Par Marie-Ève Duchesne
Le 2 avril dernier, le financement tant attendu pour le projet Patrotôt était enfin annoncé. Une excellente nouvelle pour les acteur·rices mobilisé·es dans les dernières années et, encore plus, pour les citoyen·nes qui ont lutté avec acharnement depuis près de 40 ans pour obtenir ce site. L’Îlot Saint-Vincent-de-Paul, situé au sommet de la côte d’Abraham à Québec, est le premier projet confirmé dans le cadre d’un partenariat avec Maisons Canada*. Le projet représente un investissement total estimé à 55,7 millions de dollars, et est rendu possible grâce à la contribution de tous les paliers gouvernementaux, le fédéral, le provincial et le municipal.
C’est le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste qui, dans les dernières décennies, avait repris le flambeau de la mobilisation** pour ce terrain et qui portait une revendication de réappropriation à 100 % par la communauté en exigeant du logement social, un jardin, un parc et un CPE sur ce site. L’annonce officielle d’un financement attaché pour un projet répondant à une mixité de besoins est reçue comme une excellente nouvelle pour l’organisme. En effet, on y trouvera 150 logements, dont 120 logements sociaux sous une tenure d’OSBL d’habitation, une promenade publique sur le bord de la falaise, un jardin communautaire et un CPE. Mais, le Compop considère tout de même qu’il s’agit d’une victoire… à 80 %.
En effet, l’annonce pour le financement inclus dans le projet 20 % de logements « abordables intermédiaires », un concept introduit dans les programmes par la Coalition Avenir Québec (CAQ) et actuellement prisé par la Société d’habitation du Québec (SHQ). Le logement intermédiaire est un logement dont le prix maximal est fixé à 150 % des loyers plafonds définis dans le Programme d’habitation abordable du Québec (PHAQ). « On parle de logements qui actuellement tourneraient autour de 1 400 $ par mois pour un 3 et demi et 1 600 $ par mois pour un 4 et demi. Dans un contexte où la cherté du loyer fait déjà des ravages, qui va pouvoir se payer ces logements ? Comment le gouvernement provincial peut-il justifier le besoin de quatre et demi à 1 600 $ ? Nous avons besoin de logements sociaux, de logements que l’on peut réellement se payer. Les logements intermédiaires n’aident en rien à la situation ; ils font baisser la facture du gouvernement du Québec au détriment des ménages les plus pauvres », s’est indigné Nicolas Villamarin Bonilla, porte-parole pour le Compop.
Un discours incohérent
Pour le Compop, cette volonté caquiste d’imposer du logement intermédiaire est un non-sens. « Comment la CAQ peut-elle justifier ce choix alors qu’elle vient elle-même de déposer le projet de loi 20 (concernant la “Loi visant à favoriser l’accès au logement et modifiant diverses dispositions concernant le domaine de l’habitation”), qui introduit l’idée d’un revenu maximal par ménage pour pouvoir vivre dans un logement social non subventionné ? D’un côté, on exige des revenus plus modestes pour pouvoir y accéder et, de l’autre, on exige également des loyers dont les ménages à revenus plus modestes ne pourront pas se payer. C’est insensé ! », a ajouté le porte-parole.
Des économies de bouts de chandelles
Pour le Comité populaire, il est clair que l’utilisation du logement intermédiaire n’est qu’une question d’économies. « Tout ce que l’on cherche en introduisant du logement intermédiaire, c’est de faire baisser la facture du gouvernement. Aucune justification ne peut expliquer l’arrivée du logement intermédiaire dans le projet. Quelle sera la prochaine étape ? Nous imposer seulement des studios afin de faire plus de portes au même prix ? Il serait peut-être temps que la CAQ se rappelle la mission de la SHQ, qui est de favoriser l’accès des citoyen·nes à des conditions adéquates de logement plutôt que de jouer au promoteur privé qui cherche à économiser dans un contexte de crise d’abordabilité », a conclu le porte-parole.
Le Comité populaire rappelle que ce terrain devait revenir à 100 % à la communauté. L’imposition de 20 % de logements intermédiaires est une trahison par la CAQ et la SHQ de la volonté locale. Le Compop entend mettre la pression nécessaire dans les prochaines semaines et les prochains mois pour aller récupérer ce qui revient à la communauté. D’ailleurs, l’organisme en fera une priorité locale en vue des prochaines élections provinciales.
* En septembre 2025, le premier ministre Mark Carney avait présenté Maisons Canada comme une « nouvelle approche ambitieuse » avec « des investissements sans précédent afin d’augmenter l’offre de logements au Canada ». Or, malgré l’annonce en grande pompe, plusieurs détails sont restés flous concernant la nature de ces investissements, notamment la part consacrée aux subventions, les seuils d’abordabilité que le nouvel organisme appliquera et le nombre de ces logements qui seront réellement accessibles financièrement pour les ménages locataires à faible et modeste revenus et pour ceux en situation d’itinérance.