Par Mathieu Nicolet

Vous connaissez tous et toutes la suite. Au terme d’une campagne électorale globalement insigni ante, le maire sortant Régis Labeaume a été reconduit dans ses fonctions avec 55,3 % des su rages, très loin du score soviétique qu’il avait récolté en 2013. Comme nous sommes gentils, nous allons vous épargner le résumé des débats d’une affligeante tristesse qui ont eu cours durant la campagne. Conforté par l’embellie économique dont jouit la Capitale-Nationale, « l’homme fort de Québec » n’aura pas eu besoin de trop se fatiguer. La faute, aussi, à une opposition d’une rare indigence, incapable de s’armer et de présenter une réelle alternative face au bulldozer de la politique municipale.

Parmi les gurants, le chef du parti de l’ultra-droite automobiliste Québec 21, porté par les radios poubelles, a tout de même réussi à récolter 27,6 % des voix en martelant constamment son seul et unique message sur un enjeu relevant de compétences provinciales et fédérales. Un bel exploit. Quant à Démocratie Québec, le scrutin a une fois encore montré toute son incapacité à sortir du centre-ville historique de Québec.

Élu par la banlieue, pour la banlieue
En dépit de ce score peu flatteur dans une élection qui aura été boudée par près de la moitié des électeurs de la ville, le système électoral hérité de l’empire britannique a permis à Équipe Labeaume de rafler 17 sièges sur 21, ne laissant que des traces microscopiques de miettes pour ses concurrents. Autant dire que les débats risquent d’être extrêmement passionnants – à défaut d'être constructifs – à la Douma* de l’hôtel de ville.

Maintenant que ce résultat est entériné, que se passera- t-il concrètement ? Dans les faits, nous aurons droit à un programme politique dans la droite ligne de ce qui a été fait jusqu’à présent. Les touristes seront dorlotés au détriment des résidents et résidentes des quartiers centraux, la nouvelle administration tentera tant bien que mal de faire revenir les familles au centre-ville après avoir à peu près tout fait pour les en chasser. On invoquera la nécessité d’élargir encore quelques tronçons d’autoroutes tout en affirmant que cette solution ne fait aucun sens à long terme. Parallèlement à cela, les conseillers et conseillères s’époumoneront sur le transport collectif et ses futurs projets mort-nés en brandissant l’épouvantail des coûts, le tout dans une joyeuse cacophonie.

Du côté du développement urbanistique, les terres agricoles des Sœurs de la Charité sentiront bientôt bon le béton frais, les promoteurs pourront dormir tranquille – à condition de prévoir suffisamment d'étages à leurs projets de tours. Et malheureusement, non, les Nordiques ne seront toujours pas de retour dans la vieille capitale. Heureusement, le parti au pouvoir semble avoir pris conscience de l’inévitable enjeu du transport collectif dans le contexte hautement médiatisé du réchauffement climatique et des émissions de CO2. Alors que le maire parle encore du SRB, la Ville accuse encore un train de retard en la matière sur certaines villes américaines et nord- européennes, mais il semble que la volonté politique d’aller dans cette direction soit un tantinet plus grande. Et puis, il faut bien commencer à quelque part.

A quoi s’attendre dans Saint-Jean-Baptiste ?
Seul territoire ayant résisté à la vague napoléonienne, le district de Cap-aux-Diamants reste dans le giron de Démocratie Québec. Le colistier d’Anne Guérette, Jean Rousseau, a récolté 40,7 % des voix, mais s’est fait reni er les talons à 310 voix de près par la représentante d’Equipe Labeaume, Maud Rusk. Au-delà, la campagne de François Marchand n’a pas franchement « marché » alors que Christian Lachance n’a pu faire honneur à son patronyme.

Soyons toutefois réalistes, il n’y aura pas de révolution majeure en ce qui concerne le plan directeur d’Equipe Labeaume pour les prochains quatre ans. La reconduction de l’équipe dirigeante o re un gage de continuité dans les nouveaux aménagements réalisés dans l’ouest du quartier a n de favoriser la mobilité douce. Un pas certes timide, mais qui va dans la bonne direction. Au chapitre dépoussiérage, saluons la rénovation de la bibliothèque Saint-Matthews (devenue Claire-Martin) : une réussite totale. Cependant, davantage d’écoute sera nécessaire de la part d’une administration qui a souvent semblé déconnectée des citoyens et citoyennes du quartier, notamment en ce qui concerne la gestion des déchets et la désinvolture dont elle a fait preuve dans les grotesques sagas – toujours en cours – de la boucherie Bégin et du patro de l’église Saint-Vincent-de-Paul. Face à la récente volonté du parti au pouvoir de prendre ces deux problèmes à bras-le-corps en étant attentif aux revendications légitimes des habitants et habitantes du quartier, il s’agira avant tout de faire preuve d’une extrême vigilance devant cette donne et cette volonté nouvelle de s’inscrire dans le développement harmonieux de Saint-Jean-Baptiste.

*Douma : Parlement russe

Résultats 2017 – district de Cap-aux-Diamants
Anne Guérette / Jean ROUSSEAU, colistier (DQ) 3 073 voix (40,7 %)
Maud Rusk (EL) 2 763 voix (36,6 %)
François Marchand (Indépendant) 676 voix (8,9 %)
Christian Lachance (Québec 21) 601 voix (8,0 %)
Simon Domingue (OCN) 289 voix (3,8 %)
François Talbot (Indépendant) 107 voix (1,4 %)
Jean-Luc Rouckout (ACQ) 41 voix (0,5 %)

Taux de participation : 50,2 %

Résultats 2013 – district de Cap-aux-Diamants
Anne Guérette 4 619 voix (55 %)
Frédéric Poitras (EL) 3 778 voix (45 %)

Taux de participation : 54,9 %

À vaincre sans péril