Par Simon Pouliot
Crédit photo : Nicolas Lefebvre Legault

La manifestation du 20 août 2017 a fait couler beaucoup d’encre dans les journaux québécois. Tous et toutes se sont empressés à se positionner sur la violence, la légitimité des actions qui ont été prises, la réponse de la police et finalement le capital politique que La Meute a gagné suite à ces évènements. Le monde politique a saisi cette confrontation pour alimenter le débat racial au Québec.

En sommes, la plupart de nos politiciens et politiciennes ont simplement condamné les personnes masquées et la violence sans même se prononcer sur la raison de celle-ci. Étonnante exception, notre premier ministre Philippe Couillard qui a été presque le seul à dire qu’il se rangeait derrière les antiracistes. Même dans les rangs des militants et militantes antiracistes, la pagaille était prise. Certains et certaines décriaient une
erreur de stratégie, d’autres ont critiqué le manque de solidarité dans le milieu. Bref, cette manifestation a été toute sauf rassembleuse.
Pourquoi a-t-elle eu lieu alors ? Il faut se rappeler la conjoncture de cet été, où des réfugiés frappaient à notre porte, par peur de se faire expatrier par un président fou. Des groupuscules québécois d’extrême droite étaient là pour leur répondre
« Rentrez chez vous, on ne veut pas de vous ici ». Les groupes anti acistes s’entendent sur une chose, malgré leur dispute, sur la stratégie à employer : ce genre de discours ne doit pas se propager. Nous avons tous et toutes droit à la sécurité, le bien-être et une chance au bonheur. Notre couleur de peau où notre provenance territoriale ne doit pas avoir une incidence sur ces droits inaliénables. Quand certains groupes qui vont contre ces valeurs fondamentales (pour ne nommer que La Meute) commencent à acquérir du pouvoir dans l’échiquier politique, il leur faut des opposants pour rétablir la balance du pouvoir et les empêcher de grossir davantage.

Pour bien des personnes, la montée de l’extrême droite ne semble pas si problématique. Les Martineau et Dutrizac de ce monde qui croient que les antiracistes exagèrent et que la population québécoise n’est pas vraiment racistes font partie du problème. Ils et elles minimisent les oppressions que vivent les personnes racisées. Ne parlons pas du taux de chômage, qui est de deux à trois fois plus élevé pour les personnes immigrantes, ou encore de leur faible représentation politique au gouvernement provincial. Faut-il rappeler que les crimes haineux ne se passent pas qu’ailleurs ? Faut-il rappeler que le 29 janvier 2017, six personnes sont mortes dans un attentat terroriste perpétré contre une mosquée à Sainte-Foy ? Faut-il rappeler que depuis, une tête de porc a été déposée devant la même mosquée et que la voiture du président du Centre culturel islamique a été incendiée ? Je crois qu’il y en a qui se voilent la face bien plus que les femmes portant la burqua.

Dans ce contexte, est-il légitime d’utiliser une certaine mesure de violence pour empêcher la propagation du discours qui alimente des crimes comme celui du 29 janvier ? À vous de décider.

Une manif antiraciste qui soulève des débats