Québec, le 1er octobre 2026 – Dans le cadre de la Riposte populaire* et répondant à l’appel de la section de Québec** de la Coalition contre le logement cher (COLOC), plusieurs dizaines de militant·es pour le droit au logement se sont rassemblé·es devant l’Assemblée nationale, sur l’heure du dîner, pour interpeller les « futur·es locataires » de l’institution. À l’image de la traditionnelle pendaison de crémaillère, les groupes présents sont arrivés avec des cadeaux de bienvenue sous forme d’engagements fermes : inscrire le droit au logement dans la Charte des droits et libertés du Québec, mettre en place un réel contrôle des loyers et développer massivement du logement social.
Pour le porte-parole de l’action, William Demers, « les aspirant·es locataires de l’Assemblée nationale doivent s’outiller d’instruments solides, structurants et pérennes pour redresser la situation de l’habitation au Québec et pour lutter efficacement contre la crise du logement. On ne peut pas prétendre gouverner une société en ignorant les principales victimes de la crise du logement locatif : les locataires. »
Reconnaissance du droit au logement dans la Charte
Le droit au logement est un droit fondamental reconnu par le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels et par le Canada, signataire du Pacte. Or, l'absence de reconnaissance du droit au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne limite la pleine réalisation de ce droit au Québec. Dans l’actuelle campagne électorale, un seul parti s'engage à l‘y inscrire, laissant ainsi présager l’absence de volonté pour les autres de venir remédier à la situation. « Les partis sont vites sur la gâchette pour dire vouloir s'attaquer aux crises du logement et de l’itinérance, mais ils ne vont pas au bout de la réflexion. » rapporte le porte-parole. « S’ils le faisaient, ils en viendraient vite à la conclusion que la reconnaissance de ce droit est une des premières mesures à adopter. » Une fois inclus dans la Charte, les gouvernements successifs se verraient obligés de prendre les moyens nécessaires pour le mettre en œuvre.
Pour un réel contrôle des loyers
Un contrôle obligatoire et universel, de même qu’un registre des loyers figurent parmi les mesures structurantes mises de l’avant par les groupes de la COLOC. En effet, malgré une augmentation significative de l’offre de logements, la crise n’a pas cessé de causer des dégâts. Les loyers ont continué à monter en flèche, bien que le taux d’inoccupation général ait augmenté à Québec. De 2024 à 2025, ce dernier est passé respectivement de 0,8% à 2,2%, selon les données de la SCHL. Cependant, pour les logements de moins de 1200$/mois, le taux d’inoccupation continue à être sous la barre du 1,5%.
Le loyer médian à Québec a augmenté de près de 30% de 2022 à 2025, soit une hausse dépassant largement l’augmentation des revenus des ménages locataires. Selon la SCHL, cette situation ne risque pas de s’améliorer significativement dans les deux prochaines années. En ce sens, William Demers interpelle les actuel·les candidat·es pour « qu’ils et elles comprennent que la crise du logement n’est pas qu’une question de statistiques. Derrière les chiffres, on trouve des vies humaines. Instaurer un réel contrôle des loyers et un registre national n’est pas seulement une réponse face à la flambée des prix des loyers, c’est aussi la volonté de sécuriser la vie quotidienne des locataires en réduisant l’arbitraire du marché privé et de la propriété lucrative. »
Développer massivement le logement social
À l’heure où les principaux partis mettent de l’avant l’idée de stimuler l’offre de logements comme sortie de crise, peu d’entre eux s’intéressent réellement à ce qui se construit concrètement. Les groupes de Québec insistent pour dire que le problème est de taille, car les futurs élu·es seront devant un choix fondamental.
En effet, souligne M. Demers, « c’est de l’entêtement idéologique des décideur·euses et expert·es actue·les de prétendre qu’il faut abstraitement plus de logements. Le privé continue de travailler pour son intérêt particulier et lucratif. La stratégie de la CAQ pendant ses deux mandats a consisté à saccager le modèle du logement social au profit des spéculateurs et des rentiers, et voilà où ça nous a mené. Ce qu’il nous faut, en revanche, c’est un gouvernement qui répondra aux besoins des ménages locataires, a fortiori ceux à faibles et modestes revenus. Et ça, ça passe par la construction massive de logements sociaux pour qu’ils atteignent 20% du parc locatif d’ici 2040. »
Pour les membres de la COLOC, l’adjectif « social » est important, car il s’agit de coopératives d’habitation, de HLM et d’OSBL d’habitation, dont les loyers respectent la capacité de payer des locataires, car ils ne découlent pas directement et expressément du marché privé comme les loyers dits “abordables” et “abordables intermédiaires”. À noter que selon le recensement de 2021, un ménage locataire sur quatre consacrait 30% et plus de ses revenus pour se loger à Québec.
Pour les militant·es présent·es aujourd’hui, les revendications portées par la COLOC ne sont que des outils de base pour permettre à plus de 40% des ménages du Québec d’enfin pouvoir dormir l’esprit tranquille. « Il est grand temps d’en finir avec le dilemme existentiel de payer le loyer ou l’épicerie », conclut M. Demers.
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* La Riposte populaire est un appel à l’action d’une coalition de groupes, dont le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ). Partout au Québec, du 25 septembre au 3 octobre, des groupes s’organisent contre la vie chère, la dérive autoritaire et le climat précaire.
** Il s'agit du Bureau d’animation et information logement du Québec métropolitain, du Comité logement d’aide de Québec ouest, du Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur, de la Table citoyenne Littoral Est, du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste et de La Ruche Vanier.