencient les deux candidatEs. Pourtant... milieu d’origine, occupation professionnelle, type d’implication, etc. : on peut difficilement imaginer un contraste plus fort entre deux candidatEs. Ça paraissait d’ailleurs en entrevue. Pierre Maheux s’est présenté seul à nos locaux, avec son lunch, et nous a jasé ça pendant une heure. Nicole Tremblay, au contraire, nous a amenéEs sur son terrain, dans les sinistres locaux de Vision Québec, pour faire l’entrevue entourée de deux attachéEs de presse. Elle avait peur qu’on essaie de la tasser dans un coin et nous a demandé à plusieurs reprises si on posait les mêmes questions à touTEs les candidatEs. (NDLR : oui.) Une fois la glace brisée, elle s’est révélée facile d’approche et assez simple, finalement.

La question du rôle du conseiller ou de la conseillère par rapport au quartier peut aider à départager les candidatEs. Comment réagir, en effet, quand les intérêts des commerçantEs et des résidantEs entrent en contradiction? Nicole Tremblay est persuadée qu’elle pourra dégager des consensus et aplanir les différences. Comme elle le dit, elle tient à son quartier parce qu’elle y est née, mais en même temps, c’est une femme d’affaires. Pierre Maheux avoue candidement que même s’il n’est pas un anti-commerçants primaire, il a un net préjugé favorable envers les résidantEs. Pour l’instant, le candidat du RMQ réfléchit encore au pouvoir qu’il exercera dans une perspective de mouvement social, avec sa logique de rapport de force et ses stratégies d’alliances ponctuelles. Le problème, c’est qu’il ne semble pas saisir que s’il est élu, il n’aura plus de filet. Il ne pourra plus se retourner vers son conseil d’administration ou vers les instances du mouvement social pour valider ses mandats et orchestrer ses plans de bataille. Qu’est-ce qu’il va faire quand il va se retrouver fin seul de sa gang à l’Hôtel de ville, pogné entre les impératifs de son parti et les contradictions qui déchirent son quartier?

En fin de compte, si l’unE des deux candidatEs que nous avons rencontréEs est éluE, il y aura une grosse période d’adaptation à traverser avant de savoir jusqu’où on peut compter sur son influence, et ce qui est réellement caché dans ses manches.

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Extrait du numéro d'automne 2005 du journal l'Infobourg.

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